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La Charente-Maritime manifeste son soutien au SGV

1 janvier 2009

Même si les choses vont de soi, elles vont encore mieux en les disant. C’est sans doute la réflexion qu’a dû se faire une bonne partie des responsables professionnels de Charente-Maritime qui, par la voix de Jean-Marie Arrivé, tiennent à exprimer leur soutien au SGV. Certes, il s’agit d’un appui circonstancié mais d’un appui tout de même. Comme si la période nécessitait de se serrer les coudes, en rompant avec une stratégie plus confuse et diviseuse, qui n’a plus forcément le vent en poupe aujourd’hui

« Le Paysan Vigneron » – Qu’est-ce qui vous pousse à réagir dans ce sens ?

Jean-Marie Arrivé – Les viticulteurs n’ont peut-être pas conscience que des décisions très importantes vont se prendre dans la région prochainement, qui engageront l’avenir du vignoble et, quelque part, celui de leurs enfants. Il y a du relâchement côté viticole et le négoce en profite pour enfoncer le clou. En cela il n’est pas critiquable. Il joue son jeu. C’est à la viticulture de resserrer les rangs et retrouver le même élan qui l’animait il y a deux ans pour mettre en place le plus vite possible le schéma d’avenir viticole. On ne peut pas passer éternellement son temps à critiquer le SGV. Ceux qui se sont laissés aller à ce petit jeu ont fait un tort considérable à la région. Le Syndicat des vignerons représente un passage obligé. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’un syndicat en particulier n’a pas vocation à porter la voix de la viticulture. Ce rôle revient à un syndicat « bannière ». Ensuite, rien n’empêche aux différentes composantes syndicales de travailler à fond les dossiers pour faire prévaloir leurs arguments.

« L.P.V. » – A quoi faites-vous allusion quand vous parlez d’échéances importantes ?

J.-M. A. – Je pense en premier lieu à la mise en place du Schéma
d’avenir viticole, validé par l’interprofession et les Pouvoirs publics. Or je constate aujourd’hui des dysfonctionnements qui m’interpellent. Le BNIC a en effet publié une actualisation du schéma d’avenir avec, en renvoi, le chiffre de 9 hl AP/ha. Ce niveau de QNV est cité comme un objectif à atteindre pour rentabiliser les ha Cognac. Mais il peut aussi être entendu comme découlant du rapport Zonta. Et dans ces conditions, on peut en conclure qu’il faut réduire le vignoble Cognac pour équilibrer les productions aux sorties. Cet habile montage ne peut que semer la confusion dans les esprits. Le rapport Zonta n’a jamais émis de chiffre. Je conteste cette interprétation qui sert des intérêts particuliers. Ce document a été porté à la connaissance du public sans avoir été préalablement soumis au comité permanent du BNIC. Si tel avait été le cas, je me tairais. Mais en l’occurrence, ce n‘est pas la manière dont cela s’est passé.

j_opt.jpegL’autre échéance importante concerne bien sûr la création du Syndicat de défense de l’appellation. Ce syndicat doit voir le jour le plus rapidement possible et il doit compter une majorité de viticulteurs. Quand je dis majorité, ce n’est pas une majorité à 51 % ni même à 60 %. En Charente-Maritime, nous sommes bien clairs sur ce point : un Syndicat de défense de l’appellation a vocation à être exclusivement viticole. Cependant, dans la région de Cognac on peut admettre une dérogation dans la mesure où les bouilleurs de profession distillent pour leur propre compte 16 % des volumes d’eaux-de-vie. La représentation du négoce doit s’établir à ce niveau. Pour qu’une majorité viticole existe réellement, il faut qu’elle soit massive. Nous n’avons pas besoin d’un Bureau national bis. De même, le Syndicat de défense n’a pas vocation à être hébergé dans les locaux de l’interprofession. Sa place est dans l’antenne de son service de tutelle, l’INAO. Ne confondons pas les choses ! Syndicat et interprofession sont deux entités différentes. L’affectation des hectares doit se réaliser sous la responsabilité du syndicat.

« L.P.V. » – La Charente-Maritime s’est longtemps accrochée au principe du « 80/20 », en clair l’interdiction d’affecter plus de 80 % de ses parcelles au Cognac.

J.-M. A. – On ne va pas se battre sur le 80/20. Le rapport Zonta a dit que ce n’était pas possible. Par contre, travaillons d’arrache-pied à la contractualisation des débouchés entre les différents négoces – Cognac, vin de table, jus de raisin – et les viticulteurs. Sinon l’affectation triennale va droit au mur. Sans une affectation « volontaire obligatoire », tous les ha se retrouveront à faire du Cognac. C’est d’ailleurs parti pour. Ce qui risque d’arriver, c’est que des spéculateurs déboulent dans la région, attirés par les articles élogieux sur le Cognac. A la première baisse, ils seront les premiers à vendre. Et alors tout s’effondrera. Les statistiques le montrent bien. La spéculation n’est pas le fait des bouilleurs de cru ou alors à la marge. D’année en année, leurs fabrications de Cognac fluctuent peu. En période d’embellie, les volumes varient sous la pression de financements extérieurs, via les distillateurs de profession. Si la contractualisation contrôle ces hectares baladeurs, la spéculation jouera sur une bien plus petite échelle. Deux marchés sont aujourd’hui en expansion, les vins de base mousseux et les jus de raisin. Il faut arriver à structurer ce vignoble de façon à ce qu’il y ait le moins possible d’ha à géométrie variable.

« L.P.V. » – A votre avis, à quel niveau doit se situer la QNV Cognac ?

J.-M. A. – Sincèrement, je pense que le niveau de QNV ne veut pas dire grand-chose. C’est le taux de rotation du stock qui compte. L’équilibre régional s’obtient autour d’un stock équivalent à six années et demie de ventes. Dans cette région, il faut en terminer avec l’idée que le négoce puisse l’emporter huit années sur dix et que la viticulture ait l’impression d’avoir barre sur lui les deux autres années. Le retour entre viticulture et négoce doit être bien plus serré. Avec le Schéma d’avenir viticole, nous aurons encore « des petits coups de bourre » mais ils dureront beaucoup moins longtemps. Imaginé qu’il nous a fallu dix ans pour rattraper l’erreur d’une année et heureusement qu’il y a eu le gel de 1991 ! Je suis persuadé que le négoce peut trouver son équilibre à travers la nouvelle organisation proposée par le Schéma d’avenir viticole.

« L.P.V. » – Que pensez-vous de l’arrachage ?

J.-M. A. – Il n’y a pas là matière à faire rêver les viticulteurs. De toute façon ils ne veulent pas de l’arrachage et ils ont raison. Cependant, comme tout grand vignoble, le vignoble des Charentes connaît un besoin de dégraissage, portant peut-être sur 300 ha par an. A cet égard, les opportunités de financement sont toujours bonnes à prendre. Sur l’arrachage comme sur le reste, la Charente-Maritime affiche une position commune entre le Conseil général, le Syndicat viticole et la Chambre. Les uns et les autres, nous partageons une vue identique sur les dossiers.

« L.P.V. » – Et la diversification, que vous inspire-t-elle ?

J.-M. A. – Elle fonctionne même si, ces derniers temps, son rythme s’est un peu ralenti. Mais est-ce si surprenant, dans le climat psychologique actuel ? Je pense que ceux qui se sont diversifiés n’en sont pas mécontents. Ils seraient même prêts à planter d’autres surfaces s’ils pouvaient récupérer une partie des droits en portefeuilles, mis en attente dans le cadre du Plan. Ces droits se chiffrent actuellement à 1 200-1 300 ha. Il serait bon de pouvoir les remettre en route en autorisant les transferts, actuellement interdits en Charentes. Des petits producteurs pourraient les récupérer, ceux qui ont déjà fait l’effort de la diversification et qui estiment ne plus avoir de droits Cognac à distraire. A notre avis, il y a sans doute la place pour 5 000 ha de vignes productrices de vins de pays charentais, pour lesquelles il existe un débouché immédiat dans la région, à condition de s’en occuper. Les vignerons indépendants y parviennent fort bien, les structures coopératives un peu moins, mais c’est assez normal. Au fil des années, elles n’ont eu de cesse de développer des « rêves de grandeur », en sortant des produits se voulant très qualitatifs mais qui ne correspondent pas au marché. Autant il paraît normal de consacrer une petite partie du vignoble à la production de vins « vitrines » – censé dire : « voyez ce que l’on est capable de faire » – autant il semble aberrant de vouloir engager tout le vignoble dans cette démarche. Des coopératives s’y sont déjà cassées les dents, d’autres vont suivre. Le marché « naturel » du vin de pays charentais est celui d’un vin fruité, facile à boire, avec un positionnement prix d’environ 2,50 € la bouteille. Or tout se passe comme si l’on s’obstinait à vouloir faire boire à nos clients des vins lourds, dignes d’accompagner une côte de bœuf et pour lesquels il faut passer l’après-midi à digérer. Quelqu’un me disait récemment : « Quand je veux un vin à “80 balles”, je descends un peu plus bas ! » La logique d’entreprise ne consiste-t-elle pas à coller au marché en augmentant les volumes plutôt qu’à courir après une vaine qualité, ne répondant pas à une vraie demande ? Quant à la tentation de l’export, je crains que cela soit un leurre ? Dans le « bateau » des vins argentins et autres vins de l’hémisphère sud, les vins de pays charentais ne représenteront toujours qu’un petit container.

« L.P.V. » – Syndicalement, comment voyez-vous l’avenir ?

J.-M. A. – Actuellement j’ai l’impression que beaucoup de choses se passent en catimini. Ce manque de transparence n’est jamais bon pour la viticulture. En tant que syndicalistes, nous avons tout intérêt à nous appuyer sur les viticulteurs de base. Nous devons nous montrer suffisamment unitaire pour affirmer notre puissance. Il faut que Philippe Boujut se sente soutenu et sache jusqu’où il peut négocier avec le soutien de ses collègues.

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