Pesticides – Pollution de l’air

30 août 2016

Santé environnementale, mot-valise, barbarisme pour désigner ces maladies qu’un environnement dégradé influe. Voilà belle lurette que les scientifiques ont mis en évidence les effets des pesticides et autres antiparasitaires – utilisés dans la sphère agricole mais aussi domestique – sur certains types de cancers, tels les cancers dits « hormonaux dépendants » liés aux perturbateurs endocriniens (cancers du sein, de la prostate, lymphomes…). A La Rochelle, le Centre régional de surveillance de la qualité de l’air (ATMO) a consacré sa 4 ème journée annuelle d’information au thème suivant – « Pesticides, environnement, santé, quelles solutions ? »

 

Sans mauvais jeu de mots, on peut dire que le thème était dans l’air, après le reportage de Cash investigation diffusé le 2 février dernier sur France 2. Sous le titre un brin catastrophiste « Produits chimiques, nos enfants en danger », les journalistes n’y sont pas allés avec le dos de la cuillère, quitte à procéder à plusieurs approximations, facilités, abus de langage, « biais » dans l’analyse. Malgré tout, personne ne s’y est trompé. Par sa dimension « coup de poing », le reportage a fait mouche. Il a présenté au grand public et de manière argumentée ce que tout un chacun sait intuitivement : les pesticides ne sont pas bons pour la santé. Mais là où le reportage a vraiment servi de révélateur, c’est qu’à côté de la qualité des aliments et de la qualité de l’eau, il s’est aussi intéressé  à la qualité de l’air. Un domaine sans doute plus nouveau pour beaucoup. La qualité de l’air, c’est justement le domaine de compétence d’ATMO Poitou-Charentes, l’une des 16 Associations agrées pour la surveillance de la qualité de l’air (AASQA) en France. Créé il y a quarante ans, l’ATMO Poitou-Charentes fut l’une des premières. Depuis 15 ans, à côté des autres mesures (particules fines etc…), l’association procède à la mesure des pesticides dans l’air. A ce titre, elle détient une base documentaire très charpentée (plus de 40 000 données).

 

Qu’entend-on par pesticides ? Le terme, parfois décrié, est utilisé par l’ANSES (agence sanitaire) depuis 2010. Il regroupe quatre catégories réglementaires : les produits phyto-pharmaceutiques, les biocides, les biodicides et l’ensemble des produits antiparasitaires. Par un biais de connaissance, on a tendance à réduire les pesticides aux produits phyto-sanitaires utilisés en agriculture mais il y a aussi le collier antipuce du chat et du chien, l’acaricide du canapé, du matelas…En tout, quelques milliers de molécules. Dans les eaux et les denrées alimentaires, les agences spécialisées recherchent environ 500 à 600 molécules, dans l’air autour de 120 molécules. Ou, plus exactement, les ATMO ont recherché, depuis le début des mesures, environ 120 molécules. Mais, sur ce panel, ATMO Poitou-Charentes n’en décèle que 80. D’où une recherche bornée à 60 / 70 molécules tous les ans. Dans l’air, les molécules les plus observées appartiennent à la famille des fongicides (dont le fameux Folpel qui tient le haut du pavé dans le vignoble), dans l’eau essentiellement des herbicides (à 98 %). Il faut savoir qu’à lui seul, le glyphosate représente 20 % de la masse globale des produits phytosanitaires commercialisés.

 

Dérive et Evaporation

 

Pourquoi le pesticide se retrouve-t-il dans l’air ? Le phénome s’explique à la fois par la dérive lors de l’application et aussi par  l’évaporation. Une volatilité qui peut s’étendre sur plusieurs jours voire plusieurs semaines, à partir de la plante mais aussi du sol.  Si une forte varibalité saisonnière s’observe, tant au niveau de la concentration que de la nature des molécules, on retrouve toujours des molécules dans l’air, dans une fourchette allant de 19 molécules (le niveau le plus bas observé) jusqu’à 30. Et ce quelque que soit le site de mesure. ATMO Poitou-Charentes en gère trois, deux permanents en milieu urbain, à Poitiers et à Angoulême et un temporaire. En ce moment, ce site temporaire de mesure est positionné à La Rochelle mais de 2006 à 2012 il fut installé en zone viticole (à Juillac Le Coq et Saint Preuil).

 

Lanceur d’alerte

 

André Cicolella est toxicologue, enseignant à Sciences Po Paris. Chercheur et « lanceur d’alerte », il fut à l’origine de l’interdiction du Bisphénol A dans les biberons et du Perchloréthylène pour le nettoyage à sec. En tant que spécialiste de la santé environnementale, il fut l’un des grands témoins du colloque. Son intervention, il l’a démarrée par la projection de publicités des années 50, avec image et slogan plutôt marrants – « DDT is good for me ». Non, pas si marrant que ça. Une étude américaine portant sur une cohorte de 9 300 hommes et femmes a démontré que les fils avaient presque 10 fois plus de cancers des testicules quand leurs propres mères – dans la tranche d’âge des moins de 14 ans en 1945 –  avaient eu elles-mêmes un cancer du sein. En sachant que les personnes les plus imprégnées par le DDT – par la voie aérienne, alimentaire mais aussi dans la sphère domestique – étaient quatre fois plus concernées par le cancer du sein. « Les perturbateurs endocriniens, a-t-il dit, sont un élément de compréhension de la croissance du nombre de cancers hormonaux dépendants, sein, prostate ainsi que des lymphomes de Hodgking et  des lymphomes non Hodgkinien. Même chose pour expliquer la hausse du cancer de l’enfant, qui progresse à l’échelle européenne de 1 % par an. A ce sujet, le message ardemment défendu par André Cicolella est clair – « Face au risque, le degré d’exposition est déterminant et n’est pas le même pour tous. » Pour lui, cela ne fait aucun doute ! La grossesse et la petite enfance représentent deux pics de risque vis-à-vis des perturbateurs endocriniens. «Beaucoup de gens vivent encore sur l’idée de Paracelse qui, au 16 ème si ècle, déclarait « la dose fait le poison ». En matière de perturbateurs endocriniens, l’effet de seuil n’a pas grand sens. Même à faible dose, l’effet sera plus fort à certaines périodes critiques, en l’occurrence la grossesse et la petite enfance. » le toxicologue décrit ces petits enfants qui « ont à peu près la même vie que les animaux domestiques. Ils se traînent dans l’herbe imprégnée de pesticides, caressent le chat et son collier anti-puce et se sucent les doigts. » L’expert en santé environnementale parle du temps de latence entre l’exposition et la manifestation de la maladie, de sa rémanence (première génération, deuxième génération, troisième génération…),. Il évoque aussi « l’effet cocktail » entre perturbateurs endocriniens et « l’effet sauterelle ». C’est ainsi que du DDT et autres polluants se retrouvent dans les torrents de montagne et aux pôles. Le travail de recherche sur lequel il participe actuellement concerne la connaissance précise des périodes d’exposition nocive, sur tous les plans, environnemental, comportemental (stress…), professionnel. En est sorti le concept « Exposome », présenté l’an dernier à Marisol Touraine, ministre de la santé. « Pour comprendre l’évolution exponentielle des cancers, des maladies de la thyroïde ou du cerveau, nous devons changer notre grille de lecture» affirme le chercheur  qui n’hésite pas à dire que cette démarche « est peut-être plus importante que le décryptage du génome. » « Nous sommes en présence d’une crise sanitaire déclenchée pas les facteurs environnementaux. Ce n’est pas en cassant le thermomètre que l’on ne verra plus la température !» Il évoque ce Paris des années 1830 ravagé par une épidémie de choléra : 20 000 morts

 

Santé environnementale

 

Sur une population de 600 000 habitants. «Le préfet Poubelle a fait de la santé environnementale avant l’heure en ramassant les déchets, en traitant l’eau. Même chose avec les Loi Ferry. Le choléra a été éradiqué en France en 1895. «  Le toxicologue en tire un parallèle avec le système de santé actuel. «Les dépenses ont progressé de 65 milliards d’€ de 1994 à 2014. Nous ne pourrons pas tenir sur le long terme si l’on ne s’attaque pas aux causes. En France le Sida occasionne la mort d’une personne par jour en France quand le cancer occasionne 400 mort par jour. Face aux maladies chroniques – cancers, maladies respiratoires, diabète, obésité – nous devons enclencher la seconde révolution de la santé. » Très concrètement, son laboratoire discute par exemple avec de jeunes architectes pour prévoir la ville de 2050. «Le président Pompidou disait qu’il fallait adapter la ville à la voiture. On voit ce que cela donne : environ 40 000 morts par an. » 

 

Des risques et des solutions

 

Dans l’intitulé du colloque, figurait le terme « solutions », pour ne pas céder à l’alarmisme – « tout est foutu ma pauvre dame !» – mais aussi pour convoquer les initiatives positives. Dans ce cadre-là sont intervenus Dominique Fourré, animateur Ecophyto à la DRAAF Nouvelle Aquitaine ainsi que deux scientifiques, Carole Bedos, chargée de recherche à l’INRA Paris Grignon et Bernadette Ruelle, directrice adjointe de l’IRSTEA (sciences et technologies de l’environnement) à Montpellier Sup Agro.

C’est le règlement européen 1107/2009 du 21 octobre 2009 qui est venu poser « le cadre d’action communautaire pour parvenir à l’utilisation des pestices compatibles avec le développement durable ». En France, le Plan Ecophyto de 2011, issu du Grenelle de l’environnement, fut la traduction directe de la Directive-cadre de 2009. Il prévoit une réduction à terme de l’utilisation des pesticides. Au départ, l’objectif de réduction était fixé à 50 % à échelon 2018. Mais assez vite, le délai s’est avéré impossible à tenir. Le plan Ecophyto 2 adopté en 2015 par le gouvernement reporte la « date line » à 2025, avec un palier intermédiaire à – 25 % en 2020. Des esprits chagrins ne sont pas loin de penser  que la date sera encore repoussée. « L’agronomie et la biologie sont de gros paquebots difficiles à faire bouger. Ils présentent une grande inertie » a admis D. Fourré. C’est peut-être pour cela que les expériences de terrain mettant l’exemple en avant sont aussi importantes.

 

Le réseau Dephy

 

C’est tout l’objet du réseau Dephy, un réseau mis en place par le Ministère de l’agriculture et les acteurs locaux (Chambres d’agriculture, coopératives, CIVAM…). Objectif : grâce à un réseau de fermes de références, démonter qu’il est possible de diminuer le recours aux pesticides, tout en préservant la compétitivité économique et sociale des exploitations. Le réseau compte à ce jour 1 900 fermes de références  (sur un total de 300 000 fermes en France) mais va passer à 3 000 fermes sous Ecophyto 2, afin de démultiplier le message et accélérer les bonnes pratiques. « C’est possible » ont indiqué tour à tour Dominique Fourré et Philippe Blondeau, animateur régional du réseau Dephy à la Chambre régionale d’agriculture. Comment ? En mobilisant toute une série de leviers, déjà assez largement vulgarisées : outil d’aide à la décision, pulvérisation, adaptatin des doses, viticulture de précision, désherbage mécanique, agro-investissements, enherbement, biocontrole (confuision sexuelle etc…),, à terme variétés résistantes…. « Sans changer de méthode d’agriculture, nous pouvons arriver à diminuer les risques et protéger l’applicateur » ont dit conjointement les deux techniciens. Reste à communiquer et à convaincre. C’est le défi (sans h) qui attend le réseau dans les mois et les années qui viennent (sans trop de s aux années).

 

Emissions de pesticides

 

Carole Bedos et Bernadette Ruelle sont deux scientifiques spécialistes de l’agro-environnement. Leurs profils se ressemblent ou en tout cas se complètent. L’une – Carole Bedos – développe toute une batterie de compétences dans le domaine de l’émission de pesticides dans l’atmosphère, plus exactement sur leur degré de volatilité. Elle travaille sur les propriétés physico-chimiques des matières actives, leur potentiel de transformation en phase gazeuse, les techniques d’application selon les conditions pédoclimatiques, sol nu, couvert végétal… A AgroParisTech (INRA Paris-Grignon), son équipe de recherche s’efforce de développer des méthodes  – des codes informatiques – pour prédire les situations, procéder à des extrapolations, « déconvoluer » les choses. Bernadette Ruelle, elle, est basée à Monptellier SupAgro. Sa spécialité ! L’éco-technologie, autrement dit la mise au point d’équipements pour une agriculture plus durable. Ses travaux portent sur l’optimisation de la pulvérisation sur vigne et notamment sur la taille des gouttelettes, pour limiter les dérives lors de l’application. Plus les gouttelettes sont fines, plus elles ont tendance à partir dans l’environnement. Mais plus elles sont grosses, plus elles tombent et ruisellent sur les feuilles (en sachant que beaucoup de produits sont des pénétrants). Avec l’ITV, l’ISTREA a développé une vigne artificielle pour tester les différents types de buses et, plus généralement, tenter d’y voir plus clair  « dans le maquis de la pulvérisation ».

 

Des pertes de 30 à 40% 

 

En situation « normale » – sans précaution particulière – il a été observé qu’en début de végétation, seulement 20 à 30 % de la pulvérisation atteignait sa cible, 40 % partaient vers le sol et 30 à 40 % vers l’atmosphère. En pleine végétation, 50 à 60 % de la pulvérisation atteint sa cible, 10 % va au sol et toujours 30 à 40 % part vers l’atmosphère. La préconisation !  En début de végétation – là où la dérive est la plus grande – utiliser des matériels confinés et des buses  à injection d’air tandis que la buse classique (gouttelette fine) pourra s’avérer plus opportune en pleine végétation.  « Mais, aujourd’hui combien de pulvérisateurs sont équipées de buses à injection ?» s’est interrogé la scientifique qui a rappelé l’importance  de l’hygrométrie et du vent en matière de dispersion (seuil réglementaire des 19 km heure). Elle aussi est revenue sur l’importance de modéliser les phénomènes. « En matière de dérive par exemple, nous devons simplifier les protocoles pour procéder à des mesures standardisées et répétitives. C’est à ce prix que nous pourrons bien comprendre les mécanismes et bien conseiller les agriculteurs. »

Les politiques se sont dépacés à ces Journées de l’air et des pesticides : deux anciennes ministres de l’environnement, Corinne Lepage et Delphine Batho, le président de la grande région « Nouvelle Aquitaine » Alain Rousset…Invitée le second jour du colloque, Delphine Batho n’a pas maché ses mots – « Tout le monde sait au sujet des perturbateurs endocriniens. Face à cela, que constatons-nous ? L’indigence des décisions gouvernementales, l’inertie de l’Europe, le poids des lobbys qui gravitent autour du monde agricole. Je ne suis pas en train de dire qu’il faut arrêter les mesures mais le temps est peut-être venu de rentrer dans le vif du sujet. Les études, c’est bien mais une fois que l’on sait, il faut agir, au nom de notre qualité de vie mais aussi au nom des générations futures. Il faut penser à elles ainsi qu’aux professionnels qui utilisent ces pesticides. On les stigmatise mais les premiers exposés, ce sont eux. » 

Paul François, président de Phytovictimes, assistait à la conférence. Il y a pris la parole et son intervention fut tout son anodine, comme voir encadré). Elle a touché à l’essentiel.

 

Pourquoi les pesticides sont dangereux pour la santé ?

Pour faire bref, les pesticides (ou autres substances chimiques comme les émanations d’incinérateurs par exemple) sont fortement suspectés de produire  des effets mutagènes sur les hormones. C’est pour cela que l’on appelle ces produits des « perturbateurs endocriniens » (du système endocrinien). Pourquoi est-ce dangereux ? Parce que ce sont les hormones produites par le système endocrinien – thyroïde, pancréas, ovaires – qui transmettent les messages aux chromosomes, eux-mêmes à la base des cellules du corps. Si des substances bloquent l’action des hormones naturelles, celles-ci ne peuvent plus agir correctement. Elles délivrent un message erroné aux chromosomes. Conséquence : ces  chromosomes produisent des molécules anormales en plus grand nombre. Dans ces conditions, le système immunitaire – les anticorps que chacun possède par dizaine de milliers – a beaucoup plus de mal à faire son travail. Car si tous les jours le système immunitaire élimine des molécules anormales (sa fonction réparatrice), quand le nombre de ces molécules anormales augmente, le système immunitaire n’est plus en mesure de réparer les chromosomes cassés et autres anomalies cellulaires. D’où des troubles physiologiques ou métaboliques (cancers, obésité, diabète…)

 

Produits phytosanitaires : les grands absents

 

Et si les produits phytosanitaires  faisaient partis des grands oubliés de l’histoire ? On les utilise en silence et, quand on en parle, c’est pour dire qu’il faut en utiliser moins. Mais quid du degré de dangerosité des matières actives, de l’existence – ou non – de recherches sur des principes actifs pouvant présenter moins de risque pour la santé ? Tout se passe comme si les effets indésirables des pesticides étaient intégrés et que seul prévalait un raisonnement binaire : recourir ou ne pas recourir à des produits chimiques.

 

C’est juste un constat. Quand les experts citent les leviers d’actions en faveur de la nature et des hommes (applicateurs, riverains), jamais un mot n’est prononcé sur les produits sanitaires eux-mêmes, comme si les effets indésirables sur la santé constituaient un présupposé. Le poids des groupes phytosanitaires est-il à ce point  fort qu’il n’est pas possible d’interroger la recherche ? Quelle part cette même recherche accorde-t-elle à la composante santé ?  De nouveaux produits sortent-ils en grande culture, en viticulture et quelles tendances affichent-ils ? Plus risqués, moins risqués pour la santé humaine et l’environnement ? Questions sans réponse mais surtout questions que les personnes « autorisées » ne posent pas. C’est peut-être cela le plus étrange

Juste pour poser les éléments du décor, quelques définitions :

Pesticides : c’est un terme générique dérivé des termes latins « caedere » (tuer) et « pestis » (fléau). Intégré à la langue anglaise dès les années 40, il a rejoint la lexicographie française à la fin des années 50. Pour les Nations Unis et sa branche FAO (Food and Agriculture Organization), le terme pesticide recouvre « toute substance ou associations de substances destinées à repousser, détruire ou combattre les ravageurs ( ) et les espèces indésirables de plantes ou d’animaux causant des dommages (  ). »

Cibles et modes d’action des pesticides à usage agricole : Selon leurs cibles principales, les pesticides peuvent être classés en trois catégories : les herbicides, qui luttent contre les plantes adventices des cultures ; les fongicides, qui luttent contre les champignons pathogènes ; les insecticides, qui luttent contre les insectes nuisibles. Leurs modes d’action sont très variables. Les insecticides peuvent agir sur le système nerveux (inhibition de l’acétylcholinestérase, ouverture du canal sodium…), la respiration cellulaire (inhibition du transport des électrons dans la mitochondrie…), la mise en place de la cuticule…Les fongicides, eux, peuvent agir sur les processus respiratoires cellulaires, le métabolisme des glucides, la biosynthèse des protéines, la division cellulaire…Enfin les herbicides sont susceptibles d’agir sur la synthèse des acides aminés, les lipides ou affecter la photosynthèse.

Ces substances interviennent de différentes manières : par contact (sur les parasites cibles), par ingestion, pression de vapeur, piège (confusion sexuelle par phéromone)…

Aux substances actives s’ajoutent d’autres composés : tensioactif, émulionnant et/ou mouillant, solvant, stabilisant, anti-moussant, conservateur…qui peuvent posséder leur propre toxicité et/ou interférer avec les substances actives.

Autorisation de mise sur le marché : Chaque substance active fait l’objet d’une procédure d’homologation et d’une autorisation de mise sur le marché. C’est l’Etat qui s’en occupe, sous la tutelle européenne (Règlement (CE) n°1107/2009). Incidence sur la santé humaine, devenir et comportement dans l’environnement, écotoxicologie….Pour l’humain, la toxicité de la substance est détaillée selon les risques aïgus, chroniques, d’irritation et de sensibilisation. Les informations potentiellement disponibles sont la DL 50 * pour le risque de toxicité aïgue, la DJA pour le risque de toxicité chronique. L’écotoxicité peut être décrite selon la présence d’un symbole de danger N (dangereux pour l’environnement). Depuis 1961, l’Acta (Association de coordination technique agricole) édite chaque année un index phytosanitaire. Il décrit toutes les substances actives commercailisées pour un usage agricole ainsi que les spécialités commerciales contenant ces substances actives. On peut comparer le guide Acta au dictionnaire Vidal des médecins.

(1) DL (Dose Létale) : Quantité de substances qui, administrée à des animaux de laboratoire, entraîne la mort. Elle est généralement exprimée en milligramme par kg de poids corporel- Ex : DL 50 : dose entraînant 50 % de mortalité.
(2) DJA (Dose journalière admissible : Quantité de substances qu’un être humain peut absorbée quotidiennement sa vie durant, sans effet néfaste pour sa santé. Elle est exprimée en milligramme par kg de poids corporel et par jour.
Sources : informations relevées sur des publications de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), de l’InVS (Institut de veille sanitaire).

 

 Réseau Dephy : Des fermes de référence pour la viticulture charentaise


Réduire l’usage des pesticides, expérimenter, essaimer, changer les pratiques…C’est le projet du réseau des fermes Dephy mis en place en 2012, dans le sillage du plan Ecophyto.


 Dans le périmètre de l’ex région Poitou-Charentes, le réseau Dephy compte, toutes filières confondues, 118 fermes pilotes, réparties en douze réseaux régionaux. Pour sa part, le vignoble charentais en possède trois, animés respectivement par les deux Chambre d’agriculture 16 et 17 et la coopérative Océalia (ex Charentes Alliance). Ces trois réseaux recouvrent 32 exploitations viticoles « pures », 4 vignobles de maisons de négoce et 3 vignobles de Lycées agricoles. Quels critères déterminent le choix de ces exploitations? Cela s’est fait sur la base du volontariat mais aussi selone l’enjeu en eau des territoires, du type de sol, des productions (Cognac, Pineau, Vins de pays, Vins de base).


Le projet de Plateforme Ecoviti Charentes-Cognac (l’autre nom du réseau Dephy en zone viticole charentaise) consiste à « expérimenter, expertiser, évaluer les systèmes de production viticole à faible niveau d’intrants phyto. » De quelle manière ? En testant les fameux leviers techniques maintes fois cités : outils d’aide à la décision, adaptation des doses, utilisation raisonnée des herbicides, désherbage mécanique, biocontrôle…Ce travail, effectué avec le concours de l’IFV, de la Station viticole du BNIC, a vocation à être partagé avec le plus grand nombre de viticulteurs. A vrai dire, la dimension communication constitue même la finalité première du projet. Tous les ans, chaque réseau a vocation à réaliser au moins deux actions de communication à destination des autres viticulteurs. Pourtant, il faut bien avouer que cette partie-là se cherche encore un peu. Pour plusieurs raisons : le temps incompressible de l’expérimentation avant la restitution ; le  passage sous la bannière de la Nouvelle Aquitaine, qui va se traduire par un nouvel arbitrage des projets collectifs à développer ; et une année 2016 qui correspond à une phase de renouvellement des engagements « fermes Dephy ». Concernant les projets collectifs « Viticulture charentaise », on sait que deux thèmes tiennent la corde : l’entretien des sols viticoles et l’utilisation de produits de biocontrôle pour lutter contre les maladies fongiques.


C’est Philippe Blondeau qui, au niveau de la Chambre régionale d’Agriculture de Niort, assure l’animation des 12 réseaux régionaux. Au plan viticole, les référants sont Anne-Lise Martin (Chambre 16), Lætitia Caillaud (Chambre 17), Sylvie Liaigre (Océalia) et Lionel Dumas-Lattaque qui, pour Dephy Ecophyto, assure les fonctions d’ingénieur territorial Grand-Ouest (Dordogne etc…).


Le réseau Dephy Poitou-Charentes édite régulièrement des lettres d’information. L’une d’entre elles, de septembre 2015, vise les actions en viticulture. Pour la retrouver, le chemin est un peu compliqué mais on y arrive. Le résultat en vaut la peine. Témoignages à l’appui, la lettre répercute l’idée générale du réseau Dephy.


Site : www.reduction-pesticides-poitou-charentes.fr (Portail d’information sur les pesticides) – A droite de l’écran Lettre d’info – Lettre Ecophyto en Poitou-Charentes n°14 septembre 2015 – Actions du Plan Ecophyto en Poitou-Charentes – Dephy viticulture charentaise – Zoom sur les premiers résultats – En savoir plus – Brochure – Cliquer sur Pdf.

 


   Paul François :  A corps et haker


Paul François a eu son corps abîmé par une intoxication aux pesticides, après avoir inhalé du Lasso, un herbicide de Mosanto. Dans son genre, c’est aussi un haker, une sorte de pirate qui eut l’audace  de s’attaquer de l’intérieur à un énorme système. Et un homme de cœur.


 Son histoire – « J’ai 52 ans. J’exploite 140 ha de céréales en Nord-Charente et j’en gère à côté 160 ha. Je travaille donc à grande échelle. En 2004, j’ai été gravement intoxiqué après avoir inhalé du Lasso. J’avais voulu vérifier le nettoyage de la cuve du pulvérisateur. Ma vie a été remise en question. J’ai fait cinq mois d’hospitalisation et deux fois mon  pronostic vital a été engagé. Même si cela ne se voit pas, j’ai des lésions au cerveau et mon espérance de vie n’est pas immense. J’ai 40 % d’invalidité, une reconnaissance durement acquise. Il a fallu quatre ans de combat auprès de la MSA pour que mon accident soit reconnu comme maladie professionnelle. Si je sais aujourd’hui de quoi est constitué le Lasso, j’ai appris à mes dépens que 7 % de sa formulation avait été gardée secrète depuis son autorisation de mise sur le marché, en 1967 (le Lasso a été interdit en France en 2007 NDLR) ». 


Agropharmacie – « On stigmatise  le monde agricole qui utilise des pesticides. Mais pourquoi en est-on arrivé là ? Souvenons-nous, dans les années 50, du Plan Marshall, de la conquête de l’autosuffisance alimentaire, de l’exode rural pour aller gonfler les rangs de l’industrie. C’est la société tout entière qui est responsable de la montée de la chimie dans notre monde. Les agriculteurs en sont les premières victimes. » 


Exposition – « La tendance est de considérer que ce sont les générations de nos parents voire de nos grands-parents qui furent les plus exposées. Je ne le pense pas. Personnellement, j’ai traité depuis l’âge de 16 ans et jusqu’à mon accident, quand j’avais 42 ans. J’ai utilsé toutes sortes de substances, notamment en association, avec ce fameux « effet cocktail » dont on parle aujourd’hui. »


Ecophyto – « Une chose me surprend toujours, que la méthode pour baisser de 30 % les pesticides semble si difficile à trouver. Il y a 20 ou 25 ans, avec un groupe d’agriculteurs de ma région, nous étions déjà à 30 ou 40 % d’économie de dose. A l’époque, je me souviens que les officiels nous riaient au nez en nous traitant d’hurluberlus. »


Procès – « Mon garçon, tu craches dans la soupe ».  C’est ce que m’a dit mon père quand il a appris mon intention d’intenter un procès à Mosanto. Je lui ai répondu qu’en le faisant, j’étais fidèle aux valeurs qu’il m’avait inculqué. Finalement, je crois qu’il l’a admis. Il est décédé quinze jours après le procès, à l’âge de 88 ans. Si c’était à refaire, je ne sais pas si je mènerai un tel combat. C’est très dur de s’attaquer à une telle puissance. »


Polémique – « Sur les réseaux sociaux, je lis des choses du genre – « Paul François a mené sa bataille pour l’argent ». C’est franchement écœurant. Condamné en appel, Mosanto a porté l’affaire en Cassation. Il ne m’a pas versé un cents. Aujourd’hui ne n’ai pas fini de payer la procédure. J’en suis pour plus de 40 000 € de ma poche. Je peux le dire très clairement. Je serai sans doute moins fier de moi si j’avais accepté les arrangements que Mosanto me proposait. »


Une autre agriculture – «Je suis agriculteur et je sais les difficultés à se passer de pesticides. Pourtant je m’étais dit – « Quand tu auras terminé ton combat contre Mosanto, tu passeras à une autre agriculture. » Le combat n’est pas terminé mais la maladie se rappelle à moi  plus vite que prévu et  je le fais aussi pour mes deux filles. Je convertis en bio 100 ha de céréales. Je suis en seconde année de conversion. Même en Agriculture biologique, nous avons besoin de molécules propres. A tort ou à raison, je suis tenté de faire confiance aux firmes pour qu’elles orientent leurs recherches dans ce sens. »


Phyto-victimes – « Nous avons créé cette association en 2011, à Ruffec. A ce jour, l’association a reçu environ 250 dossiers de victimes, de toute la France. Nous avons obtenu des ministres de l’agriculture Bruno Le Maire puis Stéphane Le Foll, la reconnaissance de certaines maladies professionnelles liées à l’exposition de produits phytosanitaires. C’est le cas récemment du lymphome non hodgkinien. C’est une chose d’être malade, une autre que la souffrance soit aggravée par des difficultés financières. Nous avons suffisamment cotisé à la MSA pour être pris en charge.


Ce qui le met en colère – « Il y a quelques jours, j’ai rencontré les élèves d’un lycée agricole. Sur un effectif de 60, ils étaient 20 élèves de moins de 18 ans à avoir déjà traité. Et bien, sur ces 20 jeunes, deux prenaient des précautions en mettant des gants. Bon sang, comment est-ce encore possible ! Une autre chose m’exaspère. L’ANSES, l’agence nationale de sécurité sanitaire vient encore de repousser la sortie de son rapport sur les pesticides. Je l’ai dit au nouveau directeur. Je trouve tout simplement inadmissible que ce rapport ne sorte pas. »

 

 

 

Charentes – Référentiel Viticulture durable : Une démarche de certification progressive

 

 

 

L’interprofession du Cognac et son département technique, la Station Viticole, n’ont pas commencé à communiquer dessus. Mais certaines maisons et coopératives associées s’en sont déjà faites l’écho). Qu’est-ce que le référentiel viticulture durable ?

 

 

 

On annonce sa présentation officielle en septembre prochain, avant les vendanges. Pour l’instant, les techniciens de la Station viticole du BNIC sont en train d’en rédiger le contenu, en collaboration avec les membres de l’interprofession. Un travail assez lourd. Quelle est la finalité d’un tel document ? Enclencher, dans le domaine environnemental, une démarche de certification progressive. Un sujet dont se sont emparées à peu près en même temps toutes les grosses interprofessions viticoles  : Champagne, Bordeaux, Cognac…Si l’interprofession bordelaise est partie sur un système Iso 14 000 (audit des entreprises),  Champagne et Cognac privilégient la norme HVE (Haute valeur environnementale), la certification environnementale soutenue par l’Etat pour les exploitations agricoles. Cette certification se décline en trois niveaux – niveau 1, niveau 2, niveau 3. Le niveau 1 correspond au simple respect des règles environnementales existantes alors que le niveau 3 (HVE niveau 3) est celui de la certification. Sur le même modèle, le label « Viticulture durable Charentes » (le nom n’est pas définitif) vise lui aussi une certification par niveau mais en l’adaptant au contexte viticole charentais. Ainsi, seules les vignes sont concernées et non l’ensemble de l’exploitation agricole.

 

Comment ça marche ? Le système se base sur des fiches d’autodiagnostique qui permettent de noter la performance environnementale des exploitations dans le domaine de la production viticole. Ces fiches constituent la porte d’entrée dans le dispositif. En ce moment, des discussions existent pour savoir quel nombre de points il faudrait cumuler pour obtenir les niveaux 1, 2, 3. « Tout cela, dit-on,  est en train de se « caler ». » L’idée ! « Que la porte soit la plus large possible pour que le maximum de viticulteurs pénètrent dans le dispositif. » La démarche sera volontaire mais on peut facilement imaginer que les maisons de négoce – dont les principales – l’encouragent fortement.

 

Circonscrit aujourd’hui aux vignes, le référentiel Viticulture durable Charentes englobera-t-il un jour les chais, les distilleries ? Même si cela paraît assez probable, la réponse reste encore  en pointillé. « Tout le monde n’est pas d’accord ».

 

 

 

 

 

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