« La viticulture française a la capacité de rebondir »

21 mars 2009

L’évolution de l’agrément associée à la « garantie qualité », la recherche d’une meilleure cohérence économique à travers la gestion de bassins et le dossier toujours actuel de la communication autour du vin constituent les thèmes majeurs du congrès 2005 de la CNAOC. Dans un climat de crise viti-vinicole où les éléments structurels le disputent aux éléments conjoncturels, la famille des AOC s’apprête à tenir un congrès « refondateur », symbolique de l’envie d’avancer de la viticulture française.

 

« Le Paysan Vigneron » – Dans un contexte difficile pour la viticulture française, le congrès de la CNAOC est-il chargé d’une dimension particulière cette année ?

christian_paly.jpgChristian Paly – Des sujets fondamentaux s’imposent en effet à nous, comme la garantie qualité de nos produits. Pourquoi ? Parce que la viticulture française a perdu depuis longtemps le monopole de la qualité, sur le marché intérieur comme à l’international. Aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous permettre de mettre sur le marché des vins qui seraient en dessous du standard minimum.

« L.P.V. » – Quelle conséquence en tirez-vous ?

Ch. P. – Tant au sein de l’INAO que de la CNAOC, nous essayons de mettre plusieurs fers au feu. Le premier d’entre eux porte sur le respect des conditions de production. Des progrès sont à faire dans ce domaine. Cette mission, vitale pour l’avenir de notre métier, relève de l’INAO. Mais pour que l’Institut puisse l’accomplir correctement, il doit être doté de moyens financiers suffisants. Le financement de l’INAO est un sujet important, sur lequel nous reviendrons certainement. Le deuxième chantier concerne la remise à plat de l’agrément. Si le texte de 1974 a fait beaucoup progresser la qualité des AOC, aujourd’hui il est arrivé à bout de souffle. Sans aucun tabou ni « a priori », il nous faut réformer au plus vite l’agrément et la CNAOC se prête complètement à ce jeu. L’un de nos vice-présidents, Gérard Boesch, de la fédération d’Alsace, est aussi président de la commission INAO en train de plancher sur la refonte de l’agrément.

« L.P.V. » – Quelles évolutions se dessinent ?

Ch. P. – Il est encore trop tôt pour le dire. Tout dépendra des conclusions de la commission d’enquête. Mais une chose est sûre : le projet aboutira à une vraie réforme de l’agrément. Une des propositions de la CNAOC vise à déconnecter le syndicat d’appellation de l’organisme agréé. Au syndicat d’appellation reviendrait le rôle politique de définir les priorités de l’agrément, à charge pour l’organisme agréé d’en assurer l’exécution, sous contrôle du syndicat.

« L.P.V. » – Faut-il s’attendre à un changement intrinsèque des acteurs de l’agrément ?

Ch. P. – Tout dépendra en fait de la date d’agrément. Si, demain, l’agrément devait se positionner très en amont de la mise en marché, il y aurait peu d’évolutions à attendre. Par contre, un agrément final prévu le plus près possible de l’acte de consommation poserait sans doute la question des personnes qui interviennent au sein des organismes agréés. Dans tous les cas de figure et quelles que soient les conclusions de la commission d’enquête, on peut d’ores et déjà affirmer qu’il y aura une professionnalisation des dégustateurs au sein des organismes agréés, avec de vraies formations à la clé. Par ailleurs, nous sommes persuadés à la CNAOC qu’un organisme agréé ne peut fonctionner que grâce à une totale implication des professionnels. Par exemple, nous ne croyons pas du tout à la certification, qui se situe uniquement dans le normatif et le contrôle des procédures, en faisant fi du produit. Avec la certification, on peut très bien agréer de la non-qualité, pour ne pas dire autre chose. Et puis, que je sache, pour contrôler un véhicule, on ne fait pas appel au boulanger ou au charcutier de service !

« L.P.V. » – La gestion par bassins de production est sur toutes les lèvres. Qu’en pensez-vous ?

Ch. P. – A l’évidence, ce point va constituer un des thèmes centraux du congrès. La CNAOC adhère fondamentalement à cette notion de gestion de bassins. À l’intérieur d’une région de production, il paraît normal que soit mise en place une meilleure concertation entre la vie des vins de pays et celle des AOC. C’est une question de cohérence économique et qualitative alors que les mêmes producteurs se retrouvent souvent sur les deux terrains, AOC et vins de pays. Il semblerait aujourd’hui que l’ensemble des organismes professionnels considère qu’il y a pertinence à organiser ces bassins de production. Là où résident encore des discussions, c’est sur les moyens à mettre en place pour obtenir cette cohérence entre produits. La CNAOC défend l’idée d’un organisme unique pour gérer les vins de pays et les AOC, instance qui serait l’INAO. Je crois savoir qu’au sein de la famille des vins de pays, certains y sont favorables et d’autres pas. C’est un élément du débat.

« L.P.V. » – La réponse à cette question est-elle soumise à un calendrier ?

Ch. P. – Oui, elle répond à une fenêtre de tir législative bien précise, celle de la loi d’orientation agricole, encore en gestation. A terme, le projet de loi veut élargir les missions de l’INAO, qui ne s’appellerait d’ailleurs plus INAO mais Institut de la qualité et de l’origine.

« L.P.V. » – Pour revenir à la gestion de bassin, toutes les régions ne sont pas « synchro ». Quel rôle peut jouer la CNAOC dans de tels débats ?

Ch. P. – Notre ligne de conduite est très claire sur le sujet. De Paris, c’est-à-dire de l’échelon national, nous ne ferons pas le malheur ou le bonheur des gens contre leur gré. Les outils d’une mixité cohérente entre AOC et vins de pays ne peuvent venir que des acteurs régionaux. Si les Bordelais ne veulent pas d’un vin de pays dans leur zone, personne ne leur imposera. Par contre, s’ils veulent en créer un, il faudra qu’il émane de discussions régionales.

« L.P.V. » – Vous avez évoqué de manière liminaire le financement de l’INAO. Quelles sont vos attentes dans ce domaine ?

Ch. P. – Le financement de l’INAO repose aujourd’hui sur un ratio simple : 75 % des dépenses de l’Institut sont couvertes par une dotation d’Etat et 25 % par les professionnels, au travers des quatre Comités nationaux IGP, produits agro-alimentaires, produits laitiers et fromagers et produits viticoles. La viticulture, en ce qui la concerne, assume une bonne part des 25 % qui échoient aux professionnels. Or, que constatons-nous depuis quelques années ? L’INAO s’est vu confier de nouvelles missions par les lois d’orientations de 1990 et 1999 et aujourd’hui, les 75 % versés par l’Etat couvrent à peine la masse salariale de l’Institut. Que se passera-t-il demain si le domaine de compétence de INAO doit s’élargir ? Les professionnels seront-ils amenés à payer une partie des salaires de ceux qui sont amenés à les contrôler ? A notre sens, il faut impérativement que le contrôleur soit indépendant du contrôlé. D’où la nécessité absolue de voir augmenter la contribution de l’Etat dans le financement de l’INAO, afin que le pouvoir central reste le garant de l’indépendance de l’Institut et continue d’exercer son autorité de tutelle. Nous comptons bien que le congrès serve de caisse de résonance à notre revendication.

« L.P.V. » – La mise en marché des produits fait sans doute partie de vos préoccupations. Sur ce chapitre, la CNAOC défend quelles positions ?

Ch. P. – Nos deux axes principaux de réflexion visent à la fois le cadre communautaire et le cadre français. Au plan européen, la réouverture de l’OCM vitivinicole se profile à l’horizon et, avec elle, l’arbitrage entre
l’amont et l’aval. A la CNAOC, nous sommes partisans d’affecter plus d’argent à bâtir les marchés qu’à détruire les excédents. Malheureu-sement, ce n’est pas tout à fait le cas aujourd’hui. Annuellement, l’Union européenne consacre 10 millions d’euros à la promotion de la viticulture européenne et 400 millions d’euros aux diverses distillations destinées à équilibrer les marchés. La valorisation de nos produits gagnerait sans doute à des budgets de communication renforcés au niveau européen. Au plan franco-français, la CNAOC continue de promouvoir une politique de santé publique équilibrée, entre les enjeux de santé des personnes et notre capacité à promouvoir une consommation modérée de nos
produits.

« L.P.V. » – Vous avez déjà enregistré des avancées en la matière.

Ch. P. – Certes, courant 2004, à l’initiative de la CNAOC et de l’association « Vin et société », ont été obtenus quelques amendements techniques à la loi Evin. A notamment été confirmée la promotion collective de nos produits dans un cadre interprofessionnel et il a été décidé de créer un Conseil de la modération. Son but, toujours le même : fonder une politique équilibrée entre les uns et les autres, en réunissant autour de la table tous les acteurs concernés, producteurs de vin comme partenaires de la santé, associations, pouvoirs publics… Si le Conseil de la modération a bien été créé, si l’on connaît même le nom de son président, le seul petit souci, pour tout dire, tient à ce que l’on ignore encore tout de son contenu, de ses missions. Lors du congrès, nous entendons bien souligner de rouge cette déception. Car l’enjeu est d’importance. Il faut bien comprendre que si une vraie politique de concertation ne s’instaure pas, entre prévention des risques de dépendance et promotion d’une consommation modérée de nos produits, un jour, nous pourrons effectivement être mis au ban de la société. Sur ce dossier, nous devons avoir une vision évolutive.

« L.P.V. » – Le congrès de la CNAOC se tient cette année en Charentes, sur une terre principalement productrice d’eau-de-vie et non de vin. En matière de santé publique, les producteurs de vin ne sont-ils pas parfois tentés de jeter l’opprobre sur les « alcools forts » ?

Ch. P. – Ce n’est pas dans la culture de la CNAOC de se défausser sur d’autres et encore moins sous ma présidence. Nous considérons que les producteurs d’alcools issus du raisin ont toute leur place dans l’histoire, l’environnement viticole. D’ailleurs, plutôt que de s’attaquer aux produits, nous préférerions que la politique de santé publique s’en prenne aux comportements abusifs de certaines cibles de population.

« L.P.V. » – L’an dernier, le congrès décentralisé de la CNAOC « posait ses valises » à Bergerac. En 2005, ce sont les Charentes et Saintes. Pourquoi ce choix ? Est-ce parce que le ministre de l’agriculture, Dominique Bussereau, appartient à ce territoire ?

Ch. P. – Pas du tout. D’ailleurs, le ministre de l’Agriculture n’assistera pas à nos travaux, tenu qu’il est par le devoir de réserve en ces temps de suffrages. Deux raisons expliquent notre déplacement en Charentes, d’abord parce qu’il y a très longtemps que nous n’étions pas venu et ensuite parce que le président du Comité du Pineau nous a gentiment invité.

« L.P.V. » – Pour conclure cet entretien, estimez-vous qu’il y a « le feu à la maison AOC » ?

Ch. P. – Certes, à l’évidence, de grosses difficultés existent dans certains bassins de production, moins dans d’autres. Certes l’inquiétude est perceptible. Oui, il y a des points structurels à résoudre, sur la garantie qualité de nos produits, pour permettre leur adaptation à la demande internationale. Peut-être faudra-t-il procéder ici ou là à des arrachages, adapter le rendement agronomique ou l’encépagement. Pour autant, je suis un réaliste et je considère que les producteurs de vins français ont la capacité tant humaine qu’intellectuelle de rebondir.

« L.P.V. » – On dit parfois que les AOC sont un peu trop corsetées pour s’adapter facilement.

Ch. P. – C’est faux. Les AOC n’ont jamais cessé d’évoluer et elles continuent de le faire. Tous les ans, plusieurs dizaines de commissions INAO travaillent, de nombreux décrets d’appellation sont en cours de révision. Si des langues comme le grec ou le latin sont des langues mortes, l’AOC n’a rien d’une langue figée ou fossilisée. C’est au contraire une langue bien vivante.

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