Un débat sur les pesticides abordé avec le sens des responsabilités

22 février 2018

La médiatisation autour de l’utilisation des pesticides en France et en Europe occupe une place de plus en plus importante et crée un climat d’interrogation permanent au niveau de la conduite des vignobles. C’est un sujet éminemment sérieux, complexe qui cristallise beaucoup de réactions trop souvent excessives. S’interroger sur les conséquences pour la santé de l’utilisation des pesticides ne peut être en aucun cas occulté. C’est un sujet prioritaire qui sensibilise autant les consommateurs que les viticulteurs. Les nouvelles attentes sociétales méritent d’être prises en compte afin d’aller plus loin dans les réflexions préventives.

           

            Tous les responsables professionnels des grandes régions viticoles ont suivi avec attention les conséquences des nuisances d’utilisations incontrôlées de pesticides. Leur discours sur le sujet est argumenté : « Il s’est produit des excès qui aujourd’hui n’ont pratiquement plus court. Ces situations ont été à l’origine d’initiatives pertinentes. Une véritable dynamique de gestion à minima de l’utilisation des intrants phytosanitaires s’est mise en place depuis une grosse décennie. Ces efforts ont conduit à diminuer leur utilisation de façon significative, de l’ordre de – 20 à – 30 %. Les lobbies du traiter  juste, moins et efficace ont gagné « la bataille des esprits » chez 80 % des viticulteurs. Les comportements ont profondément changé mais ce travail de fond ne semble toujours pas suffisant. La dynamique du moins traiter n’a pas reçu d’échos favorables auprès des lobbies anti-pesticides ! Les producteurs ont l’impression de toujours avoir un temps de retard ! Même les viticulteurs bios sont aujourd’hui interpellés avec l’utilisation du cuivre ».

 

            Peut-on aller plus loin dans la diminution d’utilisation des fongicides et des insecticides ? Théoriquement, c’est possible mais en prenant le risque de voir le mildiou et l’oïdium devenir certaines années des ennemis incontrôlables. On ne peut rien contre les conditions climatiques océaniques très propices au développement du mildiou dans nos régions. Il faut faire avec ! D’ailleurs, heureusement que la découverte du botaniste Médocain, Alexis Millardet dans les années 1 880 a permis de trouver un précieux remède à l’époque : la Bouillie Bordelaise. La généralisation de ces traitements à base de cuivre a permis aux filières viticoles de Cognac et de Bordeaux de se professionnaliser au fil de des décennies et de maîtriser leur productivité. Aujourd’hui, le poids économique de ces grands vignobles pèse lourd dans l’économie nationale. Les 200 000 hectares de vignes font vivre une économie locale forte et représentent des débouchés majeurs pour tous les fournisseurs.

 

            Les débats  sur les pesticides sont déjà depuis quelques années une préoccupation majeure pour les professionnels de Cognac et de Bordeaux. Les enjeux actuels et futurs de ce vaste sujet ont été pleinement pris en considération depuis une grosse décennie. Les lobbies des anti-pesticides sous-estiment complètement les efforts déployés par les professionnels. Les démarches de sélection de nouveaux cépages résistants au mildiou et à l’oïdium, l’explosion des ventes de tunnels confinés depuis 5 ans, la mise en œuvre d’outils d’observation de la pression du parasitisme novateurs, …  traduisent à la fois le sens des responsabilités des professionnels et les changements fondamentaux des méthodes de travail dans les propriétés. L’engagement du BNIC dans une démarche de certification environnementale est en train de cautionner tous ces efforts.

 

            Néanmoins, la problématique de la nature chimique des intrants phytosanitaires actuellement utilisés reste entière et constitue le maillon faible des itinéraires de protection conventionnel. Les grandes firmes d’agrochimie qui dominent le marché en viticulture, sont-elles en mesure de proposer des matières actives de nouvelles générations à la fois efficaces et respectueuses des problématiques de santé et environnementales ? Pour l’instant, la réponse à cette question est négative. Les seules innovations à base de substances naturelles sont développées par de PME qui travaillent parfois sur des pistes prometteuses. Malheureusement, ces nouveaux acteurs n’auront pas les moyens financiers de s’engager dans les coûteux processus d’homologation. A court et moyen terme, les perspectives de voir arriver une nouvelle génération d’intrants « verts » à court terme pour contrôler le mildiou et l’oïdium semblent maigres. Quelques professionnels de nos régions très au fait de ces dossiers novateurs commencent à se mobiliser. Leur souhait serait que les instances du ministère de l’Agriculture repensent l’approche financière d’accès au processus d’homologation. La finalisation de telles innovations représenterait véritablement une avancée majeure sur le plan environnemental pour les décennies à venir. On peut espérer que la prise de conscience environnementale des viticulteurs et des représentants professionnels soient de plus en fortes pour soutenir les initiatives sérieuses de recherche de pesticides « verts ».

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