Le Retour Du Fils

16 mars 2009

boujut_et_fils_2_opt.jpegSur les exploitations, si la composante salariale est importante, la composante familiale ne l’est pas moins. Chez les Boujut, il y a le père, Philippe et l’un des enfants, Ludovic, 28 ans, qui a décidé de revenir dans l’entreprise alors que sa vie professionnelle l’entraînait ailleurs. Témoignage à deux voix du père et du fils.

 

 

 

 

La liberté de choix – Philippe Boujut : « J’ai toujours laissé mes enfants totalement libres de leur choix. J’avais pratiquement intégré le fait qu’aucun d’entre eux reprendrait l’exploitation. Pourtant, au fond de moi, je me disais que je ne ”lâcherais” pas. Je pousserais plus loin. Si cette génération ne revenait pas, ce serait l’autre. Je suis sans doute un grand sentimental mais je considère que la terre, la vigne ne m’appartiennent pas. C’est un outil qui se transmet de génération en génération, en l’occurrence depuis onze ou douze générations. Je ne me sentais pas le droit de m’en séparer. Le temps venu, j’aurai trouvé une forme de reprise, travaux à façons ou autre. Je n’avais pas tranché. De toute façon, à 54 ans, je ne me voyais pas arrêter encore. »

« Tu t’installeras mon fils » – Ph.B. : « Dans la mesure où le retour d’un enfant n’était pas programmé, la structure n’avait pas évolué comme elle aurait pu le faire. Je privilégiais plutôt l’idée de valoriser l’outil existant. L’approche a changé avec la décision de Ludovic. Après discussion, nous avons considéré que l’exploitation, dans sa configuration actuelle, ne pouvait pas faire vivre deux couples. Il fallait donc imaginer autre chose : une installation de Ludovic sur une structure différente, un emploi salarié occupé par lui dans un domaine viticole, l’agrandissement de la propriété… toutes les options sont ouvertes. L’avenir de Ludovic est devant lui. Personnellement, je serais toujours là en appui. S’il doit s’installer, il est clair que mes prochains investissements privilégieront la mobilité (pressoir mobile et autres). Une chose est sûre : je vais accélérer le rythme de renouvellement du vignoble. »

Changement d’univers – Ludovic Boujut : « Après le bac, j’ai fait des études de commerce, IUT de gestion à Poitiers puis Ecole supérieure de commerce à Toulouse, spécialisation marketing. J’ai toujours eu une attirance pour le commerce.

 Après mon stage de fin d’étude, j’ai intégré le service marketing d’une grande papeterie. Je m’occupais de veille concurrentielle et d’étude. Ensuite je suis devenu chef de produit/développement. Tout se passait très bien, bon salaire, responsabilités. Puis est survenu un plan de licenciement. C’est drôle à dire mais j’ai vécu ce plan de licenciement comme une opportunité. Depuis très longtemps, j’envisageais de retourner un jour dans le milieu du Cognac. Mais je n’en avais jamais parlé à mon père. Je ne voulais pas lui donner de faux espoirs et surtout pas interagir sur son activité ; lui laisser penser que je pourrais revenir et en définitive ne pas le faire. J’ai passé quelques entretiens d’embauche mais je manquais de motivation. Je n’avais pas vraiment envie d’y aller, tout en pensant que mon retour se ferait un peu plus tard. Finalement je me suis dit : pourquoi attendre ! J’ai franchi le pas, avec l’impression d’avoir mûri ma décision. Je n’ai pas agi sur un coup de tête. »

Ph.B. : « Je comprends d’autant mieux sa décision que j’ai vécu à peu près la même chose. A 21 ans, je visais Science Po. et puis, en fin de compte, j’ai eu envie de rentrer sur l’exploitation. »

L.B. : « Je n’ai reçu aucune pression de ta part. Ce qui m’a motivé, c’est l’amour du produit, de cette exploitation, quelque chose de familiale aussi. Cet environnement fait partie de ma vie. Je ressentais également l’envie d’être indépendant, de gérer ma propre structure, développer quelque chose pour soi, goûter à autre chose. »

La formation – L.B : « A partir de juillet prochain, j’entame un BTS viti-œno en un an au lycée de l’Oisellerie. Depuis mon retour sur l’exploitation en novembre dernier, je touche un peu à tout. J’apprends à tailler, à distiller. Les premières impressions ! Elles sont bonnes. Je découvre tout en même temps. J’ai beaucoup de choses à apprendre. Je n’ai aucune idée de ce qui va se passer par la suite. »

Les relations avec le père – Ph. et L.B. : « Conflictuelles (rires). Non, pour l’instant cela se passe très bien. »

Ph.B : « Quand nous avons commencé à discuter, la première chose que je lui ai dite, c’est qu’il était possible que je rouspète mais qu’il ne devait pas s’offusquer de mes mouvements d’humeur ; qu’il valait mieux crever l’abcès. »

L.B. : « J’aurais un peu de mal à te critiquer vu mon manque d’expérience. »

Ph.B : « Certes mais tu émets déjà des remarques ici et là, comme moi avec mon père et c’est très bien. Il n’y a rien de pire que la force de l’habitude. »

La famille – Ph.B. : « Mon père est très content du retour de Ludovic. Il m’a dit l’autre jour : “C’est bien dommage que je n’ai plus la force d’aller tailler avec lui”. »

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