Un Millésime 2008 En Attente De Soleil

19 mars 2009

Les années se suivent et se ressemblent ! En effet, 2007 avait déjà causé beaucoup de soucis aux viticulteurs et le millésime 2008 s’annonce encore plus délicat à gérer. La succession de deux années complexes à maîtriser du débourrement à la récolte est vraiment un fait assez rare depuis trois décennies dans notre vignoble. Après 1988, l’année 1989 avait été généreuse ; après 1991, 1992 avait apporté l’abondance ; après 2000, 2001 avait été facile à maîtriser.

2008 est au contraire un millésime où beaucoup de problèmes semblent s’être cumulés au fil des mois. Dès l’apparition des feuilles, la pression de mildiou a mis les nerfs à vif des viticulteurs pendant plus de deux mois. La seule période d’accalmie n’aura concerné que trois petites semaines en juillet où le beau temps a permis aux viticulteurs de souffler. Ensuite, août et début septembre ont fait remonter « la pression » en raison de la fréquence des pluies et du manque de soleil. La maturation des raisins se déroule de façon plus tardive, très hétérogène selon les parcelles et l’apparition de foyers de botrytis inquiète. Bref, le cycle végétatif n’a laissé aucun répit aux viticulteurs qui ont beaucoup investi dans la protection de cette récolte et malheureusement, ils ne seront peut-être pas récompensés à la hauteur de leurs efforts.

La nature s’est montrée particulièrement capricieuse, un climat froid et pluvieux en mai qui a fait filer des grappes, une succession de pluies qui a fait exploser le mildiou jusqu’à la fin juin et trop peu de soleil en août et début septembre pour créer des conditions favorables au démarrage de la maturation. Les ceps de vigne ont plus ou moins bien supporté ce contexte difficile et l’hétérogénéité dans les parcelles est forte. La nature des sols, les pratiques culturales, le suivi apporté aux parcelles… vont fortement influencer le contenu qualitatif des raisins. Les différences de maturité d’une parcelle à l’autre risquent de compliquer le déroulement des vinifications. 2008 est un millésime marqué par un manque d’ensoleillement chronique tout au long du cycle végétatif. Le soleil tant attendu depuis quatre mois se fait encore désirer à la mi-septembre. La maturité se fait attendre et les excès de pluviométrie fragilisent l’état sanitaire. Retarder la récolte pour rechercher une meilleure maturité est un objectif louable dans la mesure où le botrytis ne se développe pas !

Les cépages précoces comme le Chardonnay peinent à mûrir et la présence de botrytis risque d’accélérer leur récolte. Les Sauvignon, qui portent une charge de raisins très moyenne, ont semblé mieux résister à la pourriture grise. Cependant, leurs niveaux d’acidité encore élevés attestent de leurs besoins de soleil pour extérioriser de beaux arômes. Les Colombard, plus tardifs, ont un état sanitaire encore correct mais leur maturation prend du retard. Les niveaux d’acidité élevés présagent d’un beau potentiel si le soleil arrive à temps pour pousser leur récolte tard en octobre et élaborer de bons vins et pineaux. Pour les cépages rouges, la situation commence aussi à devenir complexe. Les Merlot, qui portent une charge de grappes satisfaisante, ont absorbé trop d’eau suite aux nombreuses précipitations depuis le 20 août dernier. Les perspectives de rendements s’avèrent généreuses mais l’effet de dilution retarde le processus de maturation. Les parcelles situées sur des sols légers, dont les interventions au vignoble ont permis de limiter la charge et d’aérer les raisins, supportent beaucoup mieux ce contexte pluvieux. Dans ces situations, le potentiel phénolique devrait se bonifier. Par contre, dans les vignes chargées avec des paquets de raisins, les foyers de botrytis déjà présents ne demandent qu’à prospérer, ce qui n’augure pas de bonnes choses. Les Cabernet Franc et Sauvignon, plus tardifs, sont encore sains mais leur maturation arrive maintenant dans une phase où le beau va devenir indispensable « pour faire le plein de couleur ».

La maturation des Ugni blancs n’évolue pas non plus dans les meilleures conditions. Le retard observé au moment de la véraison (une semaine par rapport au stade moyen sur dix ans) n’a pas été rattrapé. 2008 s’annonce pour l’instant comme une année tardive, où la maturité des raisins évolue lentement. L’apparition de foyers de botrytis dans de nombreuses parcelles depuis début septembre est une source d’inquiétude supplémentaire. Non seulement le millésime manque de soleil mais, en plus, il n’est pas sûr que les raisins puissent attendre. Les incertitudes sur le potentiel volumique et qualitatif de cette récolte à deux ou trois semaines des vendanges sont toujours aussi importantes. Si le soleil s’installe durablement, le processus de maturation se poursuivra et au final, le millésime serait tout à fait conforme aux attentes Cognac : « des vins bien équilibrés avec des niveaux d’acidité intéressants ». A l’inverse, si les précipitations continuent de façon régulière, une récolte dans l’urgence devra être envisagée avant que le botrytis ne fasse preuve de nuisance. En résumé, 2008 sera pour les viticulteurs un millésime coûteux et stressant jusqu’au dernier jour des vendanges. Le budget protection du vignoble a explosé, la qualité des vins s’annonce « jalouse » et les niveaux de rendement toujours aussi incertains : entre 8,5 et 10,5 hl d’AP/ha !

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