Une année à part

8 novembre 2013

Y a-t-il tellement d’enseignements à tirer d’une année comme 2013 ? Pas sûr. Elle risque fort de rester unique dans les anales – on ne s’en plaindra pas – tellement elle fut le jouet d’événements saugrenus. Une longue période de froid au printemps alors que le réchauffement climatique semble bien d’actualité ; une tempête du 27 juillet qui généra un gros stress au vignoble, sans doute largement sous-estimé ; des pluies estivales qui ne profitèrent pas aux grappes mais servirent la pourriture grise et le mildiou. De fait, rien ne se passa correctement. Année de rien dirait les anciens. Année de m… diraient des gens moins civilisés.

Dans ces conditions, une moyenne de 9 de pur/ha présentée comme possible en début de récolte risque fort de se rapprocher des 8,5 au final. Certains ouvrent les paris : « 8,6-8,7 pas davantage » lancent-ils. « Dans ma clientèle, note un courtier, je n’ai personne qui arrive au quota des 11,71 de pur. J’ai bien peur que, sur la région, les viticulteurs qui y parviennent se comptent sur les doigts d’une main. » Et de souligner le trait : « Les doigts d’une main, vous m’entendez ! »

La rhétorique du « bon et du mauvais viticulteur » a-t-elle un sens cette année ? Certains diront que oui. Les plus nombreux pensent que non. « Il y avait tellement de paramètres en jeu. » Avis partagé par ce responsable professionnel : « Je ne veux pas que le négoce nous dise que la viticulture n’a pas fait d’efforts. Ce serait faux. Des personnes qui ont de belles vignes, qui ont replanté font moins de 9 de pur. En vérité, Dame nature n’était pas avec nous. »

Sur l’aire d’appellation, peu ou pas de zones peuvent se prévaloir d’un avantage compétitif. La région de Gémozac, habituée des forts rendements, n’est pas très bien lotie cette année. Idem sur l’estuaire ou encore en Grande Champagne. Peut-être la région de Rouillac, quelques terres de varennes s’en sortent-elles mieux.

Gérer la pénurie

Conséquence : « il va falloir gérer la pénurie ». Pénurie ! Objectivement, le terme paraît excessif. Avec la réserve climatique, il n’est pas impossible que la région puisse encore mettre en vieillissement cette campagne 700 000 hl AP. Un chiffre à relier avec celui des sorties, sans doute proche des 500 000 hl AP en fin d’année.

Il n’en demeure pas moins qu’il n’y aura pas de disponible Cognac en 2013-2014. D’où la question de la répartition des volumes entre les différents acheteurs. « Cette année, la notion de « proratisation » va être importante » confirme un intermédiaire. « Je conseille à ma clientèle de préserver toutes ses relations commerciales. » Maintenant, quid des nouveaux contrats longue durée adossés à de gros engagements volumiques ? Devront-ils être honorés ? Comment ?

A priori, à fin octobre, la récolte « moyenne-moyenne » de cette année n’avait pas suscité de réactions du négoce. Comme si, après tout, elle ne le dérangeait pas tant que ça. A voir les statistiques Cognac, on peut le comprendre. Les chiffres de vente n’incitent pas à l’euphorie même si, ensuite, tout est question de mise en perspective – à 6 mois, à 10 ans – et d’attitude face au marché (être ou ne pas être optimiste).

Communication sur les prix

Des gens bien informés laissaient entendre que des communications sur des prix d’eaux-de-vie 00 pourraient intervenir fin octobre/début novembre, entraînant par la suite d’autres prises de position.

A ce sujet, Christophe Véral, chef de famille de la viticulture au BNIC, a souhaité réagir à sa manière, vive. « J’estime profondément anormal que le négoce attende la fin des vendanges pour communiquer ses prix. C’est du “foutage de gueule” caractérisé. Je lui ai déjà dit. On ne peut pas demander à la viticulture de faire des efforts, planter, entretenir le vignoble et ne pas lui reconnaître le droit de connaître les prix avant la récolte. C’est un peu accréditer le fait que la viticulture sert de variable d’ajustement. On nous parle de confiance, de pérennité mais où est la confiance, où est la pérennité ? Je pense qu’il faut “remettre l’église au centre du village”. N’oublions pas que c’est le viticulteur qui se lève à 5 heures du matin pour aller à sa chaudière, que c’est le viticulteur qui taille les vignes. Assez de nous prendre pour des “jambons”, dixit une personnalité régionale. Je suis vraiment en colère. » On l’aura compris.

A l’heure où des investissements importants ont été engagés, cette petite récolte – ou du moins vécue comme telle par les viticulteurs – tombe au mauvais moment. Impression d’une occasion ratée – « Nous
avions encore l’opportunité de bien vendre cette année » – et craintes de jours plus difficiles. En même temps qu’une prévisible chute des revenus arrivent de lourds prélèvements MSA à 40-42 %, assis sur de bonnes récoltes antérieures. « Nous avons pris la mesure du problème » assure-t-on côté UGVC.

 

 

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