Alors que la crise énergétique continue de peser lourdement sur les secteurs productifs,
certains acteurs essentiels de l’économie rurale dénoncent leur mise à l’écart des dispositifs de soutien. C’est le cas des exploitants forestiers, dont la situation est aujourd’hui portée sur la place publique par le Syndicat des Exploitants de la Filière Bois (SEFB).
Une filière stratégique sous pression
Dans un communiqué publié le 3 avril 2026, le SEFB alerte sur l’absence, à ce jour, d’intégration des exploitants forestiers dans les mesures d’urgence mises en place par l’État pour faire face à la hausse des coûts de l’énergie. Une situation jugée d’autant plus problématique que ces entreprises constituent un maillon central de la filière bois, mobilisant près de 30 % de la récolte nationale, soit environ 6 millions de m³ par an.
Au-delà de leur poids économique, les exploitants forestiers jouent un rôle clé dans la gestion durable des forêts, la production de bois d’œuvre et d’énergie, ainsi que dans l’approvisionnement de secteurs industriels variés, de la construction à la tonnellerie.
Contrairement à une perception parfois idéalisée de la filière, l’exploitation forestière repose sur des activités fortement mécanisées et consommatrices d’énergie. Les données avancées par le SEFB illustrent cette réalité : une abatteuse ou un porteur consomme quotidiennement entre 250 et 300 litres de Gazole Non Routier (GNR), des niveaux comparables à ceux observés dans l’agriculture ou le transport routier.
À cela s’ajoute le transport du bois, également énergivore, qui mobilise des camions affichant des consommations similaires. Cette double dépendance – en forêt et sur la route – expose particulièrement la filière à la volatilité des prix du carburant.
Une incohérence pointée avec les politiques de soutien
Dans ce contexte, les exploitants forestiers revendiquent une équité de traitement avec d’autres secteurs déjà bénéficiaires d’aides publiques, notamment l’agriculture et le transport. Tous partagent en effet des caractéristiques communes : usage intensif du GNR, exposition aux marchés internationaux de l’énergie et faible capacité à répercuter rapidement les hausses de coûts.
« Les forestiers sont les paysans de la forêt », souligne David Caillouel, appelant à une reconnaissance accrue de ces métiers et à leur inclusion dans les dispositifs d’urgence.
L’absence de soutien spécifique pourrait avoir des conséquences directes sur le tissu économique local. Souvent implantées en zones rurales, les entreprises de travaux forestiers sont déjà confrontées à des marges contraintes, à des coûts d’équipement élevés et à des enjeux de renouvellement de la main-d’œuvre.
Dans un contexte de hausse généralisée des charges (carburant, matériel, transport), leur capacité à absorber les surcoûts apparaît limitée. À moyen terme, le risque est double : ralentissement de l’activité forestière et fragilisation de l’approvisionnement de l’ensemble de la filière bois.
Une filière au cœur des transitions écologiques
Paradoxalement, cette fragilité intervient alors même que la filière forêt-bois est au cœur des stratégies de transition écologique. Le bois est en effet considéré comme un matériau renouvelable clé pour la décarbonation de la construction, tandis que la gestion forestière durable contribue à la captation du carbone et à la préservation des écosystèmes.
Cette contradiction interroge la cohérence des politiques publiques : comment soutenir la transition écologique sans accompagner les acteurs qui en constituent le socle opérationnel ?
Pour les secteurs agricoles et viticoles, la question dépasse le seul cadre forestier. Le bois est un intrant stratégique, qu’il s’agisse de piquets de vigne, de structures agricoles ou encore de fûts pour l’élevage des vins et spiritueux.
Toute tension sur la filière forestière est donc susceptible d’avoir des répercussions en cascade, notamment sur les coûts de production et les chaînes d’approvisionnement.
Vers une reconnaissance élargie ?
À travers cette prise de parole, le SEFB appelle à une prise en compte plus globale des réalités économiques des filières rurales. L’enjeu dépasse la seule question énergétique : il s’agit de reconnaître pleinement le rôle des exploitants forestiers dans l’économie, l’aménagement du territoire et la transition écologique.
Dans un contexte de crises multiples, la capacité des pouvoirs publics à apporter des réponses transversales et cohérentes pourrait s’avérer déterminante pour l’équilibre des filières.