Un viticulteur à la tête de l’interprofession du Cognac

26 décembre 2014

De manière imparable, c’est la nouvelle du moment. Jean-Bernard de Larquier, viticulteur de son état, a été élu à la présidence du BNIC, le Bureau national interprofessionnel du Cognac le 18 novembre dernier. C’est le deuxième viticulteur charentais à se retrouver à la tête de cette institution. Avant lui, il y avait eu Bernard Guionnet, pour un premier mandat débuté en septembre 1998 et prolongé en 2008 d’un second, interrompu trop tôt. Mais Bernard Guionnet était un professionnel multi-facettes, viticulteur, bouilleur de profession. Avec Jean-Bernard de Larquier, on peut dire que c’est la première fois qu’un « pur viticulteur » accède à la « fonction suprême » ou ce qui est considéré comme telle dans le périmètre de la représentation profes-
sionnelle charentaise. Quelque part, le syndicaliste viticole décroche là son « bâton de maréchal », après un parcours assez impressionnant d’une bonne trentaine d’années (voir article pages 6-7). « Jean-Bernard, un sacré palmarès ! » déclarent ses collègues qui lui reconnaissent sans mal le rôle de numéro 1 du Cognac, au sein de la famille viticole s’entend. « C’est un incontournable » disent-ils. Paradoxalement, en 2003, il avait fait son entrée au BNIC par la « petite porte », celle du Pineau, quand celui-ci disposait encore d’une représentation à l’interprofession Cognac. En démissionnant du Comité permanent du BNIC, Christian Baudry laisse alors sa place à J.-B. de Larquier, qui ne quittera plus le « saint des saints du BN ». Il faut dire qu’il gagnera rapidement ses galons de représentant viticole de premier plan du Cognac : président du SGV, chef de famille de la viticulture… Doué d’une autorité naturelle, mû par des convictions, il ne se montre pas toujours conciliant. En ce début des années 2000, des négociants se demandent quel « Ayatollah » vient de débouler au sein du BNIC.

Sur le terrain, devant les viticulteurs, Jean-Bernard de Larquier se fait le porteur d’une certaine idée de la discipline collective, d’un engagement syndical fort – « on a les syndicats que l’on mérite ». Il défend l’idée d’une valeur ajoutée « partagée » au sein de « l’entreprise Cognac », comme il aime à qualifier la filière Cognac avec, d’un côté, son « atelier production » – la viticulture – et de l’autre son « atelier de vente », le négoce. Déjà, il pense que l’un ne va pas sans l’autre. Il appelle de ses vœux un revenu viticole solide sur le long terme pour pérenniser les exploitations et faciliter leur transmission. Il parle de la fierté du métier de vigneron.

Sur son exploitation, il a organisé son indépendance. Il produit du Cognac mais aussi du Pineau, des vins. Avec son épouse Françoise, ils ont développé ensemble une activité de vente en bouteilles. Ils ont relancé une marque – La Fine Goule – qui avait connu des déboires. Un parcours courageux, des valeurs d’honnêteté et d’intégrité qui forcent le respect. Mais le paysage syndical change. Au fil du temps, Jean-Bernard de Larquier doit apprendre à composer avec des positions qui n’appartenaient sans doute pas à son « ADN » de départ. « Il a changé au cours de ces quatre-cinq dernières années » constatent, un brin amer, certains collègues. Clairement, l’homme a dû apprendre à manier l’art du compromis, trouver la voie étroite qui mène au consensus. Bref « mettre de l’eau dans son vin, acquérir quelques rondeurs ». Si quelques-uns le regrettent, d’autres trouvent au contraire « que le responsable professionnel s’est affiné, complexifié, comme les bonnes eaux-de-vie ».

Sera-t-il un bon président du Bureau national du Cognac ? Question à mille euros. En ce qui concerne sa capacité de travail, il n’y a pas de doute. « C’est un bosseur, qui connaît ses dossiers. Cela ne lui fait pas de peine de passer un week-end à rédiger un rapport moral. » Tout le monde le crédite d’une « énorme connaissance de la région », de ses rouages ainsi que des méandres de l’Administration, ici et ailleurs. Reste la dimension de « l’écoute ». Et c’est là que les opinions divergent. « Sera-t-il suffisamment à l’écoute des viticulteurs » ? s’interrogent avec un soupçon d’inquiétude quelques compagnons de route. « C’est bien d’être dans le consensus mais il ne faut pas se laisser emporter par les sirènes » disent-ils. Le fait d’avoir évoqué dans la presse, sitôt son élection, le Business plan et son projet de 8 000 ha de plantations nouvelles a jeté le trouble. « Je ne trouve pas beaucoup de différence entre ce président-ci et celui d’avant » décoche sans ambages un témoin. Un sentiment de doute que s’emploie à modé-rer un autre, plus jeune : « C’est un homme de dialogue, d’expérience et c’est à la viticulture de se faire entendre. Pour prendre les décisions, il ne sera pas seul. » Une contributrice joue l’apaisement. « Ses propos sur le Business plan ne me choquent pas. Il s’agit d’une position de principe voté par le BNIC lorsqu’il était chef de famille mais personne n’ignore la discussion actuelle sur les indicateurs de pilotage, pas plus lui que les autres. » Le chef d’une maison de négoce moyenne considère pour sa part que le président de l’interprofession « se situe un peu au-dessus des parties. Il défend l’intérêt du Cognac et non les intérêts de sa propre famille même si, convient-il, il aura plus l’oreille de la viticulture ». Restant sur la méthaphore auditive, un viticulteur revient à la charge : « pourvu qu’il ne soit pas sourd d’un côté ». Comme on le voit, la fonction cristallise passions, attentes, interrogations. Un point fait pourtant l’unanimité, celui de la difficulté d’être président du BNIC. Alors, bon courage mister president.

 

 

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