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Plan d’arrachage FranceAgriMer : faute de grives, les charentais devront manger des merles

3 févr. 2026 Par Nina Couturier
Plan d’arrachage FranceAgriMer : faute de grives, les charentais devront manger des merles

Un calendrier resserré et des aides à saisir sans attendre

La formule est un peu abrupte mais aujourd’hui nécessaire. Alors que le conseil spécialisé vin de FranceAgriMer a validé le 14 janvier les modalités de l’Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI) pour le plan d’arrachage 2026, doté d’une enveloppe de 130 millions d’euros, et que le budget est désormais validé depuis hier, la téléprocédure Vitirestructuration va pouvoir ouvrir, comme prévu le 6 février 2026. Elle permettra aux vignerons de déposer leurs demandes, en distinguant deux niveaux d’arrachage : totalité du CVI (prioritaire) ou partiel.

L’aide, fixée à 4 000 € par hectare, sera complétée pour les charentais et uniquement sur les cépages Vins Blancs Cognac par une complément de prime de 6 000 € par hectare financé par une Cotisation Volontaire Obligatoire (CVO) viticole, faute d’autre levier mobilisable à date.

Si les modalités relatives à cette CVO charentaise ne sont pas encore connues à ce jour, l’ouverture imminente du guichet doit inciter les viticulteurs à déposer leurs demandes, sans attendre de connaitre précisément ces modalités qui seront calquées sur l’AMI FranceAgriMer.

Car un tien vaut mieux que deux tu l’auras et si la Commission Européenne attend d’être officiellement sollicitée par la France pour étudier d’autres leviers, rien n’est encore acté à date. Alors que la filière cognac rencontre aujourd’hui Annie Genevard, Ministre de l'Agriculture, de l'Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire, les professionnels pourront réaffirmer l’urgence d’un soutien politique concret, au-delà du seul plan d’arrachage, afin de préserver l’équilibre économique et social de toute la filière viticole charentaise, confrontée à une crise conjoncturelle sans précédent et à des décisions européennes dont elle subit les conséquences sans en être responsable.

Pourquoi il ne faut pas attendre

Le calendrier imposé par FranceAgriMer est particulièrement resserré. La téléprocédure Vitirestructuration ouvrira le 6 février 2026 pour quelques semaines seulement, laissant peu de marge de manœuvre aux exploitants qui hésiteraient à se positionner. Surtout, aucune garantie n’existe à ce stade sur l’activation de leviers complémentaires, qu’ils soient nationaux ou européens. Si la Commission européenne s’est dite disposée à examiner des mesures spécifiques, elle attend toujours une saisine officielle de la France, qui n’a, à ce jour, pas été formalisée. Dans ce contexte, le plan d’arrachage FranceAgriMer demeure le seul dispositif opérationnel, cadré et sécurisé sur le plan réglementaire comme budgétaire.
À cela s’ajoute la prime complémentaire charentaise financée par la CVO, dont les modalités précises restent encore à définir, alimentant une forme de méconnaissance ou d’attentisme sur le terrain. Toutefois, cette CVO sera adossée aux critères de l’AMI FranceAgriMer, condition indispensable pour en bénéficier. Autrement dit, ne pas déposer de dossier aujourd’hui reviendrait à se priver à la fois de l’aide nationale et de sa déclinaison locale, au risque de laisser passer la seule fenêtre de tir clairement identifiée pour 2026.

Arrachage total du CVI : prioritaire sans condition

L’arrachage définitif total constitue le cœur du dispositif mis en place par FranceAgriMer.

Il s’adresse aux vignerons décidant de retirer la totalité de leurs vignes, sans critère supplémentaire autre que leur statut professionnel et leur identification administrative.

Pour être éligibles, les exploitants doivent disposer d’un Casier Viticole Informatisé (CVI) à jour, d’un numéro Siret actif, d’au moins une déclaration de récolte sur les trois dernières campagnes, ainsi que d’un numéro Vitirestructuration inscrit sur le portail FranceAgriMer.

En cas de dépassement de l’enveloppe globale de 130 millions d’euros, ces arrachages totaux (intégralité du CVI de l’exploitant) seront automatiquement prioritaires. Les demandes seront examinées en premier, reflétant la volonté de soutenir en priorité les viticulteurs en fin d’activité ou sans perspective de reprise, pour qui cette sortie encadrée représente une réponse concrète à la crise actuelle.

 

Arrachage partiel : ancienneté et exclusion du chardonnay

L’arrachage partiel s’adresse aux vignerons souhaitant ne supprimer qu’une partie de leurs vignes, selon des critères d’éligibilité clairement établis. Les parcelles concernées doivent avoir plus de dix ans, écartant ainsi les plantations récentes jugées cohérentes avec les besoins actuels du marché. Tous les cépages sont concernés, rouges comme blancs, à l’exception du chardonnay, expressément exclu du dispositif. Ce choix résulte d’un compromis entre bassins viticoles, la demande pour ce cépage restant soutenue, notamment en Champagne, en Bourgogne et dans le Languedoc. L’exclusion vise à concentrer les aides sur les exploitations confrontées à des déséquilibres de volumes ou de débouchés, sans affecter les filières encore dynamiques.

Calendrier et modalités de mise en oeuvre

Afin de répondre aux attentes du terrain, la téléprocédure d’arrachage ouvrira le 6 février 2026 pour une durée de quatre semaines, jusqu’au 6 mars. Son lancement intervient ainsi ajuste après l’adoption définitive du projet de loi de finances et à quelques jours de l’adoption du Paquet vin, nécessaires à la validation complète du dispositif. Cette ouverture anticipée a pour objectif de donner de la visibilité aux viticulteurs et de permettre aux services instructeurs de préparer le traitement des dossiers. FranceAgriMer invite dès à présent les candidats à vérifier la mise à jour de leur CVI et à obtenir un numéro Vitirestructuration, afin de déposer leur demande dès l’ouverture en ligne de la plateforme.

Arbitrages et plafonnement : un dispositif calibré pour 32 500 hectares

L’enveloppe budgétaire de 130 millions d’euros permet de financer l’arrachage d’environ 32 500 hectares à raison de 4 000 € par hectare.

Si les demandes dépassent cette surface de référence, un mécanisme de priorisation et de réfaction sera appliqué : les arrachages totaux seront servis en premier, tandis que les arrachages partiels feront l’objet d’une réduction proportionnelle des surfaces subventionnées, que les candidats pourront refuser si elle leur semble trop élevée. Les parcelles arrachées perdront définitivement leur droit à replantation, et leurs exploitants ne pourront pas solliciter de nouvelles autorisations avant dix ans.

Des situations laissées sans réponse, mais d’autres leviers encore à l’étude

Si le plan d’arrachage porté par FranceAgriMer constitue aujourd’hui le seul dispositif opérationnel, il ne couvre pas l’ensemble des situations complexes rencontrées sur le terrain charentais. En sont notamment exclus les propriétaires de vignes sans CVI ou ceux déjà engagés dans une procédure collective (redressement ou liquidation judiciaire).

Autant de cas pourtant identifiés localement, et conduisant la filière cognac à poursuivre ses travaux sur des dispositifs complémentaires.

Les réflexions portent notamment sur l’adaptation des mécanismes de régulation existants, à commencer par le VCCI ou la piste d’un arrachage temporaire aidé, permettant de retirer provisoirement des surfaces de production sans remettre en cause le potentiel à long terme des exploitations.

Enfin, la question de la diversification des débouchés demeure centrale, en particulier dans l’hypothèse d’une campagne où la vigne produirait au‑delà des besoins du cognac. Débouchés alternatifs, repli vers d’autres usages ou valorisations industrielles font ainsi partie des scénarios explorés individuellement par les opérateurs pour tirer le meilleur parti de leurs hectares et volumes.

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