UCVA : la vertu de l’excellence environnementale

10 avril 2018

Pour accroitre son indépendance énergétique, l’union des coopératives viticoles d’aquitaine a investi très tôt dans des technologies innovantes qui lui permettent de valoriser à l’extrême les sous-produits viticoles mais aussi de faire tendre l’ensemble de ses activités vers l’indépendance énergétique. L’entreprise est aujourd’hui prise dans un cercle vertueux qui lui a permis, en 2017, d’accorder un complément exceptionnel de prix de 1,5 millions d’Euros par solidarité avec ses livreurs frappés par le gel. Elle continue d’investir en parallèle dans ses filiales pour préparer ses débouchés du futur.

 

Produire propre n’est aujourd’hui plus une option pour la viticulture. C’est une nécessité. Mais produire propre est en général plus gourmand en énergie particulièrement lorsqu’il s’agit de traiter des effluents. Ce challenge, l’UCVA l’a compris depuis longtemps. L’union des coopératives investit continuellement dans des installations toujours plus performantes pour accroitre son indépendance énergétique dans un respect maximal de l’environnement.

 

Des débouchés nobles pour les déchets…

 

« Dans notre entreprise, le marc est une matière première noble et nous faisons tout pour en préserver la qualité » explique Jean-Michel Letourneau le directeur de la structure. Car dans le marc, tout est bon ! En premier lieu, chacun pense bien sûr à l’alcool qui pèse plus de 60% du chiffre d’affaires (hors subventions) de la structure. La production issue du traitement des marcs représente quelques 43 000 hl d’alcool pur sur l’exercice 2016-17 auxquels viennent s’ajouter 20 000 hl ap issus de la distillation des lies et des vins.

Les coproduits pèsent, 38% du chiffre d’affaires du groupement et se regroupent en 4 grandes familles : Les pépins, le tartrate de calcium, la pulpe séchée et le compost.

 

Valorisation optimisée pour les coproduits

 

Le débouché des  pépins secs destinés aux huiles alimentaires représente 12% du chiffre d’affaires mais il souffre des perturbations du marché de l’huile. Entre 2013 et 2016, le prix de vente des pépins a été divisé par 2 pour atteindre en moyenne 100€/tonne. Le marché du tartrate de chaux, qui avait beaucoup souffert ces dernières années progresse à nouveau en volume et en prix (+33%). Les pulpes séchées ont une double destination : la première (50%) est l’autoconsommation pour la production de l’énergie nécessaire au séchage. La seconde est l’alimentation animale. Pour être moins dépendant des fluctuations de marchés des céréales, l’UCVA a noué des partenariats spécifiques avec des producteurs d’aliments pour lapins qui recherchent des bases riches en cellulose.

 

Les composts victimes de leur succès

 

Les composts sont les résidus ultimes de la transformation des sous-produits viticoles. Ce sont à la base des boues de méthanisation concentrées auxquelles sont additionnées des pulpes de raisins et des raffles. « L’origine de la matière première et notre process de fabrication nous permet d’obtenir un compost de belle qualité, 2 fois plus riche qu’un produit traditionnel » explique Jean Michel Letourneau. C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles la production est écoulée en totalité auprès des livreurs adhérents. Le produit a même trop de succès affirment les dirigeants, qui ne peuvent répondre à la demande.

 

Solidaire des viticulteurs sinistrés par le gel.

 

« La solidarité et l’éthique font partie des valeurs qui animent l’état d’esprit de notre union » explique Hubert Burnereau, le président du conseil d’administration. Suite au gel  de printemps de 2017, l’UCVA a fait le choix d’accorder un complément exceptionnel de prix qui représente 1,5 millions d’Euros pour l’ensemble des apports. Par ailleurs, sur le même exercice, le prix du compost a été exceptionnellement abaissé de 50% pour les livreurs des coopératives adhérentes à l’union.

 

Vers l’indépendance énergétique…

 

La distillation et le séchage des pulpes de raisin sont des activités coûteuses car énergivores. L’Europe, sensible à la question environnementale a toujours subventionné les distilleries pour leur permettre de compenser partiellement les coûts de production et d’assurer une collecte quasi exhaustive des sous-produits de la vinification. Mais l’avenir de ce modèle est en question. Les subventions communautaires se maintiendront-elles à ce niveau au-delà de 2020 ? Pour Frédéric Pellenc, directeur de la fédération nationale des distilleries coopératives viticoles, rien n’est moins certain. « Les négociations vont être difficiles à cause d’un contexte budgétaire défavorable lié notamment au Brexit et l’appui du Ministère de l’Agriculture pour maintenir le principe des aides sera sans doute déterminant ».

Pour l’UCVA, les subventions ont déjà permis d’investir dans la recherche et le développement pour mettre au point des procédés innovants qui optimisent la ressource. Ainsi, la totalité de l’énergie nécessaire à l’alimentation des installations de séchage des pulpes et des colonnes de distillation est produite sur place à partir de la biomasse collectée. « L’ensemble de ces énergies renouvelables représente l’équivalent de 50 tonnes de fuel lourd par 24 h soit 2 gros porteurs » se félicite le président Hubert Burnereau.

Le séchoir s’auto alimente en consommant 50% des pulpes qu’il a déshydraté. La chaudière biomasse produit 60% de la vapeur nécessaire à l’alimentation des colonnes de distillation. En 2018, un méthaniseur inox de 56000 hl (21m de diamètre pour 16 m de haut) viendra remplacer l’ancien de 36000 hl en acier construit en 1985. Il vient compléter celui déjà existant de 66000 hl. Il sont alimentés avec l’ensemble des effluents liquides du site et a produit 7168 Mwh, de quoi pourvoir 25% des besoins de la colonne de distillation. Toutes ces installations sont équipées de systèmes performants de traitement des fumées, une exigence de tout premier plan pour l’environnement.

 

Investir dans les filiales pour sécuriser les débouchés

 

Pour l’exercice 2017, les résultats de l’UCVA sont tout simplement exceptionnels avec des dettes à hauteur de 10% des capitaux propres et une trésorerie représentant 1/3 de l’actif. Pour Xavier Roudeau, le commissaire aux comptes de l’union l’excellente santé de la structure est le résultat de la bonne gestion historique de la structure. Elle permet, suite au gel de 2017 d’apporter à ses adhérents des compléments de rémunération exceptionnels de solidarité sans ralentir sa politique d’investissement en vue de son développement. « Nous sommes clairement en présence d’une entreprise prise dans le cercle vertueux des économies d’échelle qui lui permet notamment d’investir pour son développent commercial dans le financement de ses filiales » observe-t-il. Ainsi, la SICA SAS Raisinor alcool, filiale de l’union a fait l’objet d’une avance en compte courant de 1,5 millions d’Euros sur l’exercice pour passer le cap d’un déficit suite au retrait d’un projet de grande ampleur avec un groupe pétrolier. Cet effort permettra à la filiale de poursuivre ses travaux de recherche et de développement sur les biocarburants

 

 

 

Brandies : meilleure traçabilité et bientôt une IGP

Les eaux de vie de vins et des Brandies d’origine française et européenne sont soumises à des règles de production génériques définies au plan communautaire. Les eaux de vie de vin sont obtenues par la distillation à moins de 86 % vol d’un vin ou d’un vin viné, ou par redistillation à moins de 86 % vol d’un distillat de vin. Le brandy, quant à lui, est fabriqué à partir d’eau de vie de vin à laquelle il est possible d’additionner une quantité limitée de distillat de vin (<94,8%). La teneur minimale en substances volatiles est réglementée pour garantir une typicité « vinique » pour ces productions. Enfin, le Brandy doit être vieilli au minimum 1 an en récipient de chêne ou 6 mois si ledit récipient est inférieur à 1000 litres. Pour lutter contre la fraude récurrente sur les brandies sur l’origine et les conditions de vieillissement, il est dorénavant demandé que la nature de la matière première, la dénomination de vente, la durée de vieillissement ou l’âge et la méthode de vieillissement soit mentionnée sur les documents administratifs électroniques (DAE).

Mais pour pouvoir décrire précisément ces matières premières, encore faut-il que la classification douanière le permette ! Frédéric Pellenc, le directeur de la fédération nationale des distilleries coopératives viticoles rappelle qu’il n’est aujourd’hui pas possible de distinguer les eaux de vie de marc des eaux de vin. « Nous œuvrons avec la Confédération européenne des distilleries viticoles et sommes actuellement en cours de discussion avec les instances communautaires pour faire évoluer cette classification et imposer plus de transparence dans les mouvements».

Mais cette nouvelle organisation suffira-t-elle à régler les difficultés actuelles des filières de brandies français et Européens ? Pour Jean-Marc Crouzet, le directeur de l’Union française des alcools et brandies (UFAB), cette évolution réglementaire assainira le marché mais ne règlera pas ses difficultés en cours. Car depuis le renouvellement de l’OCM en 2008, et l’arrêt des aides à la distillation, notamment l’article 29, le marché a connu des baisses substantielles de production et d’importantes fluctuation de marché. Les prix à l’achat des eaux de vie ont été multipliés par 3 en 10 ans.

En parallèle, le marché des brandies progresse, et les débouchés traditionnels anglais et allemands sont aujourd’hui challengés par des pays émergent comme la Chine par exemple avec un développement significatifs des expéditions en vrac alors que la Russie connait de fortes diminutions depuis 4 ans. D’autre part, les entreprises françaises ou européennes peuvent être confrontées à de multiples situations de concurrence sur le marché avec des produits élaborés selon des règles différentes dans des pays tiers. Au niveau mondial, on peut trouver des brandies qui ne contiennent pas d’eau de vie de vin. Les contraintes imposées par l’Europe dans le but de préserver la qualité et l’image de ces productions n’ont, une fois de plus, d’intérêt que si elles ne souffrent d’aucune ambiguïté pour un consommateur à l’autre bout du monde. Pour protéger sa spécificité, la filière française s’est accordée sur des règles de producti

on communes à toutes les entreprises françaises afin de faire reconnaitre une indication Géographique Protégée. «L’IGP « Brandy Français » selon le règlement 110/2008. Cela permettrait la poursuite de la production de french brandies, produit de renommée internationale, et à la filière de se distinguer des autres brandies produits à travers le monde.

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