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Rendement 2026 : un vote sous tension au sein de l’interprofession du cognac

22 janv. 2026 Par Nina Couturier
Rendement 2026 : un vote sous tension au sein de l’interprofession du cognac

Rendement maintenu, cofinancement suspendu des arrachages : où en est la filière ?

Réuni le 21 janvier, le Comité permanent du BNIC a reconduit le rendement Cognac à 7,65 hectolitres d’alcool pur par hectare, identique à 2025. Un choix entériné dans un contexte de marché en repli, accompagné d’un plan d’arrachage à hauteur de 10 000 € par hectare — 4 000 € issus du plan national FranceAgriMer et 6 000 € apportés par la viticulture seule.

Ce plan devait initialement être cofinancé à parts égales par la viticulture et le négoce, un principe validé collectivement le 21 janvier. Mais plusieurs maisons, encore en attente de validations internes, ont demandé un report d’une quinzaine de jours avant tout engagement formel. Pour être prête à l’ouverture du guichet FranceAgriMer du 6 février, la viticulture a choisi de maintenir le calendrier et de porter seule la part filière. Pour ceux qui se poseraient la question pour la suite et après vérification, le dispositif national n’est a pas soumis à la règle du « premier arrivé, premier servi ».

Depuis, les positions divergent sur le terrain syndical et auprès de la base viticole dont les premières réactions laissent entrevoir une incompréhension quant aux décisions prises.

Un contexte multifactoriel pris en compte dans la détermination du rendement annuel cognac 2026

Le maintien du rendement annuel Cognac 2026 à 7,65 hectolitres d’alcool pur par hectare a été voté dans un climat d’inquiétude palpable au sein de la filière. Depuis plusieurs mois, les signaux de marché s’assombrissent : les expéditions, qui atteignaient encore 163 millions de bouteilles début 2025, sont retombées à 141 millions sur douze mois, soit 22 millions de bouteilles en moins. Une baisse équivalente à – 15 % en volume et – 25 % en valeur, selon les données consolidées par l’interprofession. Un recul brutal, dans un secteur historiquement habitué à la croissance continue. A cette conjoncture commerciale s’ajoute un environnement international incertain et des stocks toujours plus élevés dans les chais. Le marché américain reste atone, la Chine n’a pas regagné ses niveaux de pré‑crise, et les tensions sur la fiscalité à l’export maintiennent une pression sur les prix.

Face à ce contexte, la détermination du rendement annuel cognac 2026 s’est avérée être un exercice d’équilibriste : comment tenir compte du ralentissement du marché sans fragiliser davantage des exploitations déjà mises sous tension ?

Au sein des instances, les discussions ont permis de dégager deux approches. D’un côté, des représentants du négoce qui souhaitaient initialement apporter un signal avec une baisse du rendement annuel à hauteur de 7,50 hl AP/ha — pour signifier la réalité du marché pouvant être revu à la hausse à 7.65 en cas de réduction des surface affectées au cognac d'ici fin juillet avec un financement qui nécessitait validation. De l’autre, la viticulture qui plaidait pour la stabilité, estimant qu’une réduction du rendement fragiliserait encore le revenu des exploitants.

Finalement, c’est la seconde approche qui s’est imposée, au terme d’un enchaînement de discussions étroitement liées à la question du plan d’arrachage. Le rendement de 7,65 hl AP/ha n’a pas été retenu pour ses vertus économiques, ni pour son adéquation au marché, mais parce qu’il s’inscrivait dans un accord global : la viticulture qui a pris la décision d’assumer seule, le financement du plan de neutralisation des surfaces, et en retour, le négoce a consenti à maintenir le niveau du rendement, renonçant à la baisse initialement envisagée.

D’un projet initialement partagé à une mise en œuvre unilatérale de l’accompagnement de l’arrachage

Viticulture et négoce avaient initialement défini, à parts égales, un programme de neutralisation de 10 000 hectares sur deux ans, combinant arrachages définitifs, temporaires et réaffectations de surfaces. Mais la mise en œuvre s’est avérée plus complexe que prévu. À la veille du vote du 21 janvier, plusieurs maisons de négoce ont indiqué ne pas encore disposer des validations internes nécessaires pour s’engager formellement sur un cofinancement immédiat. La viticulture a choisi de ne pas accorder de délai supplémentaire dans la discussion et de s’engager seule à financer l’arrachage au travers d’une CVO spécifique.

Dans ce contexte, le maintien du rendement à 7,65 hl AP/ha a constitué la contrepartie de cet engagement.

Aujourd’hui et par l’intermédiaire d’un communiqué de presse, l’UGVC maintient la porte ouverte à un cofinancement du négoce a posteriori. Mais selon les premiers échos recueillis, du côté du négoce et la communication du syndicat des maisons de cognac publiée en cette fin d’après-midi, le cofinancement collectif n’est plus envisagé, en tout cas pas pour cette campagne, chaque maison demeurant libre d’intégrer ou non une compensation équivalente à la CVO viticole dans ses relations contractuelles.

« La décision de la filière est actée pour la campagne en cours.

Cela étant, les travaux de l’interprofession se poursuivent afin de prolonger la réflexion et d’examiner, pour la suite, des dispositifs cohérents, soutenables et articulés avec le cadre public d’accompagnement.

Dans ce cadre, la question d’un éventuel cofinancement ne s’inscrit pas dans le périmètre de la campagne actuelle. »

Des réactions de terrain marquées par la colère et l’incompréhension

Dès l’annonce du maintien du rendement à 7,65 hectolitres d’alcool pur par hectare, les réactions de la base viticole ont été vives. Beaucoup de producteurs disent ne plus comprendre la logique de décision : « On vend 5,5 hl AP/ha et on nous demande d’en produire 7,65 », résume un exploitant, dénonçant un écart jugé intenable avec la réalité du marché. La frustration est d’autant plus forte que le financement du plan d’arrachage, à hauteur de 6 000 € par hectare, repose intégralement sur la viticulture. Pour beaucoup, ce choix est perçu comme une « double peine » : produire au-dessus des besoins tout en finançant, sur ses propres fonds, la réduction du potentiel de production.

Retrouvez le témoignage d'acteurs de la filière dans votre revue de février 2026 !

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