Une concertation en profondeur aurait été souhaitable

14 mars 2009

M. Bernard Laurichesse en tant que membre du conseil d’administration du SGVDC (le Syndicat général des vignerons de défense de l’AOC Cognac) porte un regard attentif à toutes les évolutions des pratiques viticoles et œnologiques concernant l’ensemble des productions de la région délimitée. Avec ses collègues du syndicat, leur mobilisation récente vis-à-vis des tarifications de gaz pour les bouilleurs de cru a permis de mettre en évidence de réelles disparités entre les opérateurs et cela a débouché au final sur des conditions d’achats plus harmonieuses au sein de nombreuses propriétés. La vision de ce professionnel, qui par ailleurs exploite avec ses frères un vignoble de 100 ha en Grande Champagne, présente un réel intérêt d’autant que le sujet de la protection du vignoble représente pour lui un centre d’intérêt important. L’introduction de la réglementation sur les mélanges modifie la construction des programmes de traitement et certains problèmes techniques ne sont pas faciles à gérer.

 

bernard_laurichesse.jpgLa mise en œuvre de la réglementation sur les mélanges de produits phytosanitaires s’inscrit dans une volonté de vouloir établir une clarification supplémentaire au niveau de la démarche de production et sur ce point M. B. Laurichesse adhère complètement à la démarche : « Il ne faut pas penser que les viticulteurs abordent les applications de produits phytosanitaires sans aucun sens des responsabilités car nous-mêmes et notre personnel travaillons dans les vignes toute l’année. Nous n’avons nullement envie de prendre des risques au niveau de notre santé et de celle du personnel salarié. Les efforts qui ont été réalisés dans la protection des applicateurs au moment de la réalisation des traitements attestent de cette évolution. Le souci de bien faire et de rechercher en permanence des moyens judicieux pour optimiser l’utilisation des intrants phytosanitaires fait partie de la culture professionnelle de nombreux viticulteurs sachant que, comme pour tous les autres aspects, nous devons aussi faire preuve de réalisme économique. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si notre région a mis en œuvre depuis longtemps des démarches de lutte raisonnée et aujourd’hui, par exemple, très peu de propriétés traitent de manière systématique les acariens. La pression économique a déjà engendré en Charentes une limitation des interventions phytosanitaires depuis de nombreuses années. Aussi, sur le fond je considère que le fait de s’intéresser aux conséquences sur la santé des applicateurs et sur l’environnement des mélanges de produits phytosanitaires est justifié. Les utilisateurs de produits phytosanitaires que nous sommes prennent de plus en plus de précautions car les risques sont accentués par le fait qu’un même opérateur est aujourd’hui en mesure d’effectuer des traitements sur des surfaces importantes. Malheureusement, plus je m’intéresse à ce dossier plus je me rends compte que les cultures spécialisées n’ont pas été traitées à la hauteur de leurs attentes. L’accès à l’information est complexe, le catalogue des mélanges actuellement autorisés encore trop limité, les approches de lutte liées à la nécrose bactérienne, à la flavescence dorée… soulèvent de nombreuses interrogations. J’ai le sentiment que le niveau de technicité nécessaire à la maîtrise de la protection du vignoble a été sous-estimé. Mon regret est que la concertation sur un sujet aussi important n’ait pas été réalisée en profondeur dans les différentes régions viticoles françaises. A l’origine, les syndicats généralistes qui ont négocié la mise en œuvre de ce chantier sur les mélanges n’ont sûrement pas été en mesure d’apprécier les spécificités de notre métier de viticulteur, et avec le recul la concertation au niveau national avec l’ITV n’a pas été suffisante. »

Des réflexions pleines de bon sens, empreintes d’un véritable sens des responsabilités

Le discours de M. B. Laurichesse est en fait le reflet des questions que se posent actuellement bon nombre de viticulteurs de la région après avoir consulté leurs fournisseurs. Leurs réflexions sont à la fois concrètes, pleines de bon sens et elles expriment un véritable sens des responsabilités. Il nous paraît intéressant de rappeler les principaux problèmes que soulève l’introduction de cette réglementation. La nécrose bactérienne est une maladie installée dans la région de Cognac et actuellement la liste des mélanges autorisée s’avère très restrictive pour envisager une lutte conjointe contre le mildiou et l’oïdium durant le mois de mai. En Charentes, cette maladie est présente dans l’ensemble de l’aire de la région délimitée et elle touche aussi d’autres vignobles en France comme ceux du Gers et de Die. Ensuite, le plus gros problème concerne la flavescence dorée où le fait de rendre obligatoire la dissociation de la lutte insecticide d’autres applications de couverture générale risque de remettre en cause l’efficacité même de la lutte contre la cicadelle. En effet, il n’est pas certain que les viticulteurs dans les périmètres de lutte obligatoire réalisent les trois traitements en raison de la charge de travail supplémentaire que cela engendre à une époque de l’année où les emplois du temps sont déjà surchargés. Le nombre très réduit de mélanges incluant un insecticide et deux fongicides anti-mildiou et anti-oïdium renforce les inquiétudes pour la campagne à venir vis-à- vis de la justification de l’application à la lettre de la réglementation sur les mélanges. Le vide technique concernant la FD est d’autant plus surprenant que cette maladie concerne des surfaces importantes dans plusieurs bassins de production, 40 000 ha en Charentes, autant en Gironde et en Aquitaine, et beaucoup plus dans le Midi de la France. Le classement et la disparition rapide de nombreuses spécialités de fongicides anti-mildiou et anti-oïdium sont aussi un sujet d’inquiétudes majeures pour tous les vignobles français car, même si des solutions techniques existent encore, elles sont souvent plus limitées, parfois plus risquées sur le plan des résistances et aussi beaucoup plus onéreuses. Les produits les plus souples d’emploi (en raison de leur spectre d’action unique) et aussi les plus abordables sont en général ceux qui sont les plus affectés par la réglementation sur les mélanges, car ce sont des spécialités commerciales anciennes possédant une phrase de risque. Les produits récents sont beaucoup plus respectueux des nouvelles normes environnementales, mais leurs prix d’achat nettement plus élevés risquent de faire fortement progresser le budget protection alors que la période est plus que jamais aux économies. La forte concentration des gammes et la disparition de familles entières de fongicides sur ces deux maladies ont été abordées sans se soucier si, à court et moyen terme, il y avait des perceptives d’homologation de nouveaux produits ayant un spectre et un mode d’action comparables. Les aspects de technicité de la protection du vignoble ont été abordés d’une manière trop standardisée, ce qui risque de créer des situations difficiles avec l’oïdium dans la zone méridionale et le mildiou sur la façade atlantique. Dans leurs approches de raisonnement de la protection, les propriétés fonctionnant essentiellement avec de la main-d’œuvre salariée sont aussi obligées de prendre en compte les aspects concernant l’organisation du travail, et la disparition d’un certain nombre de produits pénétrants et systémiques à un coût abordable ne les fait pas sourire. La dissociation des protections mildiou et oïdium en période de faible risque est malheureusement quasiment impossible à mettre en œuvre quand un même appareil assure le traitement de 30 à 40 hectares en une journée. Enfin, bon nombre de viticulteurs s’interrogent sur les risques liés au temps d’exposition des applicateurs durant les traitements. Le fait d’être obligé de réaliser 20 à 30 % supplémentaires au cours d’une campagne ne constitue-t-il pas un risque accru pour les chauffeurs ?

Les viticulteurs vont payer la note

Globalement, B. Laurichesse a le sentiment que l’introduction de cette nouvelle réglementation va entraîner une hausse des coûts de protection du vignoble très significative au niveau des produits comme des charges d’applications, et la recherche du meilleur compromis économique devient beaucoup plus difficile à envisager : « En tant que responsable syndical et aussi viticulteur pleinement conscient des enjeux de santé humaine et environnementaux, je considère qu’il ne faut pas s’engager à acheter des produits qui conduiraient à l’utilisation de mélanges interdits. L’introduction de cette nouvelle réglementation modifie la construction des calendriers de traitements et il est toujours possible de construire un itinéraire technique cohérent en y intégrant tout de même des charges et des contraintes supplémentaires. Par contre, pour des problèmes techniques comme la FD ou la nécrose bactérienne, je souhaite d’une part que les catalogues de mélanges autorisés s’étoffent et d’autre part que les services officiels privilégient le bon sens et l’efficacité technique au cadre trop rigide de l’application des règlements et des contrôles. Une situation de non-dialogue sur des sujets aussi importants pourrait conduire à des impasses techniques préjudiciables pour la pérennité du vignoble et les dégâts seraient alors beaucoup plus lourds de conséquences que ceux liés à la réglementation sur les mélanges. Sur le plan économique, les approches de certains de mes collègues font déjà état d’une hausse des budgets achats de phytos vignes proche de 10 % et à cela il faudra rajouter les charges de mécanisation liées à plusieurs passages supplémentaires. Les viticulteurs vont donc payer la note alors que la conjoncture économique dans notre région reste toujours aussi incertaine. Il me semble aussi que les conditions de pulvérisation en vignes, même avec des matériels performants, ne sont pas pleinement satisfaisantes vis-à-vis de la santé des applicateurs et de l’environnement. J’avoue que j’aurai apprécié que l’Administration s’intéresse à ce dossier non pas pour le réglementer mais pour jouer un rôle de stimulateur auprès des constructeurs afin que ces acteurs investissent plus activement dans la recherche de procédés plus opérationnels ».

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