« Soutenir Les Pineaux De Marques »

2 mars 2009

Fin juin, au nom de l’alternance statutaire, devait être élu un nouveau président issu du négoce au Comité national du Pineau. Pour l’heure, l’actuel président du Comité, Christian Baudry, s’exprime sur l’économie du Pineau qui traverse une passe délicate. « Le Paysan Vigneron » – Comment se portent les ventes de Pineau ?

christian.jpgChristian Baudry – Avec 109 398 hl vol. écoulés sur la campagne 2004-2005, les ventes de Pineau ont perdu 3 000 hl par rapport à leur chiffre le plus haut, en 2001-2002. Il s’agit donc d’une contre-performance toute relative, sans commune mesure avec les pertes subies par nos principaux concurrents. C’est l’exportation qui a le plus pâti, à cause notamment de la grève des services de la SAQ, le monopole de vente des alcools du Québec. Cette grève, qui est intervenue au plus mauvais moment de l’année pour nous – les fêtes de Noël – a affecté les chiffres de la campagne. En France heureusement, les sorties se sont globalement maintenues même si nous avons accusé un léger repli des ventes sur la façade atlantique, de Nantes à Bordeaux, un périmètre qui recouvre la région de production. Puisque la grande distribution a continué de progresser, c’est donc dans les magasins traditionnels – cavistes et vendeurs directs – que le petit décrochage a eu lieu. Le commerce estival manifeste peut-être un certain essoufflement. Mais c’est surtout la période de fêtes de fin d’année qui fut morose en 2004-2005. Les choses semblent se rétablir depuis septembre 2005. En année mobile, sur les douze derniers mois, nous sommes à + 2,6 %. Pour résumer, le Pineau ne souffre pas d’un problème de sorties mais d’un problème de revalorisation des cours sur le marché du vrac.

« L.P.V. » – C’est-à-dire ?

C.B. – Quand les cours du Pineau tournent autour de 152 € l’hl (10 F le litre), les producteurs ne gagnent pas leur vie. A un moment donné, nous avons pu craindre que ces prix s’installent voire qu’ils basculent massivement en dessous des 10 F. Après avoir été au creux de la vague, nous avons le sentiment que les cours se sont stabilisés aujourd’hui. Mais combien de temps faudra-t-il attendre pour revenir au prix d’objectif de 183 € l’hl qui, en régime d’affectation, correspondrait à une rémunération normale du Pineau vrac ?

« L.P.V. » – Comment expliquez-vous ce phénomène de tassement des prix du Pineau vrac ?

C.B. – Des raisons sont plus conjoncturelles et d’autres plus structurelles. Si l’on commence par les premières, je dirais que l’année 2005 fut assez traumatisante pour le Pineau. Nous avons vécu la disparition des Grands Chais Montaigne, un opérateur vrac assez important de la région d’Angoulême. Sont venus s’ajouter à cela des changements de stratégie d’approvisionnement, chez les coopératives comme chez les négociants. Pour parler des coopératives, certaines, qui recouraient au marché libre à des prix tout à fait corrects, ont choisi courant 2005 de réactiver leur propre réseau de producteurs. Aujourd’hui, elles sont totalement absentes du marché vrac. Des négociants, qui achetaient directement leur Pineau vrac, passent dorénavant par des intermédiaires grossistes, qui prélèvent leurs marges. Parallèlement, des opérateurs ont procédé à des déstockages massifs. Faute de munitions, le mouvement s’est tari… et les volumes de transactions redevenant normaux, des bouilleurs de cru accèdent de nouveau au marché. Mais, par manque de trésorerie, ils ont parfois tendance à lâcher la marchandise à des prix très bas. Ceci étant, je pense que la raison de fond des bas prix du Pineau vrac reste de nature structurelle. Je veux parler du poids des marques de distributeurs, les fameuses MDD. Elles représentent à elles seules la moitié des ventes de la grande distribution, sachant que la GD mobilise la moitié des ventes de Pineau. Sur les 2 millions de bouteilles vendues en plus tous les ans depuis 7-8 ans, les deux tiers de cette expansion ont été dus aux MDD. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ces MDD ne tirent pas les prix vers le haut.

« L.P.V. » – Pouvez-vous nous rappeler ce qu’est une marque de distributeur ?

C.B. – Ces marques appartiennent à des chaînes de grands magasins qui les sous-traitent à des opérateurs locaux, de par l’interdiction faite au Pineau de circuler en vrac hors de la région délimitée. Dans ces conditions, la mise en bouteille s’opère obligatoirement dans la région de production. Plutôt que de conditionner le Pineau dans ses propres usines d’embouteillage, la grande distribution se voit contrainte de passer par les opérateurs locaux. En ce sens, on peut dire que c’est grâce au maintien de cette règle que les opérateurs locaux ont du travail. Mais la grande distribution, qui essaie de garder le maximum de marge, étrangle les embouteilleurs qui eux-mêmes pèsent sur l’approvisionnement.

« L.P.V. » – Comment sortir de cette situation ?

C.B. – Face à des MDD qui ne font pas de publicité, le Pineau souffre d’une faiblesse de ses marques nationales. Pour essayer d’inverser le cours des choses, l’orientation que nous devons prendre, c’est justement de soutenir les efforts de promotion des marques nationales. J’en citerai quelques-unes : Reynac, Gautret, Rémy Martin ainsi que toutes les marques de producteurs et de petits négociants. Notre souci est de promouvoir et de rééquilibrer les Pineau de marques.

« L.P.V. » – Comment vous y prendre ?

Il faut savoir que, le 9 novembre dernier, la Commission européenne a autorisé le gouvernement français à allouer aux vins de liqueur d’AOC un volant d’aide de 2,4 millions d’euros par an pendant cinq ans, dont 1,5 million pour le Pineau. La majorité de l’enveloppe servira à la promotion. Pour favoriser le développement des marques nationales, nous devons réfléchir à la meilleure manière d’harmoniser les trois critères suivants : les aides de l’Etat, les fonds propres du Comité qui proviennent des entreprises et les fonds propres que les entreprises entendent affecter à la promotion. A ce compte-là, nous pourrons peut-être bâtir quelque chose.

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