¨Pineau des charentes – Syndicat des producteurs : La bataille de la valorisation

15 mai 2017

Alors que la totalité des plantations nouvelles vont bientôt arriver en production et qu’une segmentation plus qualitative viendra renforcer le vieillissement, l’alignement des planètes ne joue exactement en faveur du Pineau. Sur le plan conjoncturel, les ventes ne sont pas au mieux de leur forme et des tensions à la baisse s’exercent sur les prix du vrac. Dans la période charnière qui s’annonce, le message du Syndicat des producteurs et plus généralement de la filière est celui de la confiance – « Garder confiance dans la capacité du Pineau à se développer et comptez sur nous pour conserver les grands équilibres ». En jeu, la valorisation du produit et la préservation des chances du Pineau dans sa stratégie de conquête de nouveaux marchés.

 

« On ne va pas perdre en deux ans ce que nous avons mis dix ans à construire » a dit en substance Philippe Guérin à ses troupes  lors des différentes réunions de secteurs. Exprimé autrement, il leur a demandé de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain, en faisant  fi de la politique de valorisation si difficile à construire. « Aujourd’hui rien ne justifie une baisse des prix du vrac. Le marché est à l’équilibre. Les besoins sont de 88 / 90 000 hl vol et le niveau de production de l’année 2014 – l’année qui sert à l’approvisionnement – s’est élevé à 94 000 hl vol. Il n’y a donc pas dérive.»

 

Qu’en sera-t-il du futur ? Le président du syndicat des producteurs comme Jean-Marie Baillif, le président  du Comité interprofessionnel, n’ont pas vraiment laissé place à l’ambiguïté. « Pour la récolte 2017, le conseil d’administration du syndicat envisage très sérieusement une baisse du rendement des moûts Pineau. Comptez sur nous pour garder nos équilibres. » A côté du rendement annuel, décidé par le syndicat et l’ODG, la réserve de production, gérée par l’interprofession, participe elle aussi de ces grands équilibre. La réserve de production 2016 a vu sa date de libération allongée de 6 mois : 1er octobre 2019 contre 1er avril 2018 pour la réserve 2015.

 

Un pilotage fin

 

C’est que l’heure est délicate et requiert en pilotage fin. Si les actions promotionnelles sur le grand export et particulièrement les Etats-Unis s’annoncent, elles ne sont pas encore effectives. Dans le même temps, la relance de la production, pilotée par la profession à partir de 2012/2013, commence à porter ses fruits. Mais, en cette période transitoire, le marché n’est pas au mieux de sa forme. Sur l’année 2016, les sorties totales ont baissé de 5 %, passant de 87 718 hl vol à 83 349 hl vol. En cause, un fléchissement du marché français de – 4,2 % mais aussi une perte export de – 7,3 %, essentiellement due à la hausse des droits indirects sur le marché belge, un marché phare pour le Pineau.  Sans vouloir pêcher par optimisme, Philippe Guérin a juste indiqué que la fin d’année 2016 se comportait mieux, avec un mois de décembre à – 0,4 % et même un marché France à + 3 %. « Bien sûr, tout ceci est un prendre avec beaucoup de prudence mais si nous pouvions arriver à stabiliser les sorties, ce serait déjà très bien. »

Comme déjà dit, la filière Pineau, à partir de 2013 et jusqu’en 2015, a obtenu et planté 400 hectares. Principales justifications ! Le déstockage de l’équivalent d’une année de vente sur les dix années précédentes (120 000 hl vol) mais aussi la volonté de « premiumiser » le produit et dégager des quantités supplémentaires « pour aller chercher de nouveaux marchés ». Sans parler de faire face aux aléas climatiques.

 

Une augmentation des volumes

 

Reste que, concrètement, l’arrivée progressive des nouvelles plantations se traduit  par une augmentation un peu prématurée des volumes, compte tenu de la conjoncture actuelle. Sur 2016, la production de Pineau s’est élevée à 105 000 hl vol contre 80 000 hl vol en 2013. Une situation potentiellement « un peu complexe à gérer »  même si, à ce stade et comme l’a rappelé Philippe Guérin, « les équilibres sont respectés ».

Dans ce contexte, 2016 a vu l’émergence de proposition de prix à la baisse sur le marché du Pineau vrac. Le 7 décembre, à Pons, une réunion à huis clos réunissant producteurs et metteurs en marché a débattu de ces questions. Le problème, c’est que s’il y a des opérateurs pour proposer des achats en dessous des cours normaux, il se trouve des producteurs pour les accepter. Tout le monde connaît la formule – « Quand le marché monte, c’est l’acheteur qui fait monter les prix ; quand le marché est à la baisse, c’est le vendeur qui fait les prix. »

Le pare-feu, la profession l’envisage de plusieurs manières. D’abord relativiser le phénomène. C’est ce qu’a exprimé Jean-Marie Baillif à la réunion de secteur de Barbezieux le 2 février.  « Il faut bien voir que le marché vrac du Pineau, comme celui du Cognac, est très majoritairement contractualisé. Ce que l’on appelait autrefois le second marché et que l’on appelle aujourd’hui le « marché spot » ne représente qu’une faible part. C’est sur ce marché spot que s’exercent les pressions à la baisse, quand les opérateurs subodorent qu’il y aura davantage de disponibilités. » Ensuite encourager les producteurs à résister. Un viticulteur présent a spontanément témoigné. « Que les viticulteurs ne lâchent pas leurs lots à n’importe quel prix ! Personnellement, j’ai attendu huit mois, j’ai tenu bon. Finalement, mon acheteur m’a enlevé la marchandise à un prix correct. » Enfin, organiser la résistance, par des éléments tangibles. C’est ce que le syndicat s’est efforcé de faire en rencontrant les partenaires du Crédit Agricole, en Charente-Maritime comme en Charente. Objectif ! Que la banque propose des solutions de financement  du stock adaptées à la filière Pineau, afin de palier à d’éventuelles difficultés de trésorerie. « Les outils sont en place. N’hésitez pas à solliciter vos conseillers et, si besoin, revenez vers le syndicat » a indiqué Philippe Guérin.

Au cours des réunions de secteurs, en plus des questions d’actualité, le président du syndicat s’est livré à un point précis des questions réglementaires : évolution du cahier des charges, nouvelle segmentation, agro-environnement…

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