UGVC – Interview de Stéphane Roy : retour sur une présidence de 3 ans

29 juin 2017

De Juin 2014 au 1er juin de cette année, Stéphane Roy a présidé le syndicat viticole UGVC après en avoir été le secrétaire général pendant les trois années précédentes. Sur la mandature qui s’ouvre (2017 – 2020) il n’a pas souhaité se représenter à la tête du syndicat sans pour autant renoncer à participer à la vie syndicale. Son mandat de président, il l’a incarné pleinement, avec ses convictions, sa manière d’être, son sens des priorités et du calendrier. Retour sur trois années d’engagement et échappées libres vers un futur sur lequel il compte bien interagir.

 

Pourquoi avoir décidé de ne pas vous représenter ?

 

Etre à la tête de l’UGVC pendant trois années vous fait griller un peu d’énergie. Je n’avais peut-être plus la même motivation pour m’impliquer comme nécessaire. J’ai préféré me mettre en retrait. Mais je n’abandonne pas le syndicat. Je souhaite rester au bureau et conserver des dossiers qui me tiennent à cœur comme le Business plan, qu’il va falloir faire vivre ou encore celui des aléas climatiques et, plus globalement, la problématique du vignoble en lien avec le développement durable. Un sujet absolument central me semble-t-il. A titre personnel, avoir été président de l’UGVC fut un honneur. J’ai appris énormément durant ces trois années. Je remercie les viticulteurs qui m’ont donné l’opportunité d’apporter ma petite pierre à l’édifice et je suis reconnaissant envers le conseil d’administration qui fut courageux et aussi visionnaire. Je voudrais lui exprimer toute ma gratitude. Les décisions n’ont pas toujours été faciles à prendre ni  à expliquer. Elles ont fait « râler » parfois, tant sur le niveau de rendement que sur le calibrage des contingents des plantations. En 2014 / 2015 par exemple, le volume de rendement Cognac était bien supérieur aux besoins. Mais je persiste à penser que c’était la bonne décision. C’eut été une grosse erreur que de casser la dynamique du vignoble. On s’en mordrait les doigts aujourd’hui. Merci au conseil d’administration pour son soutien. Le nouveau président de l’UGVC pourra compter sur moi pour l’épauler dans sa tâche.

 

Si l’on revient sur ces trois ans, de quoi êtes-vous le plus fier ?

 

Je ne sais pas si l’on peut parler de fierté mais je suis heureux de constater que le syndicat fonctionne sans subvention. Son budget, d’environ 600 000 €, est uniquement alimenté par les cotisations des adhérents. Cela confère une totale liberté pour aborder tous les sujets. En cela, j’ai poursuivi le travail initié par Christophe Forget lors de son précédent mandat de président. Je pense pouvoir dire que la représentation viticole a évolué favorablement. Aujourd’hui, dans la gestion de cette région, l’UGVC assure vraiment un rôle de co-leadership avec le négoce. C’est très important. Le fait d’être acteur du pilotage créé, dans le vignoble, une confiance pour l’avenir.

 

Pouvez-vous nous donner des exemples concrets ?

 

Au cours de cette mandature, nous avons souhaité professionnaliser le travail des élus. A cette fin, nous avons obtenu du BNIC que dans chaque commission, à côté des administrateurs, siège un membre de l’équipe de l’UGVC, afin d’assurer un suivi des dossiers en amont. Conséquence ! Aujourd’hui BNIC et UGVC fonctionnent de manière bien plus proche et gagnent ainsi en efficacité opérationnelle. La mise en place de services structurés était notre volonté de départ. Nous l’avons fait. Mais je pense que le visage du syndicat va encore évoluer vers plus de spécialisation des équipes. Des pôles vont être créés, chapeautés par Alexandre (Imbert), Emilie (Chapalain), Lubomira (Chinkov).  L’objectif est qu’en cas de coup de bourre, le fonctionnement global du syndicat ne soit pas mis en péril. Je me réjouis de la sortie de notre magazine Unic. Il participe au rayonnement du syndicat. Le congrès de la CNAOC, que nous avons organisé à Cognac l’an dernier, a également grandement participé au rayonnement de la viticulture charentaise auprès des autres régions viticoles. Aurions-nous pu obtenir un règlement des transferts sans le soutien de nos collègues vignerons ? Je ne le pense pas. A ce sujet, je salue le recrutement d’Alexandre qui nous a apporté son réseau national, sa connaissance des rouages de la CNAOC, de son relais européen l’EFOW mais également de la représentation à Bruxelles du Copa-Cogeca. Tous ces retours d’informations furent précieux lors de l’épisode des transferts. Enfin, au niveau juridique, le syndicat aide puissamment les viticulteurs, tant au niveau du Plan collectif de restructuration que des dossiers d’aides FranceAgriMer. Vu la complexité des démarches, je crois que c’est très important pour la viticulture.

 

Les équipes du syndicat furent toujours un peu à l’étroit dans leurs bureaux. Les choses s’améliorent-elles ?

 

La coopérative Alliance Fine Champagne, qui possède les bâtiments de la Maison des viticulteurs a bien voulu nous concéder la totalité de l’étage, à l’exception d’un petit bureau réservé à son président, Christophe Forget. Nous l’en remercions. D’un point de vue budgétaire, les conditions sont bien plus favorables que tout ce que nous aurions pu trouver ailleurs. C’est un vrai avantage pour notre syndicat. Nous sommes en train de remodeler un peu les bureaux. Certes, tout le monde n’aura pas le sien mais ce n’était pas non plus le souhait de l’équipe, qui préférait une solution plus proche de « l’open space ». Au plan budgétaire, il a été décidé que le syndicat aurait une vision budgétaire pluriannuelle, à trois ans, doublée d’une comptabilité analytique. Par ailleurs, je crois que la nouvelle équipe va s’adjoindre les services d’un commissaire aux comptes,  à la fois pour protéger le président et le directeur mais aussi pour sécuriser les adhérents. Un gage pour eux que leur argent est utilisé de façon honnête.

 

L’élaboration du Business plan Cognac a constitué un gros morceau de votre mandature.

 

L’idée du Business plan, c’est de doter la région d’une vision pluriannuelle à trois ans, tant sur la définition du rendement Cognac que sur les demandes de contingents de plantation. Cela ne veut pas dire que rien ne bougera au cours de ces trois années. C’est pour cela que nous avons beaucoup travaillé sur les alerteurs, afin d’éviter les dérapages. Reste que cette capacité d’anticipation donne une vision au viticulteur pour ses investissements, ses éventuels achats de foncier s’il veut planter et qu’il ne dispose pas d’une réserve de terres. Nous voulons que tout le monde puisse se préparer ; soit traiter de façon équilibrée. A travers le Business plan, la gestion partenariale entre les deux familles de la viticulture et du négoce représente un grand plus. Aucune région n’est allée aussi loin.

Que pensez-vous du dimensionnement du vignoble ?

Face à des sorties qui battent des records, si l’on veut répondre au développement des maisons de Cognac, il va bien falloir adapter le dimensionnement du vignoble. Car il ne s’agit de petites progressions d’un demi-point mais de progressions de + 3, + 4, + 5 %. Pour autant, des chiffres extravagants circulent au sujet de l’extension du vignoble. Ce que nous avons validé, c’est le mécanisme. L’idée n’est pas de créer un vignoble démesuré.

 

Comment concilier productivité et développement durable. Cette question vous intéresse ?

 

Elle est cruciale. Durant ces vingt / trente dernières années, peut-être avons-nous un peu oublié d’interroger l’agronomie. Les intempéries, le dérèglement climatique nous rappellent sans ménagement que le vignoble est très fragile. Et quand cette réalité se double d’une  méfiance sociétale vis-à-vis de nos pratiques, cela veut dire qu’un vaste chantier s’ouvre à nous. A l’UGVC, nous n’avons jamais été dans le déni. Faut-il pour autant tirer un trait sur la productivité en pensant que la solution viendra d’un accroissement du vignoble ? A mon sens, ce serait une hérésie. La réponse n’est sans doute pas unique mais plurielle : travail sur les cépages résistants, mise à disposition de produits de traitement plus respectueux de l’environnement, communication plus pertinente de viticulteurs qui, aujourd’hui, sont laissés seuls face aux médias. A cet égard, je m’interroge sur les missions de l’interprofession. Est-ce vraiment opportun de consacrer une grosse partie du budget de communication à la promotion des cocktails ? Ne serait-ce pas plus utile de communiquer de façon bien plus forte sur la promotion de l’innovation au vignoble ?

 

Viticulture et développement durable sont-ils compatibles ?

 

Je le crois à condition de ne pas ouvrir en permanence le parapluie comme le fait l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail). En traitant de la même façon les produits respectueux de l’environnement et des produits CMR (Cancérogène, Mutagène, reprotoxique) vis-à-vis du port du port de l’EPI (Equipement de protection individuel) par exemple, elle prend le risque de jeter l’opprobre sur l’ensemble et de décourager les bonnes volontés, y compris en ce qui concerne la recherche des sociétés phytosanitaires. Question ! L’état a-t-il les moyens de se priver des rentrées de devises de la filière viticole ? Si ce n’est pas le cas, il faut en finir avec  cette vision jusqu’aboutisse. Au bout du compte, cela retombe sur les viticulteurs. Et ça, nous ne l’acceptons pas !

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