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« Nous sommes confiants »

13 mars 2009

filloux_1_opt.jpegLa maison qui annonce frôler les 5 millions de caisses de Cognac aborde la campagne 2007-2008 avec une sérénité affichée. Se disant toujours prête à acheter plus aux gens qui veulent travailler plus avec elle, elle fait de ses « relations de confiance » avec la viticulture, basées sur un engagement moral et non sur un écrit, le point fort de son partenariat. La communication sur les prix est prévue en septembre ou en octobre. « Le Paysan Vigneron » – Quels commentaires vous inspirent la situation actuelle ?

Yann Fillioux – L’évolution du calcul de la QNV, aussi bien à travers la décision de février 2005 que via son complément important de décembre 2006, représente, je pense, une avancée significative dans les relations et la vision commune que peuvent avoir viticulture et négoce. Nous nous sommes dotés d’un outil qui nous permet de mettre en perspective notre activité, outil dont nous ne disposions pas auparavant. C’est tout à l’honneur de la viticulture comme du négoce et de tous ceux qui y ont participé.

« L.P.V. » – Quelle est votre perception du marché des eaux-de-vie ?

Y.F. – Sur la campagne 2007-2008, nous nous sommes mis en position d’accompagner l’évolution de la QNV. Simplement aujourd’hui, il semble que toutes les vignes ne seront pas en mesure de produire une QNV à 10,62, ce que nous regrettons. Si ce chiffre s’est imposé, c’est qu’il correspondait aux besoins du Cognac. En cas de décalage faible, nous devrions pouvoir compenser l’année suivante. Par contre, un différentiel plus important risque d’être plus gênant. Dans cette affaire, nous sommes solidaires de nos partenaires viticulteurs. Si les vignes produisent moins que prévu, cela ne leur est pas imputable. Par contre, ce que nous pourrions vraiment regretter, c’est que les bonnes décisions n’aient pas été prises plus tôt et que le niveau de la QNV soit resté trop longtemps bas. Mais le passé est le passé. Il faut envisager l’avenir. Les questions n’ont vraiment de sens que lorsqu’elles aident à résoudre les problèmes.

« L.P.V. » – Que pensez-vous de vos relations avec la viticulture face à un marché des eaux-de-vie qui risque d’être plus tendu ?

Y.F. – Nous sommes confiants. Nous avons, je crois pouvoir le dire, de bonnes relations avec les viticulteurs qui travaillent avec nous. Et les témoignages que nous recevons nous permettent de penser que l’inverse est aussi vrai.

« L.P.V. » – Les relations d’exclusivité font-elles toujours partie de vos souhaits ?

Y.F. – Nous sommes toujours prêts à travailler plus avec les gens avec qui nous avons de bonnes relations, qui travaillent bien et qui ont envie de travailler davantage avec nous. Si c’est à 100 % tant mieux, pourquoi pas mais si ce ne l’est pas, nous apprécierons toujours de travailler avec les livreurs qui nous apportent ce que nous recherchons. C’est le travail de chaque jour. Ce matin, par exemple, nous avons modifié de façon très substantielle et positive nos relations avec l’un de nos fournisseurs. Je le répète, nous sommes toujours prêts à réfléchir en commun à l’avenir. Il faut bien voir qu’une telle politique ne s’improvise pas. Elle se bâtit petit à petit et se nourrit de beaucoup de constance. Nous sommes très présents sur le marché des eaux-de-vie. Nos fournisseurs connaissent notre manière d’appréhender l’univers dans lequel nous évoluons et ils n’hésitent pas à nous solliciter.

« L.P.V. » – Comment se compose votre politique contractuelle ?

Y.F. – Nous menons une politique contractuelle à travers la Sica de Bagnolet, ainsi qu’à travers une politique de bonnes fins. Nous achetons aussi beaucoup de rassises à des viticulteurs avec lesquels nous n’avons pas d’engagement contractuel. Mais nous avons toujours dit que la relation la plus forte de toute était celle basée sur la confiance. A partir du moment où il n’y a pas d’écrit, nous considérons qu’il s’agit d’une relation particulièrement forte. Car, avec ces livreurs, joue la pure confiance mutuelle, sans un papier, sans rien pour rappeler les règles du jeu. Cela existe et c’est très fort.

« L.P.V. » – Sur quoi porte la demande d’Hennessy ?

Y.F. – Je n’ai pas l’impression que la viticulture attende particulièrement de nous que nous lui fassions porter des eaux-de-vie de comptes 4, 5, 6. Ce que les viticulteurs veulent, me semble-t-il, c’est apporter des jeunes rassises, de comptes 2 ou 3. Bien sûr, il y aura des années, plus favorables que d’autres, où ils auront envie de stocker des comptes plus âgés et pourquoi pas jusqu’au compte 10. Mais pour les apports réguliers, je pense que les comptes 2-3 constituent le cœur de cible. Je précise que sur la récolte 2007, et avec une QNV à 10,62, la Sica de Bagnolet s’est engagée – comme demandé par l’interprofession – à favoriser la conservation d’une partie des eaux-de-vie en vieux comptes, ceci dans la mesure des volumes réellement disponibles bien sûr.

« L.P.V. » – Comment envisagez-vous vos besoins futurs ?

Y.F. – Nous avons une vision très favorable de l’avenir. En se basant sur nos clients, nos marchés, nous prévoyons une augmentation de nos besoins et donc, concomitamment, un développement des relations avec l’ensemble de nos livreurs. C’est ce à quoi nous réfléchissons actuellement. Aujourd’hui, le cap des 4 millions de caisses est très largement dépassé. Nous sommes davantage sur une perspective de 5 millions de caisses.

« L.P.V. » – Y a-t-il des qualités que vous souhaiteriez privilégier ?

Y.F. – Nous développons notre offre sur toutes les qualités mais il est certain que ces qualités ne progresserons pas toutes au même moment et au même rythme, compte tenu de l’évolution des différents marchés et des problèmes de disponibilité en eaux-de-vie. Comme le montrent les statistiques du BNIC, pratiquement tous les stocks entre la récolte 1996 et la récolte 2005 accusent un lourd déficit. D’une manière ou d’une autre, cette situation aura pour la région un impact sur la mise en marché des eaux-de-vie et donc sur le développement respectif des qualités.

« L.P.V. » – Dans les années 90, dit-on, les maisons de Cognac « levèrent le pied » sur les qualités jeunes pour privilégier la vente des qualités supérieures.

Y.F. – Ces années-là répondaient à une époque bien particulière, marquée par la prééminence du Japon, du Duty free, de Taïwan en 1992. Aujourd’hui la croissance me paraît plus équilibrée et présenter beaucoup plus de pérennité.

« L.P.V. » – En matière de prix d’achat des eaux-de-vie, quelles sont vos intentions ?

Y.F. – Je sais que certains concurrents se sont déjà prononcés. En ce qui nous concerne, nous prendrons position un peu plus tard, je pense vers septembre-octobre, comme nous faisons toujours. La tendance est à la hausse, ce qui paraît normal. Nous ne sommes pas en dehors du marché. Ceci dit, est-ce que la hausse correspondra à l’inflation, sera supérieure à l’inflation ? La question est posée.

« L.P.V. » – Le second marché affiche des hausses importantes.

Y.F. – En effet. Maintenant, qui y a-t-il derrière ces hausses ? Est-ce pour alimenter des marchés en cours, est-ce dans la perspective de nouveaux business ? Il est permis de s’interroger. En ce qui nous concerne, nos achats complémentaires ne couvrent qu’une partie marginale de nos besoins, l’essentiel étant déjà couvert.

« L.P.V. » – La commission d’enquête INAO est venue à Cognac le 5 juillet dernier. Elle a rencontré le négoce et la viticulture.

Y.F. – Effectivement, la commission d’enquête s’est déplacée dans la région délimitée pour effectuer un tour d’horizon, nous questionner sur notre vision des choses avant la mise en place de la nouvelle réglementation. La rencontre s’est très bien passée, dans un climat de grande sérénité. J’ai beaucoup apprécié la qualité de la relation avec les membres de la commission d’enquête. Pierre Aguilas, le président, est un homme doté d’un très grand bon sens, avec qui il est facile de discuter et ce dans un esprit constructif.

« L.P.V. » – Que pensez-vous du changement annoncé et de l’entrée de l’INAO dans le vignoble ?

Y.F. – A partir du moment où l’on nous dit que c’est le choix fait par le ministère, qu’il n’y a plus d’autre solution, les uns ou les autres peuvent avoir des états d’âme mais, à mon avis, il s’agit d’un débat d’arrière-garde. On ne doit pas y passer trop de temps. Mieux vaut construire l’avenir. Arrive un moment où il faut arrêter de cultiver la nostalgie du passé pour regarder devant soi. Vis-à-vis de l’INAO, soyons positifs et trouvons avec l’INAO la meilleure solution possible. Quand on voit comment la commission d’enquête écoute nos points de vue, je pense qu’il y a des possibilités de dialogue constructif. A nous de les saisir.

« L.P.V. » – Un syndicat comme le SVBC ne partage pas cette vision.

Y.F. – Le SVBC fait ce qu’il veut. Le SVBC défend la viticulture Cognac et je pense que c’est très bien qu’un syndicat défende la viticulture Cognac. J’observe aussi qu’à une certaine époque, le SGV défendait toute la viticulture mais aussi qu’il évolue. L’important, encore une fois, c’est l’avenir, pas le passé.

« L.P.V. » – Comment s’est passée la constitution de l’ADG (Association de défense du Cognac) ? Vous en êtes le vice-président.

Y.F. – La constitution de l’ADG n’a pas soulevé de problème. Viticulture et négoce s’étaient mis d’accord depuis plusieurs mois déjà et la concrétisation de cet accord s’est opérée dans un climat favorable. Mes collègues négociants ont en effet proposé ma candidature comme vice-président, la présidence revenant à un représentant de la viticulture. Dans le système prévu, l’ADG représente un rouage incontournable.

« L.P.V. » – Selon vous, comment évoluent les relations viticulture-négoce ?

Y.F. – Je dirais qu’elles s’améliorent. La viticulture a donné des signes très positifs dans les accords de février 2005 et de décembre 2006 sur la QNV. Je pense que tout ceci évolue dans le bon sens. Nos rapports sont bien meilleurs qu’ils ne le furent à une certaine époque.

« L.P.V. » – La viticulture réclame une revalorisation des prix d’achat des vins Cognac et des eaux-de-vie dans le cadre contractuel. Entendrez-vous cette demande ?

Y.F. – C’est un peu normal que la viticulture affiche des prétentions d’augmentation de prix et ce de façon sensible. Pour notre part, nous pensons qu’il y a une limite à ce qui peut être accordé. Le Cognac est un spiritueux en compétition avec d’autres spiritueux dans le monde. En découle un certain nombre de contraintes liées à des facteurs de compétitivité. N’oublions jamais le danger qu’il y aurait à voir évoluer trop brutalement les prix. Cela n’exclut pas une évolution correcte que d’aucuns souhaitent un peu plus forte que d’autres.

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