Une machine à entreplanter opérationnelle dans le vignoble charentais

24 juillet 2014

L’entreplantation est redevenue une pratique de pl us en plus courante dans beaucoup de propriétés de la région depuis quelques années, mais l’organisation des chantiers de remplacement des ceps manquants est lourde à mettre en œuvre. Les opérations d’arrachage sont aujourd’hui mécanisées mais, par contre, la mise en terre des greffés-soudés est encore réalisée manuellement. Un petit constructeur de matériel agricole de la vallée du Rhône a développé une entreplanteuse mécanique qui réalise de façon simultanée la mise en terre du greffé-soudé, la pose du tuteur et un arrosage dans le trou de plantation. L’équipement a été utilisé en Charentes sur un tracteur interligne par un entrepreneur de travaux viticoles.

 

 

p45.jpgJean-Luc et Joël Métayer sont à la fois viticulteurs à Graves-Saint-Amant et entrepreneurs de travaux viticoles. Ils ont créé leur activité de prestataire de services en essayant de proposer des approches de mécanisation pour des travaux qui sont toujours effectués manuellement. L’augmentation de la mortalité des ceps liée aux dégâts des maladies du bois a relancé l’intérêt autour des pratiques d’entreplantation. Cette attente n’a pas échappé à J.-L Métayer qui propose une prestation d’arrachage des ceps morts avec une mini-pelle équipée d’un fer à U. Au cours de l’hiver 2011, le développement par la société NR Inov’concept d’une machine à entreplanter montée sur une mini-pelle n’a pas laissé indifférents les deux viticulteurs. Après avoir vu marcher le matériel dans le vignoble des Côtes-du-Rhône, ils ont été convaincus par son fonctionnement. Le travail fastidieux de mise en terre des plants et de pose des tuteurs peut être entièrement mécanisé grâce à un système astucieux de tubes rotatifs fonctionnant sur le principe d’une tarière. La cellule d’entreplantation s’enfonce dans le sol jusqu’à une profon-deur de 0,50 cm et un arrosage peut intervenir aussitôt la mise en terre du plant.

La mini-pelle d’arrachage et d’entreplantation ne respectait pas les principes agronomiques

J.-L. et J. Métayer ont poussé la réflexion plus loin en imaginant de pouvoir réaliser les opérations d’arrachage des ceps et de plantation de façon simultanée. Ils ont équipé une mini-pelle d’un double bras dont l’un portait le fer à U d’arrachage et l’autre l’entreplanteuse NR Inov’concept. Au cours de l’hiver 2012, la mini-pelle à double fonction (l’arrachage et l’entreplantation) a été utilisée dans divers chantiers mais, rapidement, cette approche de travail s’est révélée décevante. J.-L. Métayer ne cache pas que le fait de réaliser mécaniquement l’arrachage et l’entreplantation en un seul passage engendrait des conséquences agronomiques préjudiciables au développement des plants : « Notre idée de vouloir réaliser l’arrachage des ceps morts, l’entreplantation et l’arrosage en un seul passage était réaliste en terme d’organisation du travail et sur le plan économique. Le chantier était organisé avec deux personnes, une conduisant la mini-pelle et la seconde qui alimentait l’entreplanteuse en plants et en marquants. Le matériel donnait satisfaction mais sa conduite demandait une certaine dextérité. Les contraintes de pilotage pour gérer les deux interventions engendraient des pertes de temps importantes et rendaient le travail de conduite complexe au fil des heures. Par ailleurs, le fait de réa-liser les deux opérations de façon simultanée provoquait parfois des conséquen-ces agronomiques sur le développement des jeunes plants. Les essais dans notre vignoble ont mis en évidence une reprise assez décevante dont la cause était directement liée aux mauvaises conditions de préparation des sols. L’utilisation simultanée des deux outils provoquait des phénomènes de lissage et de compactage de la terre, même quand les conditions n’étaient pas très humides. Suite à ces expériences, l’organisation du chantier mécanique d’entreplantation a été abordée en respectant mieux les principes agrono-miques. Désormais, les trous de plantation sont réalisés en présence de sols pas trop humides et de préférence à l’automne ou en début d’hiver, de manière à ce qu’une pé-riode de froid soit en mesure de restructurer la terre. Ensuite l’entreplantation intervenait plus tard en saison, en février-mars, quand les sols commencent à être suffisamment ressuyés et avant qu’ils ne soient trop secs. »

Les chauffeurs de tracteurs ne sont pas habitués à conduire des mini-pelles

L’utilisation d’une mini-pelle engendre des contraintes au niveau des temps de déplacement dans les rangs, du transport d’un chantier à un autre et aussi pour l’accès aux parcelles. La conduite de ces matériels nécessite une expérience et une dextérité particulière car l’ensemble des commandes de la mini-pelle sont regroupées sur deux joysticks actionnés par les deux mains des chauffeurs. La conduite des tracteurs fait appel à des principes bien différents et un bon tractoriste n’est pas naturellement un bon chauffeur de mini-pelle. Le personnel présent dans beaucoup de propriétés et d’ETA de la région n’est, en général, pas formé à la conduite des mini-pelles. Par ailleurs, l’investissement dans l’acquisition d’une mini-pelle performante (ayant une vitesse d’avancement plus rapide) est beaucoup plus lourd que celui d’un tracteur, dont l’avantage est de pouvoir être utilisé pour de nombreux autres travaux tout au long de l’année. La prise en compte de ces éléments a amené J.-L. Métayer à imaginer d’installer la cellule d’entreplantation mécanique entre les roues d’un tracteur. Cette évolution présente deux avantages principaux. En ayant à portée de main le tube d’entreplantation, le chauffeur du tracteur peut alimenter seul le matériel en plants et en marquants. Ensuite, les tractoristes présents dans les propriétés et les entreprises seront en mesure de prendre en main facilement le matériel.

Un modèle spécifique monté entre les roues du tracteur

La structure de l’entreplanteuse NR Inov-concept avait été conçue au départ pour être montée sur des mini-pelles qui sont fréquemment utilisées dans les propriétés viticoles des Côtes-du-Rhône et de la zone méridionale. Nicolas Rogier, le responsable de l’entreprise, a dû repenser la conception et la fabrication de l’entreplanteuse pour l’installer sur un tracteur interligne. Des aménagements assez importants sont intervenus pour permettre au chauffeur de tracteur d’alimenter facilement sans fatigue l’entreplanteuse en plants et en marquants. La structure et le gabarit de la machine ont été modifiés pour pouvoir être montée entre les roues avant et arrière du tracteur et la rendre utilisable par une seule personne. Le nouveau modèle d’entreplanteuse NR 120 est sorti des ateliers dans le courant du mois de mars 2014. La machine fonctionne sur le principe d’une tarière qui perfore le sol, dépose le plant à la profondeur souhaitée et remonte en rebouchant le trou de plantation.

Un tube rotatif de plantation fonctionnant sur le principe d’une tarière

Le module de pénétration dans le sol est constitué d’un tube rotatif de 150 mm de diamètre qui, en tournant assez lentement, descend dans le sol jusqu’à une profondeur maximum de 50 cm. L’extrémité supérieure du tube dispose d’un petit couvercle mobile (à portée de main du chauffeur assis sur le siège du tracteur) qui s’ouvre et permet l’introduction du greffé-soudé et du marquant. L’extrémité inférieure du tube est obturée pas un trépan constitué de deux mâchoires (en acier Hardox) portant de petits ergots. Cet élément pointu et renforcé facilite l’action de perforation dans le sol. Une fois que l’appareil est arrivé à bonne profondeur souhaitée, l’ouverture des mâchoires du trépan permet la des-cente du plant et du tuteur au fond du trou de plantation. Ensuite, la rotation du tube en sens inverse fait remonter l’ensemble à la surface du sol. Deux ailettes articulées positionnées à la base du tube s’ouvrent au moment de la remontée du tube, afin d’ameublir et de pousser la terre vers le jeune plant et le tuteur. Le trou de plantation est partiellement rebouché. Durant la phase de descente du tube, les ailettes restent plaquées contre le tube pour ne pas gêner l’action de perforation et la pénétration dans le sol. Une injection d’eau peut intervenir durant toute la phase de remontée si l’utilisateur le souhaite. La quantité d’eau apportée se règle très facilement de 0 à 20 l/plant.

Un mât télescopique supporte la cellule d’entreplantation

Le fonctionnement de la machine est complètement automatisé grâce à l’im-plantation de capteurs dont le positionnement permet d’obtenir une parfaite synchronisation des différentes phases de travail. La conduite du matériel s’avère assez facile car toutes les commandes sont centralisées sur un joystick et le chauffeur a une bonne vision sur la machine au travail. N. Rogier n’a pas pris en charge la fabrication du mât télescopique suppor-
tant la cellule d’entreplantation. Cet élément, qui a été développé par la société Delorier, permet le montage d’autres équipements comme une tête d’enfonce-pieux, une palisseuse… Le mât télesco-pique dispose d’un déport latéral et d’une mobilité verticale hydraulique qui rendent facile l’approche du matériel vers le rang. Dans les situations de coteaux, il sera envisageable d’ajouter un système de correction de dévers hydraulique sur le mât. Le mât télescopique et l’entreplanteuse ont été montés sur un tracteur fruitier New Holland TNF 75 F.

Un essai d’entreplantation mécanique sur 4 000 greffés-soudés

L’équipement n’a été fonctionnel qu’à partir du début du mois d’avril, ce qui a limité un peu son utilisation. Cette année, J.-L. et J. Métayer souhaitaient faire des essais pour valider le fonctionnement, la fiabilité et les performances de l’équipement. Leur souhait était d’optimiser l’organisation des travaux avant de s’engager dans des démarches de prestations plus larges. Ils ont testé l’équipement sur leur propriété et chez un ou deux clients proches de Graves-Saint-Amant. Leurs propos au niveau du retour d’expérience semblent positifs : « L’équipement a été installé un peu tard en saison sur notre tracteur mais, de toute façon, nous souhaitions d’une part bien prendre en main la conduite du matériel et d’autre part valider la mise en œuvre du chantier d’entreplantation dans diverses situations. Nous avons entreplanté mécaniquement 4 000 greffés-soudés, principalement sur notre propriété. Tout d’abord, la conduite de la machine s’avère assez facile et le chauffeur est en mesure de faire fonctionner seul la machine. De la cabine, le chargement du tube d’entreplantation est accessible et la visibilité sur l’outil au travail est bonne. D’un point de vue pratique, nous allons installer à l’arrière de la ca-bine un panier pour stocker les marquants et les greffés-soudés. Le chauffeur commande l’équipement grâce à un joystick situé à sa droite et la conception simple de cet élément facilite les choses. Un seul bouton-poussoir à double sens permet d’enclencher la perforation et la remontée. L’apport d’eau est préréglé avec beaucoup de précision grâce à un potentiomètre. L’arrosage s’enclenche automatiquement durant la phase de remontée. Les déports droite-gauche et la translation verticale du mât télescopique rendent les approches au sol efficaces. »

Dans le vignoble de Cognac, trois autres machines à entreplanter montées sur des mini-pelles fonctionnent. Un autre équipement installé sur un tracteur interligne a été utilisé par un viticulteur au printemps dernier. La cellule d’entreplantation a été montée sur un mât plus simple sur le côté droit du tracteur.

Une bonne préparation du sol facilite la reprise

Sur le plan agronomique, l’entreplanta-tion mécanique donne satisfaction quand la préparation du sol a été bonne et bien anticipée dans le temps. La qualité de reprise des plants est plus souvent liée aux conditions du sol qu’à l’action proprement dite d’entreplantation. L’expérience des entreplantations acquise au fil des années par des gens qui la maîtrise a mis en évidence l’influence majeure de plusieurs éléments sur le taux de reprise. La bonne préparation des sols facilite la prise de racine des jeunes plants au fond des trous de plantation. Le sol doit être bien plus ameubli et surtout pas compacté par les opérations d’arrachage. L’utilisation d’équipements d’arrachage qui respectent le sol et ne créent pas de cavités dans les trous de plantation facilite le fonctionnement de l’entreplanteuse. Un délai d’au moins un à deux mois entre l’arrachage et la plantation ne peut être que bénéfique à la reprise des plants pour laisser le temps au sol de se restructurer. Les opérations de plantation tardives (après la mi-avril) nuisent toujours au développement des plants qui sont beaucoup plus confrontés aux effets de la concurrence des ceps adultes. La mise en terre de greffés-soudés ayant toutes leurs racines contribue aussi à rendre leur croissance plus rapide en début de saison, ce qui limite aussi les effets de concurrence des ceps adultes.

Plus de 500 ceps entreplantés en 8 heures

Après plusieurs semaines d’utilisation, J.-L. Métayer considère que la machine est fiable et fonctionnelle lorsque le sol est bien ameubli, suite à l’arrachage : « La machine a bien fonctionné même dans des sols pierreux et superficiels. La capacité de perforation du tube rotatif permet de mettre en terre des greffés-soudés dans les sols non préparés, mais cela engendre des phénomènes de compactage au niveau des parois et du fond du trou de plantation. De telles conditions de travail nuisent à la reprise des plants. L’avantage de la machine à entreplanter est aussi de permettre de mettre en terre tous types de plants, des greffés-soudés (racines coupées ou racines entières), des grands plants et des pots. L’exécution simultanée des opérations mécaniques, de perforation du sol, de plantation, de pose du marquant, d’arrosage, de remontée et de rebouchage du trou n’excède pas 30 à 40 secondes. Au cours de nos essais, nous sommes arrivés à planter mécaniquement environ 500 greffés-soudés par jour (dans une journée de huit heures) dans des parcelles où le taux de manquants était d’environ 10 %. Les déplacements dans les rangs et les temps d’approche au niveau des trous de plantation sont rapides avec le tracteur. Le fait de ne pouvoir entreplanter qu’un seul rang ne nuit pas à la productivité du chantier. Lorsque nous utilisions l’entreplanteuse montée sur la mini-pelle, on travaillait sur deux rangs à la fois mais le débit de chantier était bien inférieur. »

Les points clés de l’entreplanteuse NR-Inov’concept

● Une cellule d’entreplantation constituée d’un tube rotatif fonctionnant comme une tarière.
● Un matériel qui se monte soit sur une mini-pelle soit entre les roues avant et arrière d’un tracteur interligne.
● Une machine qui réalise en une intervention : la perforation du sol, la pose du plant et du tuteur, un arrosage et le rebouchage du trou de plantation.
● L’installation sur un tracteur permet au chauffeur de faire fonctionner seul la machine.
● Une machine entièrement automatisée dont l’utilisation est assez simple.
● 30 à 40 secondes pour perforer le sol, mettre en terre le plant, poser le tuteur, réaliser l’arrosage, remonter la machine et reboucher le trou de plantation.
● Le matériel permet de mette en terre tous types de plants, des greffés-soudés racines courtes ou longues, des grands plants et des pots.
● Une demande hydraulique limitée de 25 à 30 l/mn.
● Prix de vente de la machine com-plète montée sur un tracteur (mât télescopique Delorier + entreplanteuse) : 22 300 e HT.
● Prix de vente de la cellule d’entre-plantation seule : 14 800 e HT.
● Constructeur : NR-Inov’concept, Nicolas Rogier, 630 la Draille-des-Cailloux, 84450 Jonquerettes. Tél. 06 34 71 16 34.
Site : www.nr-inov-concept.fr
E-mail : nr-inov-concept@orange.fr
● Distributeur de l’entreplanteuse NR-Inov’concept montée sur tracteur en Charentes : SNC Métayer, 1620 Chebrat, 16120 Graves-Saint-Amant. Tél. 09 54 57 05 46 – 06 63 02 51 54.

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