Vin de pays charentais : un recentrage sur le noyau dur

24 avril 2013

Il n’y a pas de doute. Les actuels producteurs de Vins de pays charentais croient en leur produit. C’est l’aspect positif d’un recentrage de la filière sur son « noyau dur », attractivité du Cognac oblige. L’aspect négatif, c’est plus d’efforts pour ceux qui restent, dans le soutien financier au plan de contrôle de l’IGP comme dans la promotion de la marque collective Vins de pays charentais. Questions abordées lors de l’assemblée générale des VDPC, le 31 janvier dernier.

p11.jpg« Les entreprises qui continuent de s’investir dans les Vins de pays charentais appartiennent à des professionnels, à des gens très sérieux » constate Jean-Louis Barraud, président du Syndicat des producteurs de VDPC. Propos confirmés par Jean-Jacques Häuselmann, technicien de la structure. « La production a globalement baissé mais la qualité a progressé. Aujourd’hui, il n’y a que des bons vins, voire de très bons parmi les Vins de pays charentais. »

Qu’en est-il de ce fameux resserrement des volumes de Vins de pays charentais ? Si, les années précédentes, la filière avait peu ou prou réussi à se maintenir aux alentours de 100 000 hl vol., il est vrai que les volumes revendiqués à l’issue de la dernière récolte s’affichent en forte baisse : 65 000 hl vol. Il faut y voir l’effet millésime (petite récolte) et la « fuite » d’un certain nombre d’ha au Cognac. Signes révélateurs : en 2011, 47 ha de cépages Double fin avaient été revendiqués à l’IGP Vins de pays charentais. Sur la récolte 2012, ils ne sont plus que 12 ha. A la marge, est évoqué aussi le « débauchage » de volumes de Gamay vers les vins sans IGP (sans indication géographique de provenance).

L’espoir de la filière ! Retrouver dès 2013 son niveau d’étiage de 100 000 hl vol., si la nature se montre un tant soit peu généreuse. « La récolte nous a foutu dedans » disent sans ambages les producteurs. Certains de leurs petits camarades leur prédisent « que le Cognac va tout exploser ! » Globalement, ils ne partagent pas cette analyse, y compris parmi les plus jeunes.

« Ce climat d’euphorie, les anciens l’ont déjà vécu. On sait d’où on vient. On ne maîtrise pas le marché chinois, pas plus que le marché japonais ou américain à d’autres époques. »

Beaucoup d’entre eux ont une conviction solidement chevillée au corps : « ll vaut mieux avoir “trois œufs dans le même panier, Pineau, Cognac, Vins de pays charentais”. C’est la position idéale » disent-ils. Par sensibilité personnelle comme par stratégie commerciale (ils sont souvent vendeurs directs), ils estiment « qu’un seul client, un seul produit, ça n’est pas la panacée ». Ce qui ne les empêche pas de reconnaître ce qu’ils doivent au Cognac. « Sans les revenus procurés par le Cognac, il n’y aurait pas de Pineau, il n’y aurait pas de Vins de pays charentais. »

Cet attachement à une pluralité de débouchés n’empêche pas les producteurs de Vins de pays charentais de s’interroger, d’exprimer des doutes, de se sentir inquiète.

Doutes et interrogations

« Allons-nous dans la bonne voie ? » s’est souvent demandé Jean-Louis Barraud au cours de la réunion. A plusieurs reprises, le président du syndicat des producteurs a posé la « question de confiance » à ses pairs. Il leur a demandé « quitus », sans masquer les difficultés traversées par la filière. Les principales questions portent sur l’ODG « qui nous coûte » et sur les choix faits en matière de promotion.

Un cahier des charges contraignant

C’est en 2009 que les VDPC ont glissé dans la catégorie des IGP (indication géographique de provenance). A vrai dire, ils n’étaient pas les seuls. Tous les Vins de pays de France ont adopté la même démarche. Mais plutôt que de rester dans une catégorie d’IGP généraliste, comme les Vins de pays de l’Atlantique par exemple, les VDPC ont fait le choix d’aller vers un cahier des charges plus contraignant. A la clé, un plan de contrôle lui aussi plus « vissé » et donc plus coûteux à faire vivre. A ce jour, la pression de contrôle est de 100 % sur les six coopératives et les neuf négociants vinificateurs (conséquence : les quinze structures sont visitées tous les ans). Sur les 119 producteurs indépendants, 58 reçurent la visite du technicien l’an passé, soit une fréquence de contrôle de 56 % (taux de 50 % exigé par le cahier des charges). J.-L. Barraud en a convenu : « Etant donné le sérieux de nos professionnels, nous reviendrons sans doute sur la pression de contrôle. »

En ce qui concerne la promotion, le nouveau conseil d’administration du syndicat des producteurs, élu en mars 2011, a fait le choix de confier une partie de la communication à une agence spécialisée, l’agence Outdoo de Royan. Nouvelle identité visuelle, nouvelle charte graphique, nouveaux médias (site internet, réseaux sociaux…). Convaincu « qu’il fallait capter l’air du temps », le conseil d’administration a souhaité investir – au propre comme au figuré – les nouveaux territoires de communication. Évidemment, tout repositionnement a un prix et le lifting a coûté un peu d’argent.

Gros effort sur le budget promotion

Sur la dernière campagne 2011-2012 (comptes présentés par Jean-Claude Courpron, trésorier du syndicat), le budget promotion s’est élevé à 150 000 € (sans compter le coup de pouce de l’ANIVIN). Bien sûr, certaines charges figuraient déjà au budget les années précédentes (l’affichage, l’événementiel) et beaucoup d’outils promotionnels serviront plusieurs années. Pourtant, Thierry Jullion, président de la commission promotion, a admis qu’un « gros effort financier » avait été consenti. « Cette année, nous allons un peu lever le pied pour repartir en 2014 » a-t-il précisé en indiquant que pour boucler le budget, « il avait fallu taper un peu dans les réserves ». « Nous ne sommes pas pauvres mais nous ne sommes pas très riches non plus. » Il a encouragé les producteurs à s’approprier les outils créés pour eux, dont certains gratuits ou rétrocédés à prix coûtant (portraits de vignerons, supports de communication, panneaux signalétique, kakémono, affiches, dossier de presse, sets de table…).

La cotisation syndicale évolue

Des volumes de production en baisse et des charges à niveau constant voire en légère hausse, au moins temporairement…Cherchez l’erreur ! Dans ces conditions, l’équation s’impose d’elle-même. Le conseil d’administration a proposé à l’assemblée générale de faire évoluer la cotisation syndicale (ODG + promotion) de 2,19 € par hl vol. revendiqué à 2,80 €, soit une augmentation de 28 %. Pour autant, rapportée à la bouteille, cela n’engendre qu’une progression de 2 cents par col. Une fois de plus, Jean-Louis Barraud a mis sur la table les éléments du débat et sollicité l’avis de ses collègues. Jean-Jacques Enet, président de la coopérative de l’île de Ré, s’est exprimé. « Dans l’absolu, une augmentation de 28 % paraît élevée. Mais 28 % de pas grand-chose, cela reste quand même très raisonnable. C’est le gage de permanence de notre syndicat. Car sans syndicat, plus de promotion, plus d’organisation, plus rien. »

Des questions existentielles

Pour autant, il est clair qu’en ces temps d’appel massif du Cognac, des questions existentielles traversent le Syndicat des vins de pays charentais. Pour ne rien arranger, les Vins de pays charentais n’échappent pas à un problème déjà rencontré par le Pineau : la valorisation « globalement un peu difficile » des ventes. Paradoxe des paradoxes : alors que, sur la côte, la population est multipliée par dix durant l’été ; alors que cette clientèle a plutôt la réputation de se « lâcher » sur les achats, les prix ont du mal à décoller. « Optimisons nos efforts » ont exhorté les membres du conseil d’administration. Ils en ont appelé aux anciens, les Michel Pelletier, Robert Häuselmann qui, il y a 30 ans, avaient eu le courage de lancer les Vins de pays charentais. « A nous de porter le flambeau, à nous de faire avancer notre IGP. »

Les dates
1979 – En pleine crise du Cognac, constitution, au BNIC, d’une commission des débouchés nouveaux, présidée par Jean-Paul Latreuille.
1980 (16 janvier) – Création du Comité de promotion des Vins de pays charentais, présidé par Robert Häuselmann. Son objet, autant technique que promotionnel.
1981 (6 mars) – Décret définissant les conditions de production des Vins de pays charentais.
1984 – Première campagne de publicité et naissance de la marque collective « Blanc marine ».
2001 – Décision de limiter le poids de l’Ugni blanc dans les surfaces revendiquées aux Vins de pays charentais (- de 50 % à partir de 2005).
2002 (1er avril) – Création du Syndicat des producteurs de Vins de pays charentais, présidé par Henri Jamet.
2006 – Caroline Quéré-Jelineau est élue présidente du Comité de promotion, après Robert Häuselmann, Michel Pelletier et Roger Girard. Pour la première fois en Charentes, une femme se retrouve à la tête d’une organisation professionnelle.
2008 – Les Vins de pays charentais renouent avec une structure unique, le Syndicat des producteurs et de promotion des Vins de pays charentais. Il intègre en son sein la commission promotion. Caroline Quéré-Jelineau préside la structure.
2011 (mars) – Jean-Louis Barraud, président de la coopérative viticole Unicognac (groupe Charentes Alliance), devient président du syndicat, pour trois ans.

 

Récolte 2011 – La production
33, 33, 33… C’est ainsi qu’en pourcentage se sont réparties les revendications Vins de pays charentais entre les trois couleurs lors de récolte 2011. « C’est plutôt quelque chose d’extra » a souligné Jean-Jacques Häuselmann, technicien du syndicat. Le rosé par exemple offre une excellente rotation financière. Mis en bouteille au printemps, il boucle son cycle de vente en septembre. En ayant profité au passage du bel été et du grand nombre de touristes. Même chose pour les vins blancs. Le syndicat se félicite d’avoir limité, au milieu des années 2000, le recours à l’Ugni blanc. « Si nous ne l’avions pas fait, nous n’aurions plus de marchandise à vendre, alors que nos vins blancs collent à la consommation de fruits de mer. » En plus de leurs qualités aromatiques, les cépages non aptes au Cognac freinent le phénomène de « yo-yo ». Pour autant, un cépage comme le Colombard est en train d’acquérir le statut « d’icône », aussi bien en Charentes que dans le Gers. « C’est la petite étincelle qui attire l’attention des clients » décrypte J.-J. Häuselmann. En ce qui concerne les cépages rouges, le Merlot, souple et charnu, « tient bien la route ». Le Gamay, lui, a amorcé une chute vertigineuse en 2011. La faute à des achats de Gamay sans IGP par de gros embouteilleurs régionaux. Même « punition » pour le Pinot noir qui, en plus, craint les gelées de printemps.

 

 

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