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Inondations hivernales : l’eau en excès au cœur des enjeux de gestion hydrique

Date de publication non disponible.

Par Nina Couturier
Inondations hivernales : l’eau en excès au cœur des enjeux de gestion hydrique

Volumes exceptionnels, ruissellements massifs et politiques de stockage questionnées

Depuis le début de l’année 2026, une succession d’épisodes pluvieux intenses a provoqué des inondations sur plusieurs bassins versants en France. Les cumuls de précipitations mesurés atteignent entre 250 et 300 mm en six à sept semaines, soit près d’un tiers des apports annuels moyens. Ces volumes concentrés ont entraîné des débits élevés, des ruissellements rapides et des rejets importants vers la mer. Selon Irrigants de France, ces phénomènes posent la question de la gestion des excédents d’eau, notamment de leur stockage en période hivernale, alors que la ressource est plus rare en été.

Un cumul de précipitations inédit et généralisé

Depuis le début de l’année, la succession rapide de perturbations actives a provoqué un cumul de précipitations exceptionnel sur l’ensemble du territoire. Entre le 1er janvier et la mi-février 2026, la France a connu 35 jours consécutifs de pluie, soit une situation inédite depuis 1959. Les totaux enregistrés atteignent entre 250 et 300 mm selon les régions, représentant près du tiers de la pluviométrie annuelle moyenne. Ces précipitations concentrées ont entraîné la saturation rapide des sols, une montée des nappes et des crues généralisées. Plusieurs bassins versants, dont ceux de la Dordogne, de la Garonne, de la Vendée et des Gaves, ont subi des débordements importants, affectant à la fois des zones urbaines, des parcelles agricoles et des infrastructures hydrauliques.

Des volumes écoulés comparables à plusieurs années de besoins agricoles

Les débits observés sur plusieurs cours d’eau montrent l’ampleur des quantités d’eau mobilisées en très peu de temps. En Dordogne, la Vézère, dont le débit hivernal moyen est de 100 m³/s, a été multipliée par six lors du pic de crue. En douze heures, elle a évacué environ 32 millions de m³ d’eau, soit l’équivalent d’une année complète d’irrigation pour le département. En Vendée, les crues ont provoqué l’écoulement de 7,2 millions de m³ en dix heures, volume équivalent à celui des réserves supprimées à la suite d’une décision judiciaire. En Nouvelle-Aquitaine, la Garonne a atteint un débit de 8 000 m³/s, soit environ 700 millions de m³ écoulés en une journée, volume correspondant aux besoins d’irrigation de la France entière sur une année. Dans les Pyrénées-Atlantiques, les Gaves de Pau et d’Oloron ont vu passer près de 116 millions de m³ par jour au plus fort de la crue, alors que la consommation annuelle pour l’irrigation du département est estimée à 30 millions de m³.

Une disponibilité en eau concentrée sur de courtes périodes

Chaque année, le territoire français reçoit environ 500 milliards de m³ d’eau sous forme de précipitations. L’agriculture en utilise à peine 3 milliards pour l’irrigation, soit environ 0,6 % du total. Cependant, la répartition de cette ressource évolue. Les épisodes pluvieux sont désormais plus concentrés et intenses, tandis que les périodes sèches, notamment estivales, s’allongent. Ce déséquilibre entre abondance hivernale et pénurie estivale rend difficile la valorisation de l’eau disponible au moment où elle tombe. Faute d’infrastructures de stockage adaptées, une grande part des volumes excédentaires rejoint directement le réseau hydrographique avant de se déverser en mer, sans pouvoir être mobilisée ultérieurement pour les usages agricoles, collectifs ou environnementaux.

Le stockage comme outil de régulation et d’équilibrage des usages

Selon les données présentées par Irrigants de France, la mise en réserve de l’eau excédentaire en période hivernale répond à plusieurs fonctions. Elle permet d’écrêter une partie des crues, réduisant la pression sur les zones inondables. Elle contribue également à maintenir un niveau d’approvisionnement suffisant lors des périodes d’étiage, en limitant les prélèvements directs dans les cours d’eau les plus fragiles. Le stockage renforce aussi la continuité des activités agricoles en période de sécheresse et participe à la sécurisation des productions. Enfin, la régulation des volumes sur l’année offrirait une meilleure répartition des usages entre besoins agricoles, environnementaux et socio-économiques. Ces éléments replacent le stockage dans une approche de gestion intégrée de la ressource, fondée sur l’observation des volumes effectivement disponibles et sur l’évolution des régimes hydriques.

Vers une adaptation des politiques de gestion de l’eau ?

Les épisodes pluvieux récents mettent en évidence la nécessité d’une réflexion sur la gestion des volumes d’eau à l’échelle des bassins versants. Irrigants de France souligne que la France, deuxième pays européen pour l’abondance de sa ressource après la Norvège, ne manque pas d’eau en volume mais fait face à un décalage temporel dans sa disponibilité. L’organisation rappelle que les progrès techniques réalisés au cours des trois dernières décennies ont permis d’améliorer l’efficacité de l’irrigation de 30 %, rendant les pratiques plus économes et plus précises. Dans ce contexte, la question du stockage s’inscrit dans un cadre plus large d’adaptation au changement climatique, cherchant à concilier prévention des risques, équilibre des usages et maintien de la production agricole sur le territoire.

Inondations hivernales : quand l’excès d’eau souligne l’urgence de mieux la stocker (Communiqué des Irrigants de France)

CP Irrigants de France_Inondations hivernales_18022026

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