Véronique Lemoine

7 juillet 2009

Véronique Lemoine est femme jusqu’au bout des ongles (oserons-nous dire jusqu’au bout du nez). La fondatrice de l’Ecole des Cognacs vient de commettre un livre à sa ressemblance – « Les arômes du Cognac » – simple et ambitieux à la fois, sensitif et cérébral, léger et à fleur de peau… celui d’une femme en quelque sorte.

lemoine.jpgIngénieur agronome elle l’est, depuis 1981, et n’oublie jamais de le signaler. C’est son côté cérébral et « executive woman ». Mais Véronique Lemoine sait aussi laisser parler sa sensibilité, sans récuser sa part de fragilité. Avec un brin de coquetterie, elle s’avoue « mauvaise commerciale », raconte son émotion à la découverte « de cet univers fascinant du Cognac ». « Ce n’est pas possible d’être si discret dans sa propre région et en France alors que le Cognac est tellement vendu à l’étranger, qu’il dispose d’une telle image magnifique. » Elle, la chef de projet qui accompagna longtemps des PME innovantes, ose le cliché quand elle parle de son bonheur à cotoyer les gens d’ici : « J’ai l’impression de rencontrer des vrais gens avec de vrais métiers. » Et que dire de ces « petits bijoux d’alambics charentais ». « Imaginez que des millions et des millions de bouteilles sortent d’alambics minuscules. Vu de l’extérieur, on a l’impression d’être devant une production industrielle microscopique. » Ce regard, elle veut lui conserver une certaine fraîcheur primesautière, présageant que ce sera là son meilleur atout. « J’occupe une petite place laissée vacante. A priori mon activité n’empiète sur personne. Sinon je ne l’aurais pas créée. »

bordeaux saveurs

Véronique Lemoine arrive à Cognac en 2004. Deux ans auparavant, elle avait commencé à faire une incursion dans le tourisme viticole au sein du groupe Bordeaux Saveurs, dirigé par Jean-Michel et Sylvie Cazes. Propriétaires de Lynch Baches, beau domaine de Pauillac, le frère et la sœur ont mis au point une formule réceptive, l’Ecole du Bordeaux. V. Lemoine a concocté pour eux le programme de formation, orienté vers de purs amateurs. A Cognac, cette femme active qui, avant l’expérience bordelaise, avait consacré plusieurs années de sa vie professionnelle à des activités de consultation et d’audit à l’innovation, aux sciences du vivant, aux biotechnologies et à l’agro-alimentaire, ne peut rester indifférente au produit culte de la région. La voilà « piquée » au Cognac, par l’intermédiaire du stage de dégustation ORECO, de l’Université des eaux-de-vie et des multiples occasions de rencontres, qu’elle saisit avec gourmandise. En 2001, n’avait-elle pas eu la tentation de donner une nouvelle inflexion à sa carrière en se lançant pour son propre compte dans l’œnotourisme. Mais l’attaque des tours jumelles à New York et le ralentissement des voyages qui s’en était suivi en avaient décidé autrement. A l’époque, l’entreprise lui avait paru trop risquée. Elle avait préféré rejoindre la famille Cazes.

Bien que les stages ORECO l’aient révélée au Cognac, V. Lemoine reste un peu « sur sa faim ». La formation, très orientée « qualité des eaux-de-vie », s’adresse davantage à la production qu’aux amateurs curieux. N’est-ce pas l’occasion de créer une école des Cognacs ? Véronique Lemoine s’y lance en juin 2006. Elle démarre modestement et ne pousse pas les feux (son côté « mauvaise commerciale »). Pourtant, peu à peu, le bouche à oreille fonctionne, intelligemment aidé par Véronique Lemoine her self. Son école des Cognacs, présente sur internet, est repérée par plusieurs structures dont le Maco, le musée des Arts du Cognac. Bientôt, Véronique Lemoine y proposera des visites enrichies, des ateliers ludiques de dégustation, pour partir sur la trace des arômes du Cognac. Surprise pourtant ! Alors qu’au départ, V. Lemoine pensait travailler uniquement pour les amateurs de Cognacs, au fil du temps, une nouvelle demande s’affirme : celle des professionnels. Tonneliers, activités connexes au Cognac… ils sont nombreux à ressentir un besoin de formation autour du Cognac pour leur force de vente, leurs nouvelles recrues… Ils sollicitent l’Ecole des Cognacs. Véronique Lemoine leur propose du « sur-mesure ». « J’ai l’habitude de m’adapter à ce genre de demande. D’une certaine façon, j’ai toujours joué l’interface entre le monde du marketing et le monde produit. En ce qui concerne mes compétences, je sais très bien où sont mes limites. Quand je ne peux pas apporter la solution, je fais intervenir quelqu’un de très professionnel dans le domaine. » Par contre, là où elle revendique une compétence – elle en a bien d’autres – c’est dans l’art d’organiser les choses. « Au fond, je suis quelqu’un d’assez pratique. » Ses verres, elle les transporte dans de petits « racks ». Avec sa boîte d’échantillons d’arômes sous le bras, son power point et son projecteur, elle se dit « totalement mobile ». Véronique Lemoine vient cependant d’installer dans une dépendance de sa maison une belle salle, qui lui permet de proposer des ateliers plus fouillés. L’espace recèle notamment une collection de produits commerciaux, venus de tous horizons, petites, grandes maisons, producteurs. « Les Cognacs offrent une très grande palette. Vous pouvez avoir des Cognacs extrêmement souples, vifs, légers et d’autres extrêmement puissants, charpentés. J’entends souvent des gens me dire : « Moi, de toute façon, je n’aime pas le Cognac. » Mais on peut toujours trouver son bonheur dans le Cognac. Pour les personnes peu habituées à déguster des alcools forts, quelques gouttes sur la langue révèlent des sensations très complexes. Quand je vois à Paris des jeunes cadres dynamiques branchés heureux et fiers de s’y connaître en vin, je me dis qu’il faut aussi partager ça avec le Cognac. » Véronique Lemoine l’avoue volontiers : ces prestations sont chères. Au Maco par exemple, ce sera 70 € par personne pour un après-midi. « Mais c’est une volonté de ma part. Ce qui est rare est cher. » Même chose lorsqu’elle intervient pour des professionnels. « J’annonce le prix. Si c’est OK, tant mieux. »

Tombée « in love » pour les arômes du Cognac, V. Lemoine ne l’est pas moins pour l’histoire et la culture de la région. « Les grandes maisons qui dominent le monde du Cognac lui confèrent une image de luxe. Elles se comportent un peu comme les grands parfumeurs qui assemblent des fragrances. De leur côté, les exploitations viticoles sont à une échelle complètement humaine, familiale. Cette façon de vivre peut paraître un peu surannée, un peu « plan-plan », Charentes = charentaises. Mais c’est aussi éminemment moderne au plan du développement durable. Ici, nous ne sommes pas dans un monde virtuel. »

 A l’ombre des aubépines en fleurs
aromes_cognac.jpgPublié aux Editions Féret, l’ouvrage de Véronique Lemoine sur Les Arômes du Cognac propose une promenade buissonnière sur les chemins creux du Cognac, ceux qui vous plongent dans les senteurs d’enfance, émotions fugaces aux détours d’une lecture, d’une rencontre, d’un voyage… L’ouvrage de Véronique Lemoine est bâti de manière fort simple. Au fil des pages, s’égrènent les arômes du Cognac, tilleul, vanille, violette, jasmin, tabac, cannelle, noix, boîte à cigares… – l’auteur en commente 24 – et, à chaque fois, entremêle anecdotes, légendes, incises littéraires, souvenirs personnels, découverte de l’univers du Cognac, sans oublier les photographies – somptueuses – de Philippe Roy. L’ouvrage est tout sauf un précis de dégustation même si l’auteur, mine de rien, vous introduit dans le vocabulaire codé des notes olfactives. Saviez-vous que ce qu’on nomme « boîte à cigares » ne se réfère pas aux cigares mais à l’odeur du bois de cèdre des coffrets humidificateurs qui abritent les précieuses vitoles. En fin d’ouvrage, V. Lemoine présente ces hommes et ces moments si particuliers qui créent un Cognac. Au pianoté des réminiscences culturelles se mêle un halo de poésie qui renouvelle totalement l’approche des arômes du Cognac. Comme si, un après-midi de juillet, vous mordiez dans un abricot bien mûr.
L’ouvrage, paru en avril 2009, est disponible au prix de 25 €.

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