Le premier essai en Charentes du tunnel de pulvérisation Friuli

24 août 2010

Traiter en utilisant des tunnels de pulvérisation confinée dotés de systèmes de récupération de bouillie est une idée qui séduit beaucoup de viticulteurs. Les raisons de l’intérêt autour de cette pratique sont multiples, une certaine insatisfaction des matériels existant diffusant dans l’atmosphère de 30 à 40 % du flux de pulvérisation, le souhait d’améliorer l’efficacité de la pulvérisation au cœur de la végétation, la perspective de devoir réduire l’utilisation des intrants phytosanitaires de 50 % d’ici 2018 et des attentes de sécurité du travail lors des traitements. Néanmoins, aucun matériel n’a permis jusqu’à présent de satisfaire ces attentes. Un concessionnaire de matériel agricole, les Ets Thouard, au Seure, a essayé au début du mois de juillet le nouveau tunnel de pulvérisation de la société Friuli, dont le fonctionnement fait progresser le concept d’un pulvérisateur plus écologique.

Dans le vignoble de Cognac, l’utilisation des panneaux récupérateurs de bouillie était fréquente en hiver jusqu’en 2002, quand l’utilisation de l’arsénite de soude a été interdite. Quelques constructeurs fabriquaient depuis longtemps des « panneaux récupérateurs de bouillie » destinés à la réalisation des traitements d’hiver. Les viticulteurs équipés de ces matériels les utilisaient aussi pour réaliser les deux premières applications de printemps, ce qui permettait à la fois de récupérer 60 à 80 % de produits et d’amortir plus facilement l’investissement. A partir de 2002, les ventes de cette génération de matériels ont logiquement baissé.

Les principes du confinement et de la récupération de bouillie suscitent de l’intérêt

tunnel_pulve_friuli.jpgNéanmoins, quelques constructeurs ont continué de faire évoluer leurs fabrications pour proposer véritablement des tunnels de pulvérisation confinée toutes saisons. Les sociétés Dagnaud et Dhugues ont toujours cru dans l’avenir de ces produits pour des utilisations en pulvérisation de printemps et d’été. Leurs fabrications ont évolué et progressivement les historiques panneaux récupérateurs se sont transformés en cellule de pulvérisation de plus en plus confinée sans utilisation d’air pour assurer la diffusion du flux de pulvérisation. S21 a été le premier constructeur à commercialiser une cellule de pulvérisation confinée dotée d’une ventilation de type pneumatique. Les utilisateurs de ce type de matériel en sont d’ardents défenseurs tout en expliquant qu’ils ne doivent pas être mis dans les mains de n’importe quel chauffeur. En effet, la structure du châssis extensible des deux cellules de pulvérisation rend le matériel encombrant et complique les manœuvres en bout de rang. Ce type d’appareil a séduit de par son principe mais a suscité aussi des craintes sur le plan de la fiabilité dans le temps. Les grands constructeurs de pulvérisateurs, Berthoud, Tecnoma, Nicolas, ne semblent pas s’être intéressés à ce type de fabrication. Plus récemment, une nouvelle génération de pulvériseurs confinés et ventilés est apparue sur le marché sous l’impulsion de plusieurs constructeurs italiens, les sociétés Bertoni, Caffini et Friuly. Lors du dernier Sitevi, le constructeur Bertoni a présenté un tunnel de pulvérisation, l’Arcrobaleno, qui a été mis au point pour les vignes et les vergers. L’intérêt autour de cet équipement novateur a été indéniable, mais l’encombrement suscite toujours des craintes. Par ailleurs, l’annonce de niveaux de prix très élevés (approchant celui des tracteurs haut de gamme de 80 cv) a aussi un peu refroidi les esprits.

Faire de la pulvérisation confinée nécessite de repenser la structure du pulvérisateur

interieur_tunnel.gifDébut juillet, un concessionnaire de la région de Cognac, la société Thouard, a fait venir un autre constructeur italien, la société Friuly Sprayers, pour présenter le tunnel de pulvérisation confiné Recovery Drift. Cette entreprise, spécialisée dans la fabrication de pulvérisateurs viticoles et arboricoles depuis 50 ans, a mis plus de 5 ans pour développer cette nouvelle génération de pulvérisateurs. Le bureau d’étude a mis au point un module indépendant de pulvérisation confinée avec récupération de bouillie en utilisant de nouvelles technologies. La conception de ces éléments a aussi rendu nécessaire de repenser toute la structure du pulvérisateur. La production d’air, la capture de bouillie diffusée dans l’atmosphère, la gestion combinée des flux d’air et de liquide, la répartition des charges, le pilotage du tunnel de pulvérisation s’effectuent grâce à de nombreuses innovations. Le pulvérisateur Recovery Drift permet de traiter deux rangs complets en un passage. Les rangs sont littéralement « enveloppés » par les modules de pulvérisation dont la structure est fabriqué en acier inoxydable. Chaque module de confinement intègre à la fois un diffuseur d’air vertical (sur plus de 1,50 m de hauteur), une rampe verticale de buses, une surface de récupération de bouillie de forme rainurée (également sur toute la hauteur), un système de filtration et un bac de récupération, et pompage de la bouillie. La structure rainurée de la surface de récupération évite les effets de projection et permet de canaliser plus facilement la bouillie récupérée vers le bac de pompage. La nature en caoutchouc souple de la surface rainurée facilite le captage de la bouillie, son écoulement et également son nettoyage.

Une forte turbulence d’air à l’intérieur des tunnels

Les flux d’air de chaque côté du rang débouchent dans le tunnel de façon inversée, l’un par l’avant et l’autre par l’arrière pour conserver leur pleine efficacité au sein du feuillage. L’air arrive dans le tunnel avec un angle de diffusion de 45° par rapport au plan vertical de la végétation. Le flux d’air qui est dirigé vers le flanc du panneau rainuré opposé se charge en bouillie grâce à une rampe verticale de 6 buses. Leur positionnement dans le prolongement de l’arrivée des bouches d’air permet de créer un effet de turbulence au niveau de la végétation propice à une bonne diffusion de la bouillie sur les faces inférieures et supérieures des feuilles. Des bavettes en PVC souples situées à l’avant et à l’arrière du tunnel améliorent le confinement. Le constructeur estime que l’efficacité de la turbulence d’air à l’intérieur des tunnels permet d’utiliser l’appareil à une vitesse de 7 km/h sans que la qualité de la pulvérisation en soit affectée. L’importance de la récupération de bouillie est variable selon la saison et le volume de végétation. En début de saison, les taux de récupération peuvent atteindre 70 à 80 % et ensuite ils diminuent progressivement pour se limiter à 15 ou 20 % en août.

Une centrale hydraulique indépendante qui fait fonctionner les quatre turbines

Au-dessus chaque cellule de confinement, une petite turbine alimente directement en air chaque module. L’appareil dans sa turbine_pulve.jpgversion quatre rangs est équipé de quatre petites turbines dont la rotation est totalement indépendante du régime moteur du tracteur et de la vitesse d’avancement. Le pulvérisateur dispose d’une centrale hydraulique indépendante (avec une réserve d’huile de 80 l) qui ne sert qu’à faire fonctionner les quatre turbines. Le débit d’huile variable à la sortie de la centrale permet de faire varier la vitesse de rotation des turbines en fonction de l’importance et de l’épaisseur du feuillage à traiter. Le débit d’air produit par les turbines n’est plus soumis aux variations du régime moteur des tracteurs. Il est beaucoup plus stable et constant quelles que soient les c onditions d’utilisation, sol humide, situation de coteaux… L’hydraulique du tracteur n’est utilisée que pour ouvrir et fermer la rampe. Les cellules de confinement ont été positionnées à l’avant du pulvérisateur pour assurer un bon équilibre des charges et faciliter les manœuvres en bout de rangs. La cuve de 1 000 l installée à l’arrière du châssis (des capacités supérieures peuvent être montées) a une forme arrondie, ce qui facilite son accès au moment du remplissage. Deux pompes différentes assurent l’alimentation des tunnels en bouillie et le recyclage des volumes récupérés. Une fois les tunnels complètement repliés, la largeur totale de l’appareil est inférieure à 2 m. L’appareil dans une version 2 rangs complets avec une cuve de 1 000 l pèse à vide 2,5 tonnes.

Une gestion automatisée de l’ouverture et de la fermeture des tunnels

pulve_au_travail.jpgPour les déplacements routiers, un système de blocage automatique des tunnels avec des vérins permet d’éviter le balancement des éléments. L’ouverture de la rampe est pilotée de la cabine du tracteur par un petit ordinateur de bord simple à utiliser. Il suffit de programmer la largeur de l’écartement des vignes pour que les tunnels s’ouvrent et se ferment automatiquement à la bonne largeur. Le chauffeur en début et fin de rang commande l’opération en appuyant une fois sur un bouton et automatiquement, les 4 cellules de confinement s’ouvrent et se ferment à la bonne largeur. Toutes les informations concernant les conditions de déroulement des traitements, le débit/ha, la vitesse d’avancement, le débit de chantier… s’affichent sur la console de bord. Les quatre turbines absorbent une puissance de 45 cv et un tracteur de 75 à 80 cv permet d’utiliser l’appareil. Le constructeur a testé les premiers prototypes de pulvérisateurs confinés en Italie pendant deux ans (en 2006 et 2007) avant de mettre au point définitivement le matériel.

Rendez-vous à la mi-septembre pour une démonstration en Charentes

Les essais effectués en interne et avec plusieurs organismes techniques italiens ont permis de faire évoluer considérablement la conception des tunnels et de cerner leurs conditions d’utilisation optimales. La commercialisation des premiers modèles est intervenue à partir de 2008 et actuellement une soixantaine de pulvérisateurs fonctionnent en Italie. Le nouveau pulvérisateur Friuli Revorvery Drift n’avait jamais été présenté en France jusqu’à présent par prudence. Les responsables de l’entreprise après deux campagnes d’utilisation en Italie estiment que le produit est opérationnel et cela les incita à développer sa commercialisation en France.

Fin juin et début juillet, des démonstrations ont été organisées dans plusieurs régions viticoles avec des concessionnaires. Didier Thouard, qui avait vu fonctionner les premiers prototypes en Italie il y a deux ans, considère que le produit est actuellement opérationnel et sûrement adapté aux exigences de propriétés cherchant à traiter deux rangs en un passage dans des conditions plus respectueuses de l’environnement.

La question du prix de ce matériel est aussi importante car même si un tel équipement permet d’économiser sur une saison de traitements 20 à 30 % de produit, les réalités économiques des propriétés viticoles sont incontournables. Le constructeur annonce un prix de vente supérieur de plusieurs milliers d’euros aux pulvérisateurs pneumatiques 6 faces de rangs, ce qui constitue un niveau élevé. Au début du mois de septembre, une présentation grand public du matériel aura lieu à proximité de Cognac.

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