Gelée d’avril, ou mai, misère nous prédit au vrai?

4 mai 2021

Constance Demaille ( stagiaire )

L’hiver n’avait fait qu’une parenthèse. Ou le printemps un sursaut précoce. Aux douces journées de mars a succédé une baisse des températures, jusqu’à une décade menaçante et gélifiante entre les 6 et 16 avril dernier. Les nuits des 5-6, 6-7 et 12-13 avril peignirent la campagne française d’un manteau blanc cristallin. Une nouvelle fois, les agriculteurs ont blanchi sous le harnais. Si les deux Charentes reçurent quelques coups de semonce, d’autres vignobles, notamment plus au Sud (la vallée du Rhône, le Languedoc, le Bordelais) ou aux cépages précoces (le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Julien Denormandie, s’est déplacé en Touraine) souffrirent très largement de ces gelées plus noires que blanches – pour 10 des 13 régions viticoles, a-t-il été répété ici et là. Les remontées de terrain via le Conseil spécialisé Vin de FranceAgriMer tablent sur 28 à 32 % de dégâts, soit une perte de 15 millions d’hectolitres, pour 1,5 à 2 milliards d’euros. (Les arboriculteurs ont également vu, pour certains, leurs récoltes réduites à néant. Les maraîchers se sont vus amputés d’une partie de leurs productions, notamment sur la betterave et le colza).
Le travail futur, entre les contre-bourgeons et la taille de l’hiver prochain, donnera des indications aux ceps quant à la relance de leur activité physiologique. La bonne prise en charge du traumatisme engendré par ces froids d’avril sera importante pour toutes les parcelles de France et de Navarre. Le millésime 2021 a, déjà, ses premières particularités.

Penser chaque millésime de manièreet continue et unique

Les gelées récurrentes, 3 sur les 5 dernières années pour certains Charentais, posent le souci de plantes à adapter à l’ère – et l’aire – climatique. La délicate équation à plusieurs inconnues – entre les pressions des maladies cryptogamiques et maladies du bois, les rendements, les gelées – et la perte de moyens de lutte pose la question même de conduite de la vigne.
La recette, à répéter automatiquement les mêmes travaux aux mêmes moments, sans se soucier des spécificités de l’année, de l’effet millésime, montre un décalage avec le rythme naturel, physiologique et météorologique, aux effets parfois mutilants, ici, gélifiants.
Si la taille tardive, le décalage de l’attachage peuvent être des solutions immédiates, la nécessité d’une main-d’œuvre prolifique et formée dans un court laps de temps semble être improbable – si ce n’est impossible… qui n’est pas français. Mais nombre de travailleurs dans les vignes viennent d’autres contrées, déjà à l’échelle d’une exploitation, encore plus à l’échelle du vignoble cognaçais. La diminution du nombre de domaines et, donc, de personnes formées aux rudiments et spécificités de la viticulture locale en est une des causes indirectes. Malgré tout, l’esprit de cohésion demeure présent, car nombre d’équipes sont allées, dès potron-minet, installer les dispositifs anti-gel (tours, chaufferettes, bougies…) afin de sauvegarder la future récolte, et de la protéger de ce premier fléau climatique de l’année.
Les équipes sont demeurées soudées, et cela a renforcé un esprit de cohésion dans les exploitations qui surent, purent, bien gérer ce froid fléau. Dans ce malheur, celui-ci est arrivé suffisamment tôt, épargnant la plupart des parcelles d’ugni blanc – hormis les jeunes plantations, davantage soumises au stress de températures extrêmes (froides comme chaudes).

L’anaphore de la résilience

Si « le mot est le corps du temps », il en est un qui incarne et symbolise aujourd’hui notre temps, notre monde, nos actions, nos stratégies : la résilience. Mis en avant sur toutes les scènes, dans toutes les sphères, il est défini par le Larousse comme « la résistance aux chocs », « l’aptitude d’un individu à se construire et à vivre de manière satisfaisante en dépit de circonstances traumatiques », mais aussi « la capacité d’un écosystème, d’un biotope ou d’un groupe d’individus à se rétablir après une perturbation extérieure ». Il n’est point besoin de dire que le terme trouve plus que jamais aujourd’hui une actualité sur laquelle se greffer, quitte à en devenir galvaudé, étouffé sous ses applications, parfois alambiquées, souvent instrumentalisées.
Pourtant, sur nos territoires, cette résistance aux chocs et aux crises est bien réelle et depuis toujours. Les crises économiques traversées par la filière ne l’ont pas empêché de rebondir et de retrouver un équilibre, mais aussi et surtout des perspectives sur les marchés. Sur le terrain, si la nature est par essence résiliente, capable de tolérer, s’adapter ou se transformer, c’est un autre terme qui génère l’effervescence et l’émulation collective : la transition. La capacité tampon du système ayant atteint ses limites et l’adaptation étant utile mais insuffisante, c’est la transformation en profondeur et à long terme des méthodes et outils employés, aujourd’hui amorcée mais non aboutie, qui compose à la fois l’enjeu et la clé de la réussite du modèle en construction pour demain.

La bataille (tronquée) des chiffres

Mi-mars dernier, le premier confinement a fêté son premier anniversaire 2020, et le comptage Covid-19 également. La barre symbolique des 100 000 morts a été atteinte et dépassée en 13, voire 14 mois. Cela ferait presque oublier que les deux premières causes de décès en France demeurent, selon les statistiques officielles, le cancer et les maladies cardio-vasculaires, toutes les deux autour de 150 000 en 2020, respectivement environ 154 000 et 147 000 décès. Pour ces maladies, les compteurs ne sont jamais remis à zéro. Que seraient ces fléaux si le même traitement covidien, la même hystérie médiatique et la même pression de l’industrie pharmaceutique se mettaient en place ?

Pensées pour Catherine Mousnier

Mémoire vivante de la rédaction (dans laquelle elle a œuvré pendant plus de trente années) et personnalité (re)connue du microcosme cognaçais, Catherine Mousnier nous a quittés le 10 avril dernier. L’équipe de la revue présente ses plus tendres pensées à sa famille et à ses proches, et remercie tous ceux qui envoyèrent un mot de condoléances à la rédaction.

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