UCVA – Distillation de marcs et lies

21 mai 2010

Bons résultats financiers pour la coopérative de distillation UCVA au cours d’un exercice 2008-2099 qui correspondait pourtant à l’entrée en application de la nouvelle OCM viticole. Mais cette performance ne présume en rien de l’avenir. Après 2013, fin annoncée de l’OCM actuelle, l’incertitude règne, plus que jamais.

ucva.jpgC’est un peu une victoire à la Pyrhus, en tout cas une victoire fragile, qui contient en elle-même les germes d’un danger annoncé. Ses bons résultats, la coopérative de distillation les doit avant tout à la non-rémunération des apports des adhérents – elle n’y est pour rien, c’est Bruxelles qui l’a décidé – ainsi qu’aux subventions européennes à la collecte et à la transformation des marcs et lies, accordées par la France sur fonds communautaires. Certes, par sa gestion rigoureuse, l’entreprise de distillation a également participé à ces bons résultats. Comme à son habitude, elle n’a rien laissé filer. Elle a récupéré au maximum les « jus », valoriser à 100 % les co-produits, travaillé au corps les économies d’énergie…Mieux que beaucoup d’autres sans doute, la distillerie sera donc rentrée dans le « business plan » bâti pour et avec la filière des prestations viniques. Mais la partie la plus significative de ses résultats tient quand même à des critères éminemment « volatils », révisables et/ou révocables à partir de 2013, fin annoncée de l’actuelle OCM. D’où la satisfaction « mi-figue mi-raisin » des responsables de la coopérative. Ils n’ignorent pas que l’activité de distillation des sous-produits de la vinification est loin d’être tirée d’affaire. François Machenaud, l’excellent expert-comptable de la structure, à qui rien n’échappe, l’a dit très clairement. « Une grande partie de votre chiffre d’affaires dépend des subventions. Si ces aides venaient à être supprimées, votre résultat serait exactement inversé. » D’où l’appel lancé aux viticulteurs par Hubert Brunereau, président de la structure. « Les distilleries sont un outil au service de la viticulture. Pour éviter que disparaisse le cœur de métier de l’UCVA – le traitement des prestations viniques – il est indispensable de solliciter la solidarité de tous les agents économiques concernés. »

un chiffre d’affaires en baisse

Dans l’ancienne OCM, l’aide se matérialisait par un soutien au prix de vente de l’alcool. Aujourd’hui, les distilleries se portent seules sur le marché de l’alcool, avec des prix de marché qui sont ce qu’ils sont. Même si elles ne rémunèrent pas la matière première aux viticulteurs, la différence « ne fait pas le compte » ; d’autant plus que, selon les règles comptables, les subventions au transport et à la collecte ne rentrent pas dans les recettes. Conséquence : d’un exercice à l’autre, le chiffre d’affaires de la coopérative UCVA a fondu « comme neige au soleil ». Il est passé de 12,4 millions d’€ à 4,8 millions d’€. En 2007-2008, les ventes d’alcool (y compris le soutien aux prix de FAM) avaient dégagé un chiffre d’affaires de 9,8 millions d’€. En 2008-2009, cette somme est retombée à 2,35 millions d’€. Pour refléter cependant la véritable consistance financière de l’entreprise, il faut rajouter à ce montant les subventions d’exploitation européennes (aides à la collecte et à la transformation), pour une somme de 3,072 millions d’€. Ainsi, sur le dernier exercice, face à un cumul de charges de 5,4 millions d’€, la coopérative de Coutras a vu le total de ses contributions s’élever à 6,866 millions d’€, réparties de la façon suivante : 28 % pour les ventes d’alcool, 10 % pour les produits tartriques, 18 % pour les autres coproduits (tartrate, pépin, pulpe, biogaz…), 44 % pour les subventions. L’exercice s’est conclu sur un résultat courant excédentaire d’1,4 million d’€, qui se classe parmi les très bons scores réalisés par la coopérative. A noter toutefois le poids des subventions, qui représentent presque la moitié des contributions financières. Un « talon d’Achille » difficile à passer sous silence. Une autre évolution significative concerne les coproduits. D’année en année, leur part ne cesse de grandir.

Dans la mesure où elle n’a pas l’autorisation de rémunérer les marcs et les lies, la coopérative n’a pas procédé au versement de ristournes à ses adhérents. « Cette démarche n’apparaissait pas opportune dans le contexte réglementaire actuel. » Elle leur a juste servi de petites indemnités destinées à compenser les frais d’acheminement des marcs jusqu’aux plates-formes de collecte.

« financer le devenir de l’ucva »

En fin d’année, le fonds de roulement de la coopérative atteignait 9,158 millions d’€, en augmentation de 57 000 € par rapport à l’an passé. Cette ressource d’auto-financement, le président Brunereau la voit comme le moyen de « financer le devenir de l’UCVA, dans une perspective hautement aléatoire ». Cette volonté de se prémunir contre les aléas du futur a déjà conduit le « groupe » UCVA à investir dans l’aval. Depuis 2006, la coopérative a pris le contrôle de l’UFAB, l’élaborateur de brandies installé à Vauvert, dans le Midi. Avec leurs collègues des distilleries privées, les distilleries coopératives ont mis sur pied la sica Résinor. La structure produit et commercialise l’huile de pépins de raisin via les Grandes Huileries Métropolitaines Mediaco mais aussi l’alcool destiné à la carburation (l’alcool de marcs), à travers sa branche alcool.

Gagner plus, c’est bien, dépenser moins, ce n’est pas mal non plus. Les gages de pérennité, la coopérative de distillation les recherchent aussi dans les économies d’énergie. Jusqu’à présent, sa chaudière de production de vapeur destinée à alimenter les colonnes de distillation fonctionnait au biogaz (produit par les méthaniseurs) mais aussi au gaz naturel. Chaque année, l’entreprise acquittait une facture d’environ
800 000 €. Elle vient de passer commande d’une chaudière italienne poly-combustible capable de brûler la biomasse solide, en l’occurrence la pulpe de raisin. En plus du biogaz, 5 000 tonnes de pulpes de raisin assureront la totale autonomie énergétique de l’usine. Il s’agit d’un investissement lourd. A elle seule, la chaudière vaut 3 millions d’€ et les installations périphériques entre 3,5 et 4 millions d’€. En tout, le dossier représente donc un budget de 8 millions d’€. Il sera aidé par l’ADEME (l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) à hauteur de 3,2 millions d’€. Hubert Brunereau a indiqué que la chaudière serait normalement mise en route le 1er septembre 2011. Aux riverains, il a annoncé de gros convois exceptionnels. « Vous allez voir passer des mastodontes. Certains éléments pèsent plus de 40 tonnes. La chambre de combustion par exemple est énorme, surdimensonnée. » Si la technologie des chaudières poly-combustible existe depuis de longues années – les premières ont fait leur apparition en 1981 – elles ne sont vraiment au point que depuis 7-8 ans et ne fonctionnent véritablement que depuis deux ans. La difficulté tient à brûler des marcs humides.

un tonnage « normal »

Avec une production d’alcool de 40 098 hl AP, 2008-2009 faisait figure de toute petite campagne, faiblesse de la récolte oblige. La récolte 2009 renoue avec la normalité. Sur la base d’un tonnage de marcs de 88 800 tonnes, la coopérative devrait retrouver son volume habituel de distillation de marcs, aux alentours de 60 000 hl AP. Les quantités de DPLC restent peu importantes. Quant aux volumes de vins Charentes article 28, ils ont totalement disparu depuis la campagne 2008-2009, année d’entrée en application de la nouvelle OCM. Auparavant, ils équivalaient à l’apport moyen de 170 000 hl vol. par campagne. « C’est une perte sèche pour nous » a relevé Jean-Michel Letourneau.

Président du groupement d’apporteurs du Mirambolais, Raymond Bossis a posé la question de confiance : « Y a-t-il une obligation de livrer ses marcs à une distillerie ? » Réponse des intéressés : « Jusqu’à la prochaine OCM, il y a effectivement obligation de porter la totalité des sous-produits aux distilleries. » J.-M. Létourneau a poursuivi : « Ceux qui souhaiteraient s’y soustraire doivent faire une déclaration à FranceAgriMer, en demandant une dérogation pour avoir le droit d’épandre. Mais quel intérêt auraient-ils à le faire ? Notre but, ici, à l’UCVA, est que la distillation ne coûte rien à nos adhérents. Nous y parvenons, en concédant même une petite indemnité pour compenser l’effort de porter les marcs à la plate-forme. Et il y a de fortes chances qu’il en aille de même les autres années. Dans ces conditions, pourquoi réfléchir à d’autres solutions ? Epandre des marcs sur un terrain n’est jamais un acte anodin. Un plan d’épandage est nécessaire, en sachant que la réglementation évolue et que, malheureusement, les coûts évoluent aussi. » Dans son intervention, Frédéric Pellenc, directeur de la FNDCV, a insisté sur l’intérêt à disposer d’un outil coopératif dont on pouvait maîtriser les coûts. « Demain, des groupes spécialisés dans le traitement des déchets pourront s’intéresser à la récupération de la biomasse. Mais ils le feront dans un tout autre état d’esprit. On sera alors obligé de passer sous leurs fourches caudines, sans aucun moyen de contrôle. » Avant de dresser le bilan de la première application de l’OCM vin, « qui s’est traduite par une profonde révolution de notre secteur », F. Pellenc a souhaité remercier le sénateur Gérard César, présent à l’assemblée générale de l’UCVA. « Je vous remercie de l’appui très important que vous avez témoigné à nos entreprises, lors des discussions préalables à la réforme de l’OCM vin. » (Au titre de la FNDCV, F. Pellenc avait produit un mémorandum présentant l’économie du secteur des distilleries vinicoles. Ce rapport, très détaillé, a largement circulé parmi les politiques. Il a servi d’argumentaire et d’aide à la décision, en France comme à l’échelon européen – NDLR).

Globalement, le « modèle économique » destiné à soutenir financièrement les distilleries vinicoles a plutôt bien fonctionné. Il a permis d’équilibrer les comptes dans nombre de situations. Le prouvent les chiffres de l’UCVA, même s’ils ne sont pas forcément représentatifs de la généralité des distilleries. Frédéric Pellenc a toutefois signalé un problème, pour les distilleries installées dans les zones d’AOP blanc. Ces zones de blanc souffrent d’un handicap structurel. En cause, la moindre richesse alcoolique des marcs, un rendement en tartrate plus faible ainsi qu’un coût de dépollution plus élevé. Ainsi, les distillerie travaillant essentiellement en blanc éprouvent de grandes difficultés à boucler leur budget. Au plan national, il a été demandé que, dans ces zones de blanc, le taux de livraison des prestations viniques passent de 7 à 10 %. Ainsi le niveau des aides serait requalifié d’autant. Au plan communautaire cette fois, il est également demandé que le niveau d’aide à la collecte et à la transformation, aujourd’hui calibré sur un prix de vente de l’alcool à la carburation de 40 € l’hl AP soit indexé sur le prix du bio-éthanol, à la hausse comme à la baisse. Ces requêtes illustrent bien l’équilibre très précaire sur lequel surfe le secteur des distilleries. Faut-il pour autant « arrêter de respirer » ? Ce n’est pas le parti pris retenu par l’UCVA et son président Hubert Brunereau : « Certes, la visibilité est faible. Mais des décisions doivent être prises quand même. Il faut avancer. »

UFAB : la filiale brandy de l’UCVA
Dans l’univers des distilleries vinicoles coopératives, l’UFAB incarne, en tant qu’élaborateur de brandies, la branche « alcool de bouche ».
Sur l’exercice 2008-2009, l’UFAB aura commercialisé 67 000 hl AP, un volume plutôt en deçà de l’activité normale de l’entreprise, compte tenu de certains décalages de retiraison, au-delà du 31 août. Comme le Cognac, le brandy a pâti de la crise mondiale. Sur le grand export, le manque de liquidité financière a largement pénalisé l’activité. Jean-Marc Crouzet, le jeune directeur général de la structure, parle de l’année 2009 comme d’une année « mitigée » partagée entre un premier semestre très difficile et un second semestre où s’amorçaient quelques frémissements de redémarrage, surtout à partir de septembre-octobre. Des concrétisations sont venues des pays de l’Est et des Etats-Unis.
Entre pays producteurs de brandies, le climat concurrentiel reste difficile. Au travers de l’OCM, Espagne et Italie ont pris le parti d’aider les alcools de bouche, au détriment même des producteurs de vin. Option différente en France, qui n’a pas retenu l’idée d’aides directes. Le soutien au secteur passe par l’autorisation de fabriquer des eaux-de-vie de vin à partir des lies. A noter cependant que les lies des Charentes sont exclues de la mesure. Elles ne peuvent produire que des biocarburants, vendus 30 € l’hl AP.
Installée à Vauvert, près de Nîmes, dans le Gard, l’UFAB possède un parc de stockage sous bois de 90 000 hl. Dans le plan d’investissement de l’entreprise, figure l’élargissement de la cuverie inox, afin de travailler plus facilement par lots. Est ainsi prévue la réalisation d’une première tranche de 5 000 hl au printemps puis d’une seconde tranche de 13 000 hl. Un autre projet, tout aussi important, va consister à construire bureaux, laboratoire ainsi que des locaux commerciaux pour accueillir les clients.

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