UCVA Distillerie vinicole : Capitalisme coopératif

29 avril 2013

Il ne suffit pas d’avoir les moyens de bien faire. Encore faut-il savoir le faire. Sens des opportunités, intelligence des situations… Depuis des décennies, à bas bruit, les dirigeants de la coopérative UCVA tissent un cercle vertueux où les investissements améliorent les capacités financières de l’entreprise. Ils mènent un « capitalisme coopératif » qui en fait rêver plus d’un.

 

 

p31.jpgPas de hasard, pas de lézard. L’interdiction, dictée par l’Europe depuis 2008, de verser une vraie rémunération aux viticulteurs pour leurs prestations viniques (marcs et lies) a dopé les résultats de l’UCVA. Sur son dernier exercice clos au 30 juin 2012 (récolte 2011), elle affiche un chiffre d’affaires de 10 millions d’€ et un résultat courant avant impôt de 4,4 millions d’€. Bluffant. Mais ce résultat ne tombe pas du ciel. Il ne s’explique pas non plus par un seul « effet d’aubaine ». Il trouve ses racines dans une série de décisions opportunes, prise au fil des ans. C’est parce que l’UCVA a su investir dans sa filière co-produits – en ralliant au passage les autres distilleries vinicoles, privées ou coopératives – qu’elle peut aujourd’hui tirer un aussi bon prix de ses pépins de raisins et de ses tartrates. C’est parce qu’elle se donne – elle et sa filière – les moyens de faire du lobbying ciblé que demain peut-être des véhicules rouleront à l’éthanol de seconde génération tiré des marcs de raisins. C’est parce qu’elle soutient sa filiale brandy UFAB dans ses besoins de fonds de roulement que l’alcool vinicole a encore un débouché « de bouche » et rémunérateur encore. C’est parce qu’elle est « blanc-bleu » au niveau environnemental que son panache de fumée blanche peut flotter crânement sur les rives de la Dronne.

« L’exception qui confirme la règle »

p30.jpgLe très attentif Frédéric Pelenc, directeur de la FNDCV (Fédération nationale des distilleries coopératives vinicoles), l’a dit et redit : « Attention ! Ce n’est pas parce que l’UCVA a de tels résultats que nos entreprises de distillation n’ont plus besoin de l’aide européenne à la transformation de nos produits. L’UCVA est un peu l’exception qui confirme la règle. A l’autre bout du spectre, il y a des entreprises en grande difficulté, souvent pour les raisons factuelles : traitement des marcs de raisins blancs, aux rendements en alcool et en tartrate de chaux plus faibles, aux frais de dépollution plus élevés. »

Le nombre de distilleries vinicoles a beaucoup diminué. En 2007, la FNDCV comptait 24 adhérents. Ils ne sont plus que 14 aujourd’hui. A priori, le soutien au traitement des sous-produits devrait être maintenu dans la future OCM vin. Mais pour quel montant ? Après 2008, le budget annuel consacré aux prestations viniques avait été ramené de 90 à 36 millions d’€.

Sur la récolte 2011, l’UCVA a traité pas loin de 100 000 tonnes de marcs (94 000 tonnes) en provenance de l’Aquitaine et des Charentes. A noter que les Charentes procurent 60 % de l’activité de la distillerie. Si les marcs de raisins Charentes arrivent sans coup férir à Coutras, il n’en va pas de même des lies. Aujourd’hui, le vignoble des Charentes assèche en totalité ses cuves pour le Cognac, en ne distrayant pas une goutte de lies supplémentaire aux distillats vinicoles. L’UCVA aura produit l’an dernier 60 000 hl AP d’alcool vinique, entre 36 300 hl AP tirés des marcs (60 %), 13 200 hl AP tirés des lies (22 %) et 10 534 hl AP tirés des vins (DPLC). La biocarburation et les alcools industriels auront absorbé 64 % des volumes (37 900 hl AP), contre 36 % (21 400 hl AP) pour les alcools de bouche, livrés à un destinataire unique : l’UFAB.

Une production d’alcool plus faible

p31.jpgSur la campagne en cours, Coutras s’attend à une production d’alcool bien plus faible, du fait des petits volumes de la récolte 2012 mais aussi d’une faible richesse alcoolique des marcs et lies. En tonnage, elle n’a rentré que 80 000 tonnes de marcs soit un recul de 15 % par rapport à la campagne précédente.

Pourtant, pas de quoi mettre en péril l’équilibre financier de la structure. A la fin de l’exercice 2011-2012, l’UCVA disposait d’un fonds de roulement de 17,5 millions d’€. En valeur absolue, ses capitaux propres dépassent 30 millions d’€. Des chiffres qui font rêver. Année après année, l’énoncé de tels ratios suscite immanquablement chez les membres de l’Union – pour la plupart présidents de caves coopératives ou de groupements – un sentiment mêlé, entre satisfaction, fierté et envie. Un ressenti qu’à fort bien traduit Bernard Solans, président de la Fédération des caves coopératives de l’Aquitaine : « Je suis ravi d’être là. A l’UCVA, nous venons chercher un peu d’air, même si en ce début de campagne, un léger mieux nous donne satisfaction. Je félicite toute l’équipe pour ces résultats. Vous avez toujours su anticiper, dans vos pratiques, dans le traitement des sous-produits, dans les équipements permettant de répondre aux normes environnementales. Vous avez cette volonté d’aller de l’avant, une foi dans l’avenir assez remarquable et stimulante. »

Une conjoncture très porteuse

Sur la dernière campagne, il faut dire que l’UCVA a profité d’une conjoncture très porteuse. Non pas tant sur les ventes d’alcools (voir page 32) que sur le marché des co-produits. L’huile de pépins de raisin par exemple. Son cours est en passe de faire jeu égal avec celui de l’huile d’olive. Sa valorisation a presque triplé en dix ans. Aujourd’hui, à l’UCVA, le co-produit pépins de raisins génère 12 % du chiffre d’affaires de la coopérative (2 millions d’€ contre 1 million d’€ il y a trois ans). L’organisation du marché n’y est sans doute pas étrangère. Une structure unique – la Sica Raisinor, regroupant la quasi-totalité des distilleries françaises, privées et coopératives – commercialise tous les pépins de raisins de la filière. A qui ? A Médiaco, le seul triturateur hexagonal, installé à Béziers et dont Raisinor est actionnaire (relation capitalistique « mère-fille »). Dirigée par Jérôme Budua – un ancien de FranceAgriMer – Raisinor France a écoulé sur la dernière campagne 60 000 tonnes de pépins de raisins, payés environ 150 € la tonne. Médiaco triture les pépins, affine l’huile et la revend en France mais aussi à l’export, en Corée, Japon et plus récemment Etats-Unis.

Envolée des prix sur le tartrate de chaux

Autre co-produit, le tartrate de chaux. Depuis deux campagnes, le tartrate de chaux connaît une nouvelle envolée de ses prix, phénomène cyclique qui avait connu son apogée au début des années 2000 et qui n’est pas loin de se répéter aujourd’hui. « Attention, avertit cependant Jean-Michel Letourneau, directeur de l’UCVA. Les cours du tartrate de chaux répondent à une sinusoïde. A coup sûr, ils vont chuter. »

Déjà la coopérative sait que la récolte 2012 sera moins « payante » que celle de 2011, pour des raisons tant volumiques que liées à une moindre richesse en tartrate des marcs et lies. Sur le dernier exercice, le tartrate a procuré 15 % du chiffre d’affaires de la coopérative.

Et comme il n’y a pas de petits profits, l’UCVA commercialise aussi les pulpes séchées, dont le prix a sensiblement progressé cette dernière campagne, suite au renchérissement du prix des céréales. Les pulpes rentrent notamment dans la fabrication d’aliments pour lapins. Conséquence : pour sa nouvelle chaudière biomasse (voir photo) – qui, avec le biogaz, procure toute la vapeur nécessaire à l’usine – la coopérative a opéré un transfert de combustible. Au lieu de brûler les pulpes de raisins séchées présentes sur le site, elle préfère passer en chaudière des déchets forestiers, moins chers. Tout se calcule.

Ce n’est pas parce que les résultats sont au beau fixe que la coopérative de Coutras affiche des ambitions hégémoniques en terme de collecte. En clair, elle n’a pas l’intention de « tout avaler ». Hubert Burnereau l’a dit devant les coopératives adhérentes et groupements. « Il n’est pas dans les intentions de votre conseil d’administration d’intensifier une démarche commerciale auprès des viticulteurs. D’abord parce que ce n’est pas dans les usages de l’Union. Ensuite parce que les capacités de réception, de stockage et de traitement des marcs et des lies ne sont pas extensibles à l’infini. Dans leur configuration actuelle, les installations peuvent faire face à une collecte de 100 000 tonnes de marcs mais guère plus. »

Evolutions stratégiques

Pour autant, la coopérative ne ferme pas la porte à des évolutions stratégiques. C’est ainsi qu’Hubert Burnereau a proposé, en AGE, d’ouvrir l’objet social de l’Union à une branche « services ». De même il a demandé de pouvoir déroger à la règle de l’exclusivisme (capacité de travailler avec des tiers non-coopérateurs à hauteur de 20 %). « Ce n’est pas à l’ordre du jour a-t-il précisé mais il faut se prémunir, essayer de prévoir un peu l’avenir. Personne ne connaît l’évolution possible des marcs et lies en France, en Europe. Peut-être l’Union devra-t-elle satisfaire, un jour, des demandes de prestations techniques, telles que la distillation à façon, le séchage des pépins ou encore affiner, rectifier l’alcool pour le compte de tiers. Il est possible que nous ne nous servions pas de cette ouverture mais on ne sait jamais. »

Toujours dans une vision statutaire mais plus réglementaire celle-là, Christian Nebout, responsable financier de la coopérative, avec François Machenaud, expert-comptable, ont procédé au toilettage des statuts de la coopérative, pour les mettre en harmonie avec les derniers textes. A noter que François Machenaud, conseiller « historique » de l’Union – comme l’avait été avant lui son père, également expert-comptable – a indiqué qu’il était né le 10 septembre 1947, le même jour que la naissance de la loi sur la coopération. Ce clin d’œil présume-t-il d’un futur passage de relais ? En tout cas, lors de cette restitution des résultats 2012, François Machenaud a, une nouvelle fois, fait preuve d’une précision et d’une exhaustivité remarquables. Un cas d’école.

Repères
Chiffre d’affaires : 10 millions d’€
Part des activités – Carburation/alcool industriel/alcool de bouche : 39 % –  Subventions : 26 % – Pépins : 12 % – Tartrate : 15 %
Rémunérations des apports :
1,5 million d’€ dont 800 000 € versés aux marcs pour indemnisation des frais de collecte engagés par les adhérents.

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