Sur la pente raide de la perte d’effectif

26 février 2009

Dans une agriculture qui n’assure plus son renouvellement, la région de Cognac ne fait pas exception. Les installations de jeunes viticulteurs sont loin de compenser la perte d’effectifs des « baby boomers » nés dans les années 50. Au déséquilibre numérique, vient s’ajouter, entre autres facteurs, la concurrence de l’agrandissement. Conséquence : un déficit criant de « sang neuf », qui commence à alerter la profession et les collectivités locales.

Bon an mal an, les deux départements charentais enregistrent chacun 120 à 130 installations de jeunes de moins de 40 ans (aidées et non aidées), tous secteurs agricoles confondus, ce niveau s’avère assez stable. Il amorcerait même une légère reprise. « Les jeunes manifestent une plus grande confiance dans l’avenir qu’il y a 4 ou 5 ans » note-t-on du côté des ADASEA. Le seul problème, c’est que les cessations d’activité, elles, ne désarment pas. Les entrants ne suffisent pas à couvrir les partants, loin s’en faut. Dans chacun des départements charentais, ces départs concernent annuellement 400 à 500 chefs d’exploitations, entre retraite, préretraite, changement d’activité… Le rapprochement des chiffres – et leur différentiel – donne une idée de l’érosion des effectifs agricoles. Le taux de renouvellement inter-génération peine à atteindre les 30 %. (Pour mémoire, la Charente-Maritime compte aujourd’hui 8 300 chefs d’entreprise agricole et la Charente 7 200 chefs d’exploitation en activité. Parmi ces derniers, 2 900 ont plus de 50 ans).

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Sylvie Testemale, conseillère installation à l’ADASEA 16.

Que se passe-t-il en viticulture ? L’ADASEA 16 a dénombré en 2005 11 installations viticoles, entre les installations aidées et non aidées (à peu près le même chiffre en Charente-Maritime). Sur la même période, la MSA 16 recensait 149 départs de viticulteurs. Les chiffres du BNIC ne disent pas autre chose. En 1996, la région délimitée comptait 9 649 exploitations. Dix ans plus tard, leur nombre s’est réduit à 6 039, soit une baisse d’un quart en dix ans et le rythme ne semble pas s’infléchir. Sur une année – 2005 comparée à 2004 – la région a perdu 4,2 % de ses exploitations, soit, en valeur absolue, 267 exploitations. Les plus touchés sont les crus de Bois ordinaires (- 6,9 %) et, fait plus surprenant, la Petite Champagne (- 4,8 %). Les Bons Bois ne décrochent pas trop de la moyenne (- 4,5 %) tandis que les Fins Bois (- 3,8 %) et la Grande Champagne (- 3,3 %) s’en sortent un peu mieux. Avec un solde négatif cantonné à – 2,8 %, les Borderies remportent la palme de la stabilité.

A l’évidence, ces chiffres sont fortement corrélés par l’âge des viticulteurs, une donnée hautement stratégique quand il s’agit de deviner les forces à l’œuvre dans le renouvellement inter-générationnel. A ce chapitre, que nous apprennent les études statistiques du BNIC ? Collectées à partir des déclarations de récoltes – où le déclarant est invité à noter son âge – elles sont à la fois informatives et fragmentaires.

Premier constat : la domination de la forme sociétaire. Sur une surface totale de 74 000 ha de vignes vin blanc Cognac, 56 % de la superficie (41 892 ha) sont exploités sous forme sociétaire. Dans le vignoble, les sociétés de type EARL, GFA, GAEC, SCEA… sont au nombre de 1 991. Par définition, ces sociétés, personnes morales, n’affichent par leur âge. Difficile alors d’en tirer des enseignements pour le sujet qui nous intéresse, sauf à se livrer à des interprétations « sauvages ». En pensant aux sociétés père-fils, on pourrait conclure hâtivement que la société représente un gage de pérennité mais quid de deux associés proches de la retraite ? Une fois éliminé du champ d’étude les détenteurs de 56 % du vignoble – ce qui n’est tout de même pas une paille ! – reste les 3 867 exploitants à titre personnel. Ils maîtrisent 31 289 ha, soit 44 % des surfaces viticoles de la région délimitée. Pour ces gens-là, l’âge est connu… en principe, car 435 d’entre eux n’ont pas couché leur âge sur la déclaration de récolte. Encore une source d’approximation supplémentaire, même si leur population n’exploite que 2 664 ha. Une fois toutes ces restrictions faites, que peut-on dire de l’âge des viticulteurs ? Dans la catégorie des exploitants à titre individuel, corrigés des 435 « inconnus », ils sont 541 (sur un effectif total de 3 432) à avoir moins de 40 ans en 2005 (15 % des troupes). Ils exploitent 18 % des surfaces de vignes. Avec 1 677 personnes, la tranche d’âge des 40-55 ans pèse pour 49 % des effectifs et 57 % des surfaces. Quant aux 55 ans et plus – le cœur de cible dans une logique de transmission – ils sont 1 214, soit 35 % du segment des viticulteurs à titre personnel. Ils mettent en valeur 7 149 ha de vignes, c’est-à-dire 24 % des surfaces. Encore une fois, il faut insister sur le côté parcellaire de ces informations, qui ne repose que sur 44 % du foncier viticole.

En matière d’installation, une autre donnée est centrale, celle de l’agrandissement des exploitations. Elle témoigne de l’arbitrage permanent entre les deux destinations possibles du foncier : le renouvellement des générations ou l’agrandissement des structures, en sachant que ces deux voies ne sont pas exclusives et qu’il existe des ponts entre les deux : apports de surface pour conforter une installation qui ne serait pas viable sans cela.

En dix ans, la surface moyenne des vignes vin blanc Cognac de l’exploitation viticole charentaise est passée de 8,86 ha en 1996 à 12,58 ha en 2005 Plus révélateur sans doute sont les surfaces moyennes par crus en 2005 : 19,80 ha en G.C., 13,67 ha en P.C., 20,07 ha en B., 13,11 ha en F.B., 7,72 ha en B.B. et 3,26 ha en B.O. Toujours en 2005, les exploitations de moins de 10 ha sont au nombre de 2 476 tandis que les exploitations de plus de 10 ha atteignent le chiffre de 2 942. Si la tranche des 10-15 ha reste la plus élevée (1 034 exploitations), elle est talonnée par la tranche des 20-30 ha (724 exploitations). Les exploitations de plus de 40 ha de vignes sont au nombre de 235.

Pour que l’installation fonctionne, deux moteurs principaux sont nécessaires : le moteur des cédants et celui des jeunes. Si les cédants laissent partir leurs terres à l’agrandissement plutôt que de les céder à un jeune, pas d’installation. Mais si les jeunes ne veulent pas s’installer (ou s’il n’y a pas de jeunes), il n’y aura pas d’installation non plus, CQFD. Selon les secteurs, ces deux paramètres jouent en sens divergents ou convergents : des cédants mais pas de jeunes ; des jeunes mais pas de cédants ; des cédants et des jeunes, la situation idéale mais par trop minoritaire.

Qui s’installe, des garçons ou des filles ? En 1994, la MSA 17 avait relevé 72 % d’installations d’hommes pour 28 % d’installations féminines. Sur l’année 2005, l’installation a concerné 30 % de femmes, soit une légère avancée du sexe « dit faible ». La filière viticole semble mieux accueillir ces filles que les autres secteurs. Peu ou pas de discrimination sexiste dans ses rangs. Les pères travaillent volontiers avec leurs filles.

A quel âge s’installe -t-on ? Si, réglementairement parlant, le créneau de l’installation aidée joue de 18 à 40 ans, la « fenêtre de tir » se situe davantage entre 21 et 34 ans. Une estimation plus précise émane de l’ADASEA 16 : sur les 144 installations recensées en Charente en 2005, l’âge moyen s’est élevé à 27 ans (âge moyen similaire pour les 11 installations viticoles).

Sous quelle forme juridique s’installe-t-on ? A la MSA 17, on estime qu’une installation sur trois adopte la forme sociétaire. Quant aux installations aidées – celles qui bénéficient des aides de l’Etat – la MSA 16 cite le pourcentage de 30 % tandis que l’ADASEA 17 retient plus volontiers celui de 40 %. Il n’empêche : moins d’une installation sur deux bénéficie du processus d’accompagnement étatique.

 

Moins de 600 000 paysans en France

Se sont installés en France en 2004, 10 000 agriculteurs de moins de 40 ans. Dans le même temps, environ 32 000 exploitants ont cessé leur activité. De 5 millions en 1900, les paysans sont moins de 600 000 aujourd’hui et, selon les estimations, seront moins de 400 000 dans dix ans.

(Extrait d’un article paru dans le Monde, le mercredi 7 septembre 2005).

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