Les 20 000 hectares d’arrachage avancés par Jean-Bernard de Larquier au Ban de la distillation ont suscité une vive réaction du terrain, nécessitant une mise au point du BNIC. Au-delà du chiffre, les échanges portent sur les moyens de réduire la production sans compromettre la capacité de reprise.
À l’occasion du Ban de la distillation, une table ronde organisée en lien avec Grand Cognac et le BNIC autour des 90 ans de l’AOC cognac, Jean-Bernard de Larquier a préconisé l’arrachage d’au moins 20 000 hectares dans les deux années à venir pour rapprocher la production des besoins de la filière. Reprise dans la presse régionale, cette position a conduit Florent Morillon à préciser qu’elle n’était pas validée par l’interprofession. Dans son communiqué, le président du BNIC conteste également les fondements de cette estimation.
Joint par Le Paysan Vigneron ce 26 octobre, Jean-Bernard de Larquier assume la portée de son intervention : « Si je l’ai dit, c’est parce qu’il y a besoin d’un signal d’alarme. » L’ancien président du BNIC entend donc provoquer une prise de conscience. Son chiffre reste toutefois une préconisation personnelle, distincte de l’objectif interprofessionnel.
Neutraliser des surfaces ne signifie pas tout arracher
Également interrogé par Le Paysan Vigneron le 26 octobre, Florent Morillon précise le sens de sa réaction : « Entre retirer des surfaces et arracher 20 000 hectares, il y a quand même une différence. » Il indique que le chiffre repris dans la presse soit compris comme une orientation adoptée par le BNIC.
Le dispositif interprofessionnel vise à neutraliser un peu plus de 13 000 hectares dans un premier temps, en combinant plusieurs outils : arrachage temporaire, VCCI et réaffectation vers d’autres débouchés. L’objectif est de retirer des volumes de la production de cognac tout en préservant, lorsque cela est possible, le potentiel viticole et une activité pour les exploitants.
Le financement constitue une autre limite soulevée par Florent Morillon. À titre d’hypothèse, une aide de 10 000 euros par hectare pour 20 000 hectares représenterait 200 millions d’euros. Ce calcul ne correspond pas à un dispositif annoncé. Il illustre l’ampleur des moyens nécessaires, alors que le président du BNIC fait état de difficultés à réunir 12 millions d’euros pour l’arrachage temporaire.
Préserver les moyens de répondre à une reprise
Le dimensionnement du vignoble dépend aussi des rendements futurs. Dans son communiqué, Florent Morillon rappelle l’écart entre les 8,5 hectolitres d’alcool pur par hectare des trois dernières récoltes et la moyenne décennale de 11 hl AP par hectare. Les aléas climatiques rendent donc incertaine la traduction des besoins en hectares.
Il ajoute que le volume global des stocks ne suffit pas à apprécier la capacité de réponse au marché. Une reprise portée par le VS nécessiterait aussi des eaux-de-vie jeunes : les stocks anciens ne se substituent pas à tous les besoins de production.
Le désaccord ne porte donc pas sur la nécessité d’adapter le vignoble, reconnue de part et d’autre. Il concerne l’ampleur de l’ajustement, son rythme et sa réversibilité.
Les 20 000 hectares d’arrachage défendus par Jean-Bernard de Larquier et les plus de 13 000 hectares à neutraliser dans le cadre interprofessionnel ne recouvrent ni les mêmes moyens ni les mêmes conséquences pour la suite.