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Un observatoire National de l’évolution des maladies du bois

8 mars 2009

Au cours de l’année 2003, un observatoire de suivi de l’évolution des maladies du bois a été mis en place dans la plupart des grandes régions viticoles françaises. 544 parcelles ont été suivies par les techniciens des services officiels et les premiers résultats mettent en évidence de fortes variations selon les cépages et les sites. Ce travail important va se perpétuer pendant trois années afin d’établir une cartographie de l’implantation de l’eutypiose et de l’esca-BDA au niveau national et dans les différentes régions viticoles. Néanmoins, comme le cycle de développement des maladies du bois dure entre 7 à 10 ans, on peut déjà se demander si les conclusions à l’issue des observations 2005 seront réellement représentatives ?

Depuis, le retrait du marché de l’arsénite de soude au début du mois de novembre 2001, il n’existe plus aucun moyen d’endiguer le développement des symptômes des principales maladies du bois. L’esca, l’eutypiose et le BDA peuvent donc s’extérioriser sans contraintes et les viticulteurs et les techniciens s’interrogent sur la progression de ces maladies dont les cycles de développement s’étalent sur pratiquement une dizaine d’années. Plus de 25 ans après la mise en évidence du pouvoir de nuisibilité de ce complexe de maladies du bois, le capital de connaissances fondamentales autour de ce grave problème est maigre car c’est un domaine d’activité où la filière et les firmes phytosanitaires ont peu investi. Les professionnels des différentes régions viticoles étaient certes conscients du danger latent lié aux maladies du bois, mais les traitements à l’arsénite de soude permettaient de contenir leur développement et, d’une manière générale, la tendance était à la diminution des rendements. Plusieurs équipes de chercheurs ont cependant travaillé sur le sujet mais sans disposer de moyens suffisants pour véritablement mettre en place une stratégie globale d’acquisition de connaissances fondamentales. Leurs efforts ont tout de même permis de faire progresser les connaissances autour de ces maladies mais sans véritable dynamique globale. Durant cette époque, les chercheurs et les techniciens de terrain ont entretenu un dialogue constructif et cela a débouché sur des initiatives de sensibilisation innovantes autour des mesures prophylactiques. Des opérations de sensibilisations vis-à-vis des mesures prophylactiques ont été conduites dans plusieurs régions viticoles et la région de Cognac a été dans ce domaine un vignoble pilote à la fin des années 80.

Un suivi de l’évolution des maladies du bois sur 544 parcelles en France

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Les acquis issus des enquêtes eutypiose et esca réalisées à cette époque en Charentes et dans d’autres régions viticoles avaient déjà permis d’observer la très forte variabilité des symptômes au sein des parcelles où certains ceps peuvent une année extérioriser des symptômes et ensuite avoir une apparence parfaitement saine les trois ou quatre années suivantes. Par ailleurs, l’incidence de la climatologie printanière est forte sur le niveau d’expression des symptômes et des différences de sensibilité entre les cépages existent. Suite à des observations visuelles, une classification de sensibilité des cépages a été établie avec une première catégorie dite très sensible (le Cabernet Sauvignon, le Chenin, la Muscadelle, le Cauvignon et l’Ugni blanc…), une seconde moyennement sensible (le Cabernet Franc, le Chardonnay, le Grenache, le Pinot noir, la Syrah…), une troisième peu sensible (le Carignan, le Malbec…) et une quatrième dite tolérante (le Merlot, le Petit Verdot, le Sémillon, le Sylvaner…). Actuellement, la problématique maladies du bois interpelle l’ensemble de la filière viticole nationale et à la demande des professionnels et de l’Administration, il a été décidé de lancer en 2003 une enquête nationale pour quantifier le degré de nuisibilité des maladies du bois suite à l’arrêt des traitements d’hiver. La finalité de cette initiative est de créer pendant trois années successives dans l’ensemble des régions viticoles un observatoire de l’expression des symptômes et 544 parcelles sont suivies à partir d’un protocole commun.

Des notations concernant l’Eutypiose et un ensemble Esca-BDA

Les notations sont réalisées en deux passages (courant juillet et ensuite de la mi-août à la mi-septembre) en différenciant deux groupes de symptômes, le premier concernant l’eutypiose et le second associant l’esca et le BDA. Les techniciens avaient choisi dans un premier temps de comptabiliser de manière commune les symptômes d’esca et de BDA tout en sachant que l’idéal aurait été de réaliser trois passages différenciés. En 2004, une première observation spécifique à l’eutypiose sera réalisée juste avant la floraison et une seconde interviendra après la véraison pour comptabiliser de manière associée les symptômes d’esca et d’eutypiose. D’autres informations comme le nombre de manquants, de ceps morts, de complants ainsi que des éléments liés aux caractéristiques et aux pratiques culturales des parcelles sont aussi collectées. Le groupe de travail national s’est constitué afin de réunir l’ensemble des partenaires scientifiques et techniques de la filière (ITV, INRA, syndicats agricoles, interprofession, GDV, Fredon, Chambres d’agriculture…) sous l’égide de l’ONIVINS, et la coordination de l’ensemble de ce dispositif a été confiée aux services régionaux de la Protection des Végétaux. C’est un travail qui a été assez complexe à mettre en place et toute sa réussite repose sur une large collaboration entre les techniciens des divers organismes de développement qui réalisent les campagnes d’observations dans chaque région. L’approche tient compte des spécificités régionales sur le plan de l’encépagement, de la climatologie et des méthodes de conduites de la vigne. Dans chaque vignoble, les observations ont été réalisées sur les principaux cépages cultivés et le tableau ci-dessous présente les caractéristiques de l’observatoire.

Les premiers résultats 2003 constituent un état des lieux de la présence des maladies du bois : le point zéro de l’observatoire. Dans cette démarche, la cartographie des parcelles pied par pied n’a pas été mise en place de manière systématique et il n’a pas été possible de réaliser partout une analyse cumulée du nombre de ceps réellement porteurs de maladies du bois. Dans certaines régions, les observations se limitent à un simple comptage des souches extériorisant des symptômes alors que dans d’autres vignobles (comme en Charentes), ces ceps identifiés comme porteurs de maladies du bois une année sont « mis en mémoire » et cartographiés dans le dispositif expérimental. En 2004, un nombre plus important de régions réalisera des notations souche par souche et une cartographie historique de la pression de maladies du bois dans les parcelles sera effectuée.

L’ugni blanc est « champion de France » vis-à-vis de l’eutypiose

Les résultats 2003 de l’observatoire sont à resituer dans le contexte d’une année très particulière sur le plan climatique. Il faut se rappeler que les niveaux de températures ont été nettement supérieurs aux moyennes et que les précipitations cumulées ont été particulièrement faibles du mois de janvier au mois d’octobre dans la plupart des régions viticoles françaises. 2003 a été un millésime marqué à la fois par de fortes températures et une sécheresse estivale, et ces deux éléments ont eu une incidence sur le déroulement du cycle végétatif. Il a été très précoce et peu propice à l’extériorisation des symptômes des ma-ladies du bois durant la période printanière. Au niveau national et sur tous les cépages confondus, 65 % des parcelles ont extériorisé au moins une fois un symptôme d’esca-BDA et 55 % des parcelles ont extériorisé au moins une fois un symptôme d’eutypiose. Au niveau de l’ensemble des ceps observés, 4,7 % des ceps extériorisent en moyenne des symptômes mais les écarts sont très importants selon les régions et les cépages. L’Ugni blanc en Charentes détient le record de France des symptômes d’eutypiose avec un taux moyen de 20 % avec des parcelles peu atteintes (à 2,45 %) et des plantations fortement touchées (à 37,6 %). La situation vis-à-vis de l’eutypiose qui est présentée dans le graphique ci-après montre que, dans les autres régions, la fréquence moyenne des ceps atteints est de 3 % mais ces chiffres ne sont pas pleinement représentatifs de la situation française car les comptages dans certains vignobles (le Sud-Est) n’ont pas été effectués comme prévu. Néanmoins, il ressort de ce travail que les cépages sensibles à l’eutypiose sont l’Ugni blanc, le Chenin et le Sauvignon, et, dans une moindre mesure, le Cabernet Sauvignon et l’Auxerrois.

Les notations concernant l’esca et le Black Dead Arm ont été réalisées d’une manière systématique dans l’ensemble des régions et les résultats 2003 sont pleinement représentatifs de la situation du vignoble français. La fréquence de ceps exprimant des symptômes de ces deux maladies est en moyenne de 1,7 %.

Parmi les cépages sensibles on retrouve le Sauvignon, le Cabernet Sauvignon, le Chenin, l’Ugni blanc et l’Auxerrois. Le Pinot noir, le Grenache et le Muscat sont classés moyennement sensibles. En 2003, les techniciens ont aussi observé que les symptômes d’esca et de BDA sont partiels pour trois souches sur cinq et ils ne mettent pas en cause la survie des ceps. L’enquête a aussi permis de quantifier précisément dans les parcelles la proportion de 1 % de ceps morts (avec des écarts allant de 0,1 à 4,12 %), 1,6 % de ceps manquants (avec des écarts allant de 0,3 à 3,6 %), 2,2 % de ceps complantés (avec des écarts allant de 0,7 à 4 %) et 0,26 % de ceps atteints de dépérissement liés à d’autres affections que les trois maladies du bois.

A l’issue de cette première campagne de notations, la parcelle de vigne type en France présente en moyenne 5 % de ceps porteurs d’esca, BDA, eutypiose, 5 % des ceps en état de non-production (morts, absents ou complantés) et aussi 90 % des souches saines. La présentation de cet état des lieux 2003 n’aura une réelle signification qu’après plusieurs années de notations car l’expression de ces maladies est soumise à des effets climatiques et aussi à la dynamique épidémique de ces maladies qui s’étale souvent sur 7 à 10 ans. La mise en place de cet observatoire pour trois années (2003, 2004 et 2005) constitue à la fois un gros effort technique et aussi une échéance minimum pour être en mesure de tirer des conclusions. Dans les régions fortement infestées, ce délai d’observation ne sera peut-être pas suffisant pour quantifier le degré d’implantation réel des maladies du bois dans les parcelles et dans les régions peu ou moyennement infestées, les effets de la climatologie ne seront peut-être pas suffisamment pris en compte.

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