Nouvelles technologies et qualité des eaux-de-vie : Préconisations chez Courvoisier

27 mars 2013

La société Courvoisier suit depuis cinq à six ans avec beaucoup d’intérêt toutes les évolutions technologiques induisant des économies d’énergie au niveau de la distillation. Les deux distilleries de Châteauneuf-sur-Charente représentent des outils pilotes pour apprécier l’intérêt et les limites des nouveaux produits. L’équipe technique de cette entreprise mène en permanence des réflexions pour optimiser les consommations de gaz, et les échanges sur ces sujets avec les différents constructeurs s’avèrent toujours fructueux.

p37.jpgJoël Lavergne, le responsable technique qualité vin et eaux-de-vie de Courvoisier, considère que la recherche d’économies d’énergie doit être abordée de façon bien différenciée selon les situations : « Lors d’une implantation de distillerie nouvelle, du montage d’un alambic supplémentaire ou de la réfection d’un alambic très ancien, bénéficier des dernières avancées technologiques au niveau des cellules de combustion est forcément intéressant. Par contre, dans des installations récentes et fonctionnelles, des engagements financiers lourds dans des transformations de foyers doivent générer un retour sur investissements suffisant sur des périodes assez courtes. Les économies de gaz escomptées doivent être substantielles pour justifier l’investissement. Avant de penser à réaliser de nouveaux investissements, il faut s’assurer du bon fonctionnement des chaudières existantes, en n’oubliant pas de réaliser chaque année une analyse de combustion. C’est déjà un moyen efficace d’économiser quelques kilos de gaz. Dans l’état actuel des connaissances, l’utilisation de gaz nous paraît être l’énergie reine pour tirer le meilleur profit de la méthode de distillation charentaise. La souplesse d’utilisation de ce combustible est un atout indéniable pour optimiser la conduite des coulages et la qualité finale des eaux-de-vie. Les développements technologiques réalisés au cours des dernières années par les constructeurs font progresser les connaissances en matière de combustion, ce qui est bénéfique. Prospecter d’autres sources d’énergie est peut-être envisageable mais, pour l’instant, on n’a pas trouvé mieux que le gaz. »

15 % d’économie de gaz grâce aux effets cumulés du préchauffage des vins et du rallongement des mises au courant

Le premier sujet en matière d’économie d’énergie qui a mobilisé les équipes techniques de Courvoisier et de la distillerie Jubert a été le préchauffage des vins. Des essais de préchauffage dynamique avec des échangeurs externes ont été conduits en 2006. Au vu des résultats qualitatifs, l’installation d’un échangeur multitubulaire préchauffant les vins à 40 °C a été décidée dès l’année suivante dans une des distilleries de Châteauneuf-sur-Charente. Joël Lavergne considère que le préchauffage avec des échangeurs présente de l’intérêt dans la mesure où sa mise en œuvre est bien maîtrisée : « Les essais que nous avions menés au cours de l’hiver 2006-2007 avaient mis en évidence que le préchauffage des vins avec des échangeurs externes pouvait être envisagé jusqu’à 40 °C sans que cela ne pose de problème de qualité. Depuis la campagne 2007-2008, nous avons systématisé le préchauffage des vins à 40 °c dans nos deux distilleries. Les économies d’énergies générées sont deux ordres, directe avec une diminution des consommations de gaz de 8,5 % en moyenne, et indirecte par la baisse des besoins de refroidissement des eaux des réfrigérants. Les consommations d’électricité ont chuté de 20 %. Nous avons également suivi des installations chez des distillateurs de profession et des bouilleurs de cru qui nous ont confortés dans le bien-fondé de ces équipements par rapport aux réchauffe-vins traditionnels. 40 °C est pour nous le seuil de température maximum de préchauffage des vins car, au-delà, des problèmes de qualité et de sécurité se posent. Par contre, le préchauffage des brouillis est proscrit. Dans la distillerie de Châteauneuf, parallèlement au préchauffage systématique des vins, une réduction de la durée de la phase de mise au courant d’environ 15 à 20 mn a été mise en œuvre. Ce temps gagné nous a amenés à imaginer que l’on pouvait peut-être réduire la puissance de feu durant la mise au courant pour rechercher des économies de gaz supplémentaires. Après un mois d’essais, les mises au courant des vins ont été rallongées de 15 à 20 mn, ce qui a permis de réduire la puissance de chauffe des brûleurs d’environ 10 %. Cela fait maintenant une campagne que nous avons mis en application cette méthode de travail qui génère une économie de gaz supplémentaire de 7 %. Au final, le préchauffage des vins à 40 °C et le rallongement des mises au courant engendrent une économie de 15 %. Le niveau de consommation de gaz dans notre distillerie est passé en quelques années de 47 kg d’équivalent propane/hl d’AP à 40 kg. »

Une économie de gaz proche de 8 % avec un brûleur à air soufflé installé dans un foyer brique

Plusieurs essais de nouvelles technologies visant à réduire les consommations de gaz des brûleurs ont été conduits au cours des deux dernières campagnes.

Un système de pilotage des brûleurs atmosphériques avec des sondes Lambda a été testé l’année dernière avec un constructeur qui souhaitait évaluer les performances de mesure de nouvelles sondes. Les résultats se sont révélés décevants puisque les économies de gaz n’ont été que de 2 %. Ce constructeur a depuis fait évoluer son système de pilotage automatisé du registre de cheminée et de nouveaux essais vont avoir lieu courant mars.

La société Courvoisier a conduit depuis deux campagnes un autre essai comparant un brûleur à air soufflé Weishaupt à un brûleur atmosphérique Elf. Le brûleur Weishaupt a été installé dans un foyer brique monté sur site dont la partie basse a été aménagée et étanchée. Le souhait de J. Lavergne était d’acquérir à la fois des connaissances sur l’utilisation de ce nouveau type de brûleur et d’apprécier son intérêt économique dans le cadre d’un aménagement de foyers existants : « Tout d’abord, l’installation du brûleur à air soufflé dans les massifs en briques s’est avérée assez facile et, vue de l’extérieur, la structure du foyer n’est pas différente. La transcription des courbes de chauffe s’est effectuée sans problème compte tenu de la réponse linéaire du brûleur observée par Bernard Lafaye. Nous n’avons pas rencontré de problèmes d’allumage et de stabilité de flamme. La conduite des chauffes de vins et des bonnes chauffes a fait l’objet d’un suivi qualitatif reposant à la fois sur des analyses et la dégustation des eaux-de-vie durant plusieurs semaines. Aucune différence significative n’a été constatée. Nous avons observé que la température extérieure du massif brique avait diminué en moyenne de 3 à 4 °C mais, par contre, la température extérieure de la base de la cheminée était plus élevée de 3 à 4 °C. L’effet de la soufflerie fait circuler plus rapidement les fumées dans les tours à feu (pas modifiés), d’où sûrement un niveau d’échange thermique moindre. L’aménagement dans les tours à feu de chicanes pour ralentir le débit d’air doit contribuer à améliorer les performances. D’un point de vue qualitatif, nous n’avons pas observé de différence entre les deux types de foyers. Les consommations de gaz avec le brûleur Weishaupt ont diminué de 8,3 % au cours de la campagne 2011-2012 et de 7,2 % cette année. La diminution des TAV moyens des vins d’environ 1 % vol. explique cette différence. Compte tenu des coûts d’aménagement du brûleur et de son automatisme de pilotage, la durée de retour sur investissement sera de 10 ans, en prenant comme référence de prix de la tonne de gaz 500 € ht. Le remplacement d’un brûleur atmosphérique en bon état de marche par un brûleur à air soufflé à des fins économiques n’est donc pas forcément intéressant. Par contre, si le brûleur est usagé, son remplacement par un brûleur à air soufflé devient avantageux. »

Les points clés
● Le préchauffage des vins en ligne validé à 40 °C
● Intérêt du préchauffage à 40 °C :
– diminution de la consommation de gaz de 8,5 %
– baisse de la consommation d’électricité de 20 %
– baisse de la puissance du brûleur à la mise au courant engendrant 7 % d’économie de gaz
● Essais du brûleur Weishaupt dans un foyer brique :
– 8 % de consommation de gaz

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