Un Nouveau Départ Pour Le désherbage Thermique

10 mars 2009

Il y a quelques semaines, une démonstration de désherbage thermique s’est tenue à Grézac en Charente-Maritime. La société Jaulent Industrie présentait un nouvel appareil simple et fonctionnel qui semble faire progresser la mise en œuvre du désherbage thermique. La présence d’un public de viticulteurs et de techniciens assez diversifié attestait de l’intérêt actuel que suscite cette méthode d’entretien des sols.

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Le désherbeur thermique Jaulent.

Le désherbage thermique est une pratique bien connue en maraîchage depuis de nombreuses années, mais en viticulture cette méthode d’entretien des sols n’a fait son apparition qu’au début des années 2000. Un certain nombre de constructeurs ont proposé des matériels plus spécifiques aux utilisations dans les vignes dont le principe a surtout intéressé au départ les viticulteurs bio. En effet, les premières démonstrations d’équipements avaient un peu déçu à la fois au niveau de l’efficacité sur des flores assez développées et surtout au niveau de la vitesse d’avancement. Beaucoup d’équipements ne pouvaient fonctionner correctement que si les vitesses d’avancement ne dépassaient pas 2 km/h. L’encombrement des citernes de gaz posait aussi des problèmes de gabarit des matériels et, finalement, le désherbage thermique ne s’est pas réellement développé jusqu’à présent.

Le principe du désherbage thermique séduit les viticulteurs

Dans nos régions soumises à un climat atlantique où la croissance des adventices entre la mi-mars et la fin juin est abondante, l’association du désherbage chimique des interlignes et de l’enherbement ou du travail du sol superficiel s’avère très compétitif et facile à mettre en œuvre. Par ailleurs, de gros efforts ont été réalisés pour réduire les doses de produits utilisés en fractionnant les interventions et en raisonnant les apports d’herbicides en fonction du stade végétatif des herbes. Or, ce contexte assez confortable de gestion de l’entretien des sols est en train de profondément évoluer depuis quelques années en raison de l’arrêt de la commercialisation de certaines matières actives d’herbicides de types résiduaires, des limitations de doses des teneurs appliquées en glyphosate. La mise en œuvre du désherbage chimique devient plus complexe et plus délicate à gérer pour ne pas « user » prématurément les matières actives couramment utilisées tout en assurant un contrôle suffisant de la flore. Beaucoup de viticulteurs cherchent de nouvelles pistes de réflexions pour conduire l’entretien des sols tout en faisant preuve de réalisme économique, mais les solutions ne sont pas nombreuses. Se passer d’herbicides entre le mois de mars et la fin juillet paraît aujourd’hui difficilement envisageable compte tenu du confort de travail qu’apporte cette pratique. Les techniciens viticoles de la région ont mené de nombreuses expérimentations pour moduler les doses d’herbicides, adapter les stratégies de lutte à la nature de la flore, mais le choix des gammes d’herbicides s’est fortement restreint et à court terme les industriels de l’agrochimie ne semblent pas être mesure de proposer une nouvelle génération d’herbicides vignes. Aussi, les réflexions actuelles concernant l’entretien sous les rangs commencent à évoluer notamment en essayant d’associer plusieurs techniques d’entretien des sols au cours de l’année, un peu de désherbage chimique, complété par de l’entretien mécanique superficiel (avec des interceps) ou pourquoi pas du désherbage thermique. Si le principe de ce procédé séduit les viticulteurs, il n’a pas fait ses preuves sur le plan économique. Le fonctionnement pas assez automatisé, des premiers équipements (lourds peu maniables), une vitesse de traitement insuffisante, un investissement souvent important, une insuffisance de préconisation technique vis-à-vis des périodes d’application, font partie des critiques les plus fréquemment formulées. La technique du désherbage thermique ne semblait pas jusqu’à présent totalement en phase avec les attentes technico-économiques des viticulteurs.

Exposer les herbes à la chaleur pendant 1 à 2 secondes

Le désherbage thermique présente l’avantage d’être respectueux de l’environnement et sa mise en œuvre ne provoque aucune contrainte de gestion d’effluents et de lavage de matériel. Son principe consiste à provoquer un choc thermique de manière à faire éclater les cellules végétales des plantes sans pour autant les brûler directement à la surface foliaire. En effet, lorsque les flammes effleurent les mauvaises herbes, l’eau contenue dans les tissus s’évapore et les protéines de la matière végétale se coagulent. L’effet du désherbage thermique se matérialise dans les heures et les jours suivant le désherbage par un dessèchement progressif de la végétation. L’opération proprement dite de désherbage thermique ne s’effectue pas par un contact direct des flammes sur l’herbe mais en exposant les adventices à la source de chaleur pendant une durée de 1 à 2 secondes. Les flammes « passent » à une dizaine de centimètres des herbes et c’est la chaleur dégagée qui provoque l’effet de désherbage thermique. La présentation de ces éléments permet de comprendre pourquoi le désherbage thermique donne de bien meilleurs résultats sur des flores moyennement développées au printemps que sur des herbes hautes et denses. Plus la végétation est dense, plus le temps d’exposition à la chaleur devra être important. Il faut en quelque sorte savoir moduler la dose d’apport de chaleur en fonction de l’importance du couvert végétal, ce qui est assez comparable aux effets de modulations de doses d’herbicides en fonction des espèces d’herbes et de leur niveau de développement.

Des essais menés par l’ITV de Mâcon

L’unité de l’ITV de Mâcon a conduit des essais sur le désherbage thermique depuis quelques années et les résultats ont permis de mieux cerner l’intérêt et les limites de cette nouvelle pratique. M. Yves Heinzlé, l’ingénieur responsable de ces expérimentations, a testé plusieurs équipements de désherbage thermique et ses réflexions constituent la seule expertise scientifique sur le sujet : « Les premiers essais de matériel thermique avaient révélé un problème d’évacuation de bulle de chaleur dans les vignes étroites et basses qui provoquaient des phénomènes de grillure sur la végétation.

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Le diffuseur abritant le module de brûlage.

Les constructeurs sont arrivés à remédier à ce problème en faisant évoluer les fabrications. Sur le plan technique, le désherbage thermique peut être une alternative au désherbage chimique sous le rang mais sa mise en œuvre présente des avantages et des limites dont les viticulteurs doivent être conscients. Tout d’abord, le désherbage thermique donne ses meilleurs résultats lorsque la végétation ne dépasse pas 20 centimètres de hauteur et ensuite la mise en œuvre du traitement nécessite de la réactivité. Par ailleurs, la vitesse d’avancement est dépendante du débit de gaz au niveau des brûleurs et plus on veut aller vite, plus il faut un débit de gaz élevé. Or, l’ensemble des matériels existants actuellement révèlent des performances limitées dans ce domaine puisque aucun équipement ne peut être utilisé au-delà une vitesse de 3 km/h. Ensuite, nous avons étudié dans les essais la persistance d’action des traitements thermiques en comparaison avec des stratégies de désherbage chimique ENM (avec du glyphosinate, le Basta). Les résultats montrent que lorsqu’il est nécessaire d’effectuer 3 à 4 interventions avec les herbicides, il faut systématiquement en rajouter une de plus avec le thermique pour obtenir un contrôle équivalent de la flore. Le coût du gaz utilisé pour réaliser un traitement thermique en désherbage sous le rang dans une vigne à 2 m se situe entre 14 et 15 € HT/ha. Techniquement, le désherbage thermique donne de bons résultats mais il convient d’en connaître les limites pour en tirer le meilleur profit. Une répétition trop systématique du désherbage thermique entraînera une inversion de flore comme en provoquent aussi l’entretien mécanique et le désherbage chimique. Il me paraît souhaitable de pérenniser l’efficacité de l’ensemble de ces pratiques d’entretien des sols en essayant au cours d’une année d’alterner les pratiques. C’est une stratégie de répartition des risques qui repose sur la prise en compte des avantages et des limites de chaque technique. »

Associer le désherbage thermique au désherbage chimique au cours de l’année

Le désherbage thermique s’apparente à une stratégie de désherbage de type ENM (enherbement naturel maîtrisé) avec des herbicides de contacts dont il convient de renouveler les applications dès que la flore d’herbes atteint un niveau de nuisance susceptible de concurrencer le développement de la vigne. Dans ces conditions, l’utilisation du désherbage thermique dans nos régions comme unique moyen d’entretien des sols sous le rang nécessiterait quatre à cinq passages par an selon la climatologie. Or une telle stratégie de travail ne convient pas forcément aux attentes d’une majorité de viticulteurs habitués à entretenir leurs sols d’une manière plus confortable en ne rentrant dans leurs parcelles que deux ou trois fois par an. Si certains techniciens commencent à imaginer que le désherbage thermique pourrait s’intégrer dans une stratégie d’association de pratiques d’entretien des sols différentes tout au long de l’année, les viticulteurs n’étaient jusqu’à présent pas encore prêts à adhérer à cette approche. Cependant, l’époque du tout désherbage chimique commence à montrer ses limites. Beaucoup de viticulteurs soucieux à la fois de pratiquer une viticulture plus respectueuse de l’environnement et de maîtriser leur coût de production manifestent un intérêt croissant pour le désherbage thermique. Le principal handicap de cette pratique réside dans la vitesse d’avancement limitée du traitement qui rend l’intervention plus lourde. La stratégie d’associations de plusieurs pratiques culturales au cours de l’année commence à faire son chemin et cela serait un moyen astucieux de limiter les phénomènes d’inversion de flore et de pérenniser l’efficacité de chacune des méthodes. Le raisonnement des époques d’interventions de chacune des techniques reste un sujet important qui sera conditionné par l’état de développement de la flore dans les parcelles. La période semblant la mieux adaptée pour mettre en œuvre le désherbage thermique étant le début du printemps (entre la fin février et la mi-avril) pour que l’effet de la chaleur ait une bonne efficacité sur une flore présente mais pas « sur-développée ».

Le fonctionnement complètement automatisé du désherbeur Jaulent.

La démonstration organisée le 2 février dernier par M. François Robertière, l’agent commercial qui a en charge la commercialisation des équipements de désherbage thermique de la société Jaulent Industrie, semble avoir suscité un certain intérêt au niveau de la réalisation des applications. M. Patrick Belluteau, le viticulteur de Grézac (Charente- Maritime) chez lequel a eu lieu cette manifestation, considère que le désherbage thermique ne se substitue pas au désherbage chimique mais c’est un nouveau moyen pour contrôler les herbes à certaines époques de l’année : « Le désherbage chimique du dessous des rangs a été jusqu’à présent un moyen efficace et rationnel pour entretenir le sol. Les programmes de traitements associant des herbicides résiduaires à du glyphosate appliqué en deux fois permettaient de contrôler très bien la flore, mais la disparition de certains herbicides complique sérieusement les choses. Désormais, le désherbage chimique doit être abordé d’une manière plus technique pour obtenir une bonne efficacité. Cela m’a amené à m’intéresser à d’autres pratiques et en particulier au désherbage thermique qui à mes yeux présente l’intérêt majeur d’être facile à mettre en œuvre. On n’utilise pas de produits, il n’y a pas de bouillie à préparer, pas d’effluents et pas de pulvérisateur à nettoyer. L’autonomie du matériel Jaulent permet de traiter plus de 20 ha de vignes larges sans revenir faire le plein de gaz. Les pertes de temps en transport sont minimum, ce qui compense en partie les niveaux de vitesses d’avancement assez faibles de 2,5 à 3 km/h. Le désherbage thermique peut s’effectuer sous une petite pluie et en présence de vent. » L’équipement de désherbage thermique commercialisé par la société Jaulent fonctionne avec du gaz propane en phase gazeuse (en partenariat avec la société Total) provenant de 4 bouteilles de 35 kg qui assurent une autonomie pour environ 20 ha en vignes larges. Toute l’innovation de ce matériel réside dans la conception du diffuseur qui abrite le module de brûlage. La source de chaleur est produite à l’intérieur de 2 cônes inox rotatifs qui sont montés sur des bras articulés. La forme des diffuseurs et le mode de fonctionnement des brûleurs limitent les consommations de gaz et les remontées de chaleur. Les deux diffuseurs sont installés à l’arrière du désherbeur sur une rampe très facilement réglable en hauteur et en largeur. Un boîtier de commande centralisé permet de gérer automatiquement le fonctionnement de l’appareil. L’utilisateur commande toute les fonctions d’une manière facile et un arrêt accidentel des brûleurs est immédiatement signalé. Le coût de la consommation/ha de gaz nécessaire à une intervention de printemps sous le rang sur une végétation de moins de 20 cm de haut se situe autour de 10 à12 € dans une vigne large.

AGriQuad : Un spécialiste du Quad

agricole et viticole

L’utilisation des quad en agriculture et en viticulture connaît un certain développement depuis quelques années et cela a incité M. Eric Blanleuil a créé l’entreprise AgriQuad qui est implantée à Cognac.

agri_quad_brve_opt.jpegLa mobilité de ces équipements et surtout leur faible poids leur permet d’accéder dans les parcelles sans dégrader la structure des sols et progressivement les quad remplacent le petit tracteur maniable de l’exploitation. Cette jeune société commercialise des quad Massey Ferguson et Polaris, et la gamme d’équipements agricole et viticole RPM. L’entreprise propose aussi des prestations de services avec chauffeur pour effectuer des travaux de broyage, de désherbage, d’épamprage, de pulvérisation, de l’épandage d’engrais, des apports d’anti-limaces.

L’entreprise, installée rue Jeanne-d’Arc à Cognac (05 45 35 30 19), assure l’entretien et les réparations des quad de toutes marques et des équipements agricoles.

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