UCVA : La dimension volumique en question

24 juillet 2014

Deux petites récoltes successives ont fait baisser les tonnages de marcs et lies, la matière première de la distillerie vinicole UCVA. Sur l’exercice 2013-2014, la bonne valorisation des co-produits – pépins de raisins, pulpes séchées – ne suffira pas à maintenir les résultats de la coopérative. Même si les finances sont extrêmement saines, une préoccupation existe, doublée d’une bien plus grande : le projet gouvernemental de supprimer l’obligation de livrer en distillerie les marcs et lies, en proposant des solutions alternatives comme l’épandage, le compostage, la méthanisation.

 

 

Sur la récolte 2013, l’UCVA, la coopérative de distillation de Coutras, escompte une production d’alcool historiquement faible. Elle serait du même niveau qu’en 1991, l’année du gel. La faute aux faibles volu-mes récoltés l’an dernier, qui eux-mêmes faisaient suite à une récolte 2012 peu abondante. Deux années de vaches maigres pour une structure qui a besoin de volumes pour amortir ses coûts.

Ces épisodes seraient à classer au rang des accidents climatiques normaux s’il n’y avait ce projet franco-français de proposer des solutions alternatives à l’obligation de distiller les sous-produits de la vinification, marcs et lies. Attention ! Il ne s’agit pas de dire que, demain, l’obligation de livrer les prestations viniques va disparaître. Non ! Quelle que soit la décision finale, l’obligation de livrer les prestations viniques demeurera, à son niveau actuel.

Mais le ministère de l’Agriculture souhaite voir se mettre en place, à côté de la distil-lerie, de nouvelles formes d’élimination du « fond de chai » : épandage, compostage, méthanisation. Ce qui signerait, ipso facto, la fin de l’obligation de livraison aux distil-leries vinicoles. Inquiétude dans les rangs de ces dernières (voir article page 52).

Dans son immense majorité, la viticulture défend ses distilleries vinicoles. Les représentants professionnels ne sont pas prêts à « livrer à l’encan » des outils qui ont démontré toute leur efficacité, y compris lors des crises de surproduction. Par ailleurs, sur le terrain de l’environnement, ils ne souhaitent pas non plus « lâcher la proie pour l’ombre ».

Est-ce grâce à leur intervention ? Les projets de décret et d’arrêté prévoyant des solutions alternatives sont actuellement en stand-by. Mais de quoi sera fait l’avenir ? (voir article page 52).

Les pépins doublent la mise

En 2010, les pépins de raisins valaient 100 à 105 € la tonne. En février 2014, date de l’assemblée générale de l’UCVA, leur prix avait grimpé à 220 € la tonne. Et ce n’était peut-être pas fini. Au rayon des produits diététiques, l’huile de pépin de raisin a la cote. Les consommateurs la plébiscitent. Pratiquement anéantie au milieu des années 90, la filière « pépin de raisin » a réussi à renaître de ses cendres. Par quel miracle ? Le fait qu’un seul intermédiaire – la sica Raisnor France – commercialise l’ensemble des pépins de raisin de toutes les distilleries vinicoles françaises, privées comme coopératives, n’y est certainement pas étranger.

Dirigée par Jérôme Budua, la sica Raisinor est présidée par Hubert Burnereau, président de l’UCVA. Le directeur de la coopérative, Jean-Michel Létourneau, a tenu à adresser un coup de chapeau à la société GHM* (Grandes huileries métropolitaines). « GHM a fait un gros effort, tant technique que commercial. »

Aujourd’hui, à l’UCVA, le poste « pépins secs » procure 14 % du chiffre d’affaires de la coopérative. Il se classe en troisième position, derrière les ventes d’alcools (30 % des produits) et les subventions d’exploitation de l’Union européenne (27 %). En période de croisière, l’UCVA écoule annuellement environ 10 000 tonnes de pépins de raisins.

Dans une moindre mesure, les pulpes séchées ont connu une évolution comparable à celle des pépins de raisins. Il y a dix ans, les pulpes ne valaient rien. Il fallait s’en débarrasser. Aujourd’hui, elles ren-trent dans la formulation d’aliments pour lapins et ne rencontrent aucun souci de commercialisation. A tel point que la distil-lerie ne s’en sert plus de combustible, pour alimenter la chaudière bio-masse servant à la production de vapeur.

Mauvaise passe pour le tartrate

A l’inverse des pépins et des pulpes, l’autre co-produit des distilleries vinicoles – le tartrate de chaux – traverse une mauvaise passe. Rien que de très classique sur un marché éminemment cyclique. Après trois années de progression, le cours du tartrate s’est effondré. Les prix ont été divisés par trois.

De l’avis de J.-M. Létourneau, un seul point noir restait dans l’usine : les conditions de stockage du compost issu des marcs de raisin. Le problème est en passe de se régler. Un bâtiment de 140 m de long et de 60 m de large se construit en lisière du site, pour mettre à l’abri le compost et surtout récupérer les distillats et les jus. Coût de l’investissement, 3,2 millions d’€, aidé à hauteur de 1,8 million d’€ par l’Agence Adour-Garonne (800 000 € de subventions et 1 million d’€ en avance remboursable sur 5 ans). Retour sur investissement égal à zéro, comme il se doit en matière environnementale mais incontournable, pour la même raison.

La coopérative UCVA a bouclé l’exercice 2012-2013 (celui présenté lors de la dernière AG) sur un chiffre d’affaires de 7,6 millions d’€, en baisse de plus de deux millions d’€ par rapport à 2011-2012 (10 millions d’€). Malgré tout, le résultat de l’exercice se traduit par un excédent d’un peu plus de 2 millions d’€. Les dirigeants de la coopérative s’attendent cependant à un exercice 2013-2014 beaucoup plus tendu.

* Installées à Vitrolles, près de Marseille, les Grandes huileries m étropolitaines (GHM) ont été reprises par Médiaco, au capital duquel participe Raisinor France. Seul triturateur français de pépins de raisin, Médiaco a son usine à Béziers.

 

 

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