Tous les ans, aux rebords de l’hiver, entre le 15 novembre et le 30 décembre, se tient une fête un peu secrète dans les villages gascons, la Flamme de l’Armagnac. Parce qu’ici on distille en continu, 24 heures sur 24 et qu’il faut bien se relayer, parce que surtout on a le sens de la convivialité, l’allumage de l’alambic* chez les vignerons est prétexte à une « chouette fête ». On vient de loin pour « goûter la blanche », chanter en gascon des chansons à boire mais aussi des chants plus sacrés. Certains clients privilégiés intriguent même pour faire partie des heureux élus. Au Château de Millet, en Bas-Armagnac, Francis Dèche et sa fille Laurence sont réputés faire le meilleur brûlot de la région. Pour les initiés, le brûlot Dèche, c’est quelque chose ! La tradition voulait qu’on posât une petite casserole de cuivre sur l’alambic, remplit d’Armagnac et d’un petit monticule de sucre. Une fois le liquide chaud, on craquait une allumette et alors s’élevait au-dessus du récipient une grande flamme, la flamme de l’Armagnac. La recette de ce que l’on appelle ici la « tisane » s’est peaufinée au fil du temps et des secrets de famille. Jus d’orange, cannelle, citron, vanille sont venus enrichir les arômes et donnent des brûlots qualifiés pour certains de « grandioses ».
(*) En Armagnac, le parc d’alambics se compose d’environ 110 alambics, 10 à 15 alambics type charentais et le reste de type armagnacais, dont 80 alambics continus bâtis et une vingtaine d’alambics ambulants, fonctionnant au bois ou au gaz.
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