11 Tracteurs Vigne à l’Essai

13 mars 2009

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Les nouvelles gammes de tracteurs spécialisés vignes bénéficient depuis quelques années de nombreuses évolutions technologiques. D’une manière générale, les viticulteurs souhaitent utiliser des tracteurs spécialisés plus polyvalents et les constructeurs essaient de satisfaire ces nouveaux besoins. M. Joël Deborde, le technicien en machinisme de la Chambre d’agriculture de Charente-Maritime et M. Didier Langlois, l’expert tracteur de la Chambre régionale d’agriculture Poitou-Charentes, ont mis en place l’été dernier un banc d’essais de tracteurs viticoles chez MM. Christian Bernard et Joël Renaud à Migron. Une synthèse des résultats de ce travail est publiée pages 18 à 33.

 

Cette initiative repose sur une réflexion toute simple, le souhait d’avoir des références récentes sur les tracteurs viticoles pour répondre aux fréquentes interrogations des viticulteurs sur la maniabilité, la polyvalence, les puissances moteurs et hydrauliques. Le souci de rationaliser au maximum l’organisation des travaux manuels et mécaniques, de limiter le nombre de passages dans les parcelles et d’utiliser au mieux les performances des tracteurs s’inscrivent aujourd’hui dans une démarche globale de recherche de productivité économique. Globalement, le parc de tracteurs viticoles dans les propriétés a profondément changé depuis le début des années 90. Une propriété de 30 à 40 ha de vigne utilise aujourd’hui un tracteur principal qui effectue la plupart des travaux majeurs, la pulvérisation et les opérations combinées d’hiver (andainage-broyage) et d’été, l’entretien des sols et de la surface foliaire (tonte d’herbe, désherbage, travail du sol et rognage). Le tracteur viticole des années 2000 reste un outil de traction au gabarit modeste, maniable, mais qui est utilisé de façon plus intensive sur le plan de la puissance comme de la polyvalence. L’augmentation des surfaces des propriétés rend aussi l’utilisation plus intense et les chauffeurs effectuant fréquemment 1 000 heures de conduite par an sont demandeurs d’un niveau d’équipement et de confort bien plus important.

Une semaine d’essais à Migron pour tester 11 tracteurs

Le banc d’essais tracteurs mis en place par les techniciens des Chambres d’agriculture avec le concours de la revue Matériel Agricole apporte des éléments de réponse concrets sur les performances et l’habitabilité de onze tracteurs spécialisés vigne quatre roues motrices d’une puissance s’étageant entre 75 et 90 ch. Il avait été demandé aux principaux constructeurs de fournir pendant une semaine des tracteurs d’une puissance homogène disposant d’une cabine confortable et équipé pour la plupart d’un relevage avant. Ils ont répondu favorablement à cette initiative puisque toutes les marques majeures de la filière étaient représentées : Carraro (Ergit TRX 9400), Claas (Nectis 257 VL), Fendt (208 F), John Deere (5515 F), Lamborghini (R2-86), Landini (Rex 105 GT), Mac Cormick (F 85), Massey Ferguson (2440 GE), New Holland (TN 95 FA), Same (Dorado S 100) et Valtra (3400 V). J. Deborde et D. Langlois ont construit le protocole de cet essai en s’appuyant à la fois sur des mesures et des tests de conduite réalisés par un groupe de viticulteurs et de viticultrices. M. Didier Langlois, l’expert tracteur de la Chambre d’agriculture Poitou-Charentes, réalise assez régulièrement des bancs d’essais sur des tracteurs standards en s’appuyant sur une méthodologie précise dont la rigueur a fait ses preuves. Les mesures portent sur l’évaluation du gabarit des tracteurs, des performances des moteurs, du relevage (arrière et avant), des circuits hydrauliques et de certains paramètres du confort. Les aspects liés à la conduite ont été abordés en essayant de tenir compte des usages spécifiques en vigne, une utilisation à pleine puissance de la prise de force avec un broyeur, une opération de travail combiné dans les vignes (cultivateur à l’avant et herse rotative à l’arrière) et un transport sur un circuit routier avec une benne pleine.

Apprécier le gabarit et la maniabilité des tracteurs

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M. Didier Langlois, de la Chambre d’agriculture Poitou-Charentes.

La Chambre régionale d’agriculture Poitou-Charentes possède un banc d’essais itinérant qui permet d’effectuer un diagnostic complet des performances moteur et hydraulique des tracteurs. D. Langlois, qui utilise cet équipement, a mis en place une méthodologie globale de mesures pour l’essai de Migron qui concerne le gabarit du tracteur, le rayon de giration, les critères moteurs, les performances des circuits hydrauliques, la puissance des relevages et des indicateurs du confort au niveau de la cabine. La première étape des essais a été la caractérisation précise du gabarit de chaque modèle. Les tracteurs ont été mesurés en terme de longueur, largeur mini, hauteur maxi, hauteur au capot (pour assurer le remplissage en carburant), de garde au sol et d’empattement. Les techniciens ont aussi effectué une mesure de rayon de giration (de braquage) dans la cour de la ferme car ce critère influence fortement la maniabilité des tracteurs viticoles en bout de rang de vigne. Les tracteurs ont été aussi pesés par l’avant et par l’arrière afin d’évaluer la répartition des charges. D’une manière générale, les tracteurs viticoles ne sont pas très lourds et une répartition de poids équilibrée entre l’avant et l’arrière est un élément qui influence la stabilité du tracteur et son adhérence au travail.

Un bilan de « santé » complet de la puissance moteur

Au niveau du moteur, l’utilisation du tracto-test a permis d’établir un bilan de « santé » général en mesurant la puissance maximale, la puissance au régime pdf de 540 t/mn, le couple, la réserve de couple et les niveaux de consommation horaire à différents régimes. Les mesures de puissance moteur ont été réalisées sur l’ensemble des tracteurs en utilisant la norme OCDE qui correspond à la puissance nette utilisable à la prise de force. Elle présente l’avantage d’intégrer toutes les pertes d’utilisation (liées aux accessoires) et d’être mieux en phase avec les conditions d’utilisation réelles. Les différents constructeurs, lorsqu’ils annoncent des puissances moteur, n’utilisent pas forcément les mêmes normes ce qui rend impossibles les comparaisons pour les acheteurs. Il existe au moins 7 normes différentes dont certaines sont plus favorables en termes de puissances annoncées.

 

Les 7 normes différentes pour exprimer la puissance moteur

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 Le couple maxi est une donnée importante qui traduit en quelque sorte la capacité du tracteur à absorber des demandes de puissances supplémentaires sans qu’il soit nécessaire de changer de vitesse. Plus sa valeur est élevée à un niveau de régime moteur proche de 1 400 t/mn, plus le tracteur développe des performances intéressantes. Si le couple maxi est élevé mais à un niveau de régime moteur bas, le tracteur sera moins réactif mais agréable à conduire. A

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Le banc d’essai.

l’inverse si le couple maxi reste élevé mais à des niveaux de régime moteur élevés, les plages d’utilisation seront beaucoup plus réduites. Les niveaux de consommation de gas-oil ont été aussi contrôlés à des régimes moteur différents qui correspondent aux conditions d’utilisations les plus fréquentes. D’une manière générale, les techniciens constatent que les tracteurs qui sont tous équipés de moteur nouvelle génération (moins polluant) ont des niveaux de consommation nettement supérieurs à « leurs aînés » moins respectueux de l’environnement.

 
Des tests sur l’hydraulique, les relevages et le confort des cabines

Les performances hydrauliques ont été testées avec le banc d’essais et les résultats attestent parfois d’un certain décalage entre les valeurs annoncées et celles qui sont constatées. La puissance des relevages avant et arrière est un élément important dans l’univers viticole car des outils lourds et larges (herses rotatives, broyeurs) sont de plus en plus souvent utilisés dans les vignes à 3 m d’écartement. Deux types de mesures ont été effectués, l’un pour apprécier la capacité théorique de levage maximum et l’autre pour quantifier la capacité de levage avec 20 % du poids total du tracteur qui reste sur l’avant. Cette dernière information correspond à la puissance effective des relevages pour travailler dans de bonnes conditions de sécurité. Le fait de rajouter des masses à l’avant (par exemple sur le relevage avant) permet d’augmenter la puissance de levage en toute sécurité. Les mesures ont été réalisées en utilisant une

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M. Joël Deborde, le conseiller en machinisme de la Chambre d’agriculture 17.

jauge de contrainte mise à disposition par le lycée agricole de Derval. Les aspects de confort ont été évalués en effectuant, d’une part, des mesures d’intensités sonores dans la cabine à différents régimes moteur et, d’autre part, en enregistrant les vibrations transmises au poste de conduite (au niveau du siège et au chauffeur lors du parcours routier). Un appareil fourni par la MSA a permis de disposer des capteurs au niveau du plancher de la cabine et au niveau du siège. Ces éléments sont devenus importants pour des chauffeurs qui effectuent plus de 10 heures de travail à pleine puissance au moment des traitements et des vendanges. La fréquence des arrêts dans les rangs de vigne pour certains travaux (l’enfonçage de piquets, l’arrachage de ceps…) et pour les manœuvres en bout de rang ont amené J. Deborde à introduire un test d’évaluation de l’effort pour débrayer. Enfin, le nombre de tours de volant nécessaire pour obtenir le braquage maximum des roues a été évalué. Ces deux derniers éléments contribuent à apporter du confort de conduite.

Le comportement des tracteurs au travail est aussi très important

Le deuxième volet de l’essai a concerné les tests de conduite qui ont été effectués par deux chauffeurs différents pour chaque tracteur. Cette volonté de relier les mesures à des commentaires de conduite est liée au fait que les utilisations des tracteurs viticoles sont de plus en plus diversifiées. En effet, le tracteur viticole idéal doit conserver un gabarit modeste pour être maniable, disposer d’une puissance moteur importante pour « tourner » des turbines de pulvérisateurs toujours plus puissantes, d’une hydraulique performante pour faire fonctionner les rogneuses, les palisseuses…, de systèmes d’attelage des outils bien agencés (à l’arrière, à l’avant ou entre-roues), et d’un environnement de conduite beaucoup plus confortable et rationnel. Les avis des utilisateurs ont été recueillis dans le cadre d’interventions bien précises et identiques pour tous les tracteurs. Avant l’essai proprement dit, les inspecteurs techniques de chaque marque ont présenté les caractéristiques techniques et pratiques des modèles aux futurs viticulteurs « essayeurs ». J. Deborde et D. Langlois avaient choisi pour chaque tracteur des « pilotes » qui ne possédaient pas la marque du matériel testé sur leur propriété. Après un temps de prise en main indispensable des tracteurs, les utilisateurs ont effectué trois types d’opérations : une utilisation combinée dans les rangs de vignes d’un cultivateur à l’avant et d’une herse rotative à l’arrière (de 2,30 m), un broyage d’une jachère dense (avec un broyeur à marteaux de 2,20 m) et un parcours routier de 5 km (avec bonne montée, descente, virages et plat) avec une benne de 7,76 t remplie de sable. Trois jeunes viticultrices ont aussi essayé tous les tracteurs pour donner leur avis sur la conduite. Les conclusions de ces tests ont débouché sur des appréciations concrètes qui confortent les acquis des mesures de performances et apportent en plus des réflexions intéressantes sur le confort et l’efficacité des tracteurs au travail.

 

Bibliographie :
– M. Joël Deborde, le conseiller machinisme de la Chambre d’agriculture de Charente-Maritime. Contact : 05 46 32 20 51.
– M. Didier Langlois, l’expert tracteur de la Chambre d’agriculture régionale Poitou-Charentes. Contact : 05 49 77 15 15.
– La revue Matériel Agricole.

 

Dans les vignes : le tracteur spécialisé maniable, puissant et confortable est indispensable

 

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M. Joël Renaud.

Joël Renaud et Christian Bernard exploitent à Migron un vignoble d’une soixantaine d’hectares répartis sur deux sites distants d’une dizaine de kilomètres. Depuis de nombreuses années, ces deux viticulteurs ont mené une réflexion sur les moyens de mécanisation nécessaires à la conduite de leur propriété. Le vignoble comporte une part encore significative de vignes à 2 m, mais ces parcelles ont été adaptées au travail large en arrachant 1 rang sur trois afin de faciliter le passage avec du matériel performant. L’ensemble des travaux mécaniques est effectué avec deux tracteurs, un spécialisé vigne maniable et un tracteur standard dont le gabarit permet de passer dans les vignes larges. Joël Renaud considère que le tracteur principal de l’exploitation est le tracteur spécialisé vigne et il tient un discours très intéressant sur la polyvalence d’utilisation de ce modèle : « Nous avons fait le choix sur l’exploitation de n’utiliser que deux tracteurs puissants de 90 à 100 ch qui effectuent chacun 900 à 1 000 heures par an. Les traitements sont réalisés avec un seul pulvérisateur et nous vendangeons en commun avec une autre exploitation qui dispose aussi de tracteurs. Tout au long de l’année, notre souci est de rationaliser au maximum les interventions mécaniques en utilisant au mieux la puissance de nos matériels. Chez nous, le tracteur spécialisé de 95 ch est vraiment le tracteur principal de l’exploitation en raison à la fois de sa puissance, de sa maniabilité et de son confort. Aujourd’hui, il me semble qu’un tracteur spécialisé vigne doit disposer de bonne puissance moteur pour tracter des pulvérisateurs pneumatiques, de performances hydrauliques généreuses pour des outils comme les rogneuses et d’une conception modulable pour atteler des outils à l’avant, à l’arrière ou entre-roues. Le petit tracteur que nous possédons est équipé d’un relevage avant que nous utilisons de plus en plus fréquemment. En été, j’effectue en même temps les rognages et l’entretien des sols. Le fait de pouvoir de travailler en combiné nous a permis de revenir à un entretien des sols mécanique de toutes les allées larges et d’optimiser le niveau de consommation du moteur de 95 ch. La contrepartie de cette optimisation des travaux est bien sûr l’attention que doit porter le chauffeur au déroulement des travaux. Un utilisateur d’outils combinés dans les vignes doit effectivement faire preuve de compétences de conduite et c’est là qu’intervient le confort du poste de pilotage pour l’aider à suivre dans de meilleures conditions le fonctionnement des outils avant et arrière ou entre-roues. Le seul inconvénient de notre organisation des travaux mécanique réside peut-être dans le fait de ne disposer que de deux seuls tracteurs. Lorsque l’un d’eux est immobilisé, nous perdons effectivement 50 % de notre capacité d’intervention mécanique. Nous avons essayé d’anticiper ce risque en utilisant des tracteurs récents et réputés pour leur fiabilité. »

 

 

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