Un Bilan « Rafraîchissant »

2 mars 2009

Dans une filière viticole fragilisée, l’UCVA – Union des coopératives vinicoles d’Aquitaine – fait figure d’oasis de fraîcheur. Son bilan 2004-2005 est bon, voire très bon et le suivant s’annonce pas mal non plus. Un peu normal quand on sait que la structure a pour vocation de traiter les excédents et que ceux-ci sont logiquement plus abondants en temps de crise. Mais les préoccupations environnementales, toujours plus fortes et les incertitudes sur la nouvelle OCM vin apportent leur lot d’incertitudes pour l’avenir.

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Exercice 2004-2005 : un chiffre d’affaires en hausse de 38 %.

L’abondance de la récolte 2004 a largement impacté l’exercice 2004-2005 de l’UCVA, visé par l’A.G. du 24 février 2006. Tant les volumes de marcs de lies que de vins (DPLC, cépages double fin, distillation de crise) ont fait « exploser les compteurs ». Déconnectés des volumes habituels, ils aboutirent à une production d’alcool de près du double de celle de la campagne précédente : 112 554 hl AP, à comparer à une moyenne décennale de 76 000 hl AP. Pour la première fois, la coopérative de Coutras a dû sous-traiter une partie de la distillation à partir du mois de juin, pour cause de risque d’eutrophisation de la Dronne, en basse eau à cette époque de l’année. Mine de rien, l’activité d’une distillerie comme Coutras équivaut aux rejets de 330 000 équivalents habitants. En terme financier, l’activité de la distillerie s’est logiquement traduite par un chiffre d’affaires en hausse de 38 % : 20,4 millions d’€ sur 2004-2005 contre 12,6 millions d’€ l’exercice précédent. Avant impôt, le résultat courant s’établissait à 265 619 € tandis que l’excédent a atteint 122 995 €. Le président Brunereau a souligné la volonté du conseil d’administration de répartir au maximum cet excédent au profit des associés coopérateurs. Une volonté qui s’est traduite dans les faits. Sur la récolte 2004, les rémunérations versées par l’UCVA à ses adhérents se sont bonifiées de 5 à 10 € : 5 € pour les marcs entre rémunération de base et rémunération complémentaire (115 € l’hl AP au total) ; 10 € pour les lies (130 € l’hl AP au total) ; et pour la D.O. article 28, un supplément de 15 €/hl AP au titre de la « valorisation des co-produits » (25 € l’hl AP pour les DPLC). Claude Reynaud, président de l’UFAB (Union des fabricants des alcools et brandies), lui-même président d’une distillerie coopérative méridionale, n’a pu s’empêcher de décerner un satisfecit à l’entreprise girondine. « Au vu du bilan et des rémunérations, nous ne pouvons que féliciter le directeur et le président pour leur bonne gestion. Tant au niveau des résultats que de l’environnement, Coutras est certainement la plus belle unité de distillerie coopérative française. Nous en sommes tous un peu jaloux ! » A noter que le même C. Reynaud a indiqué qu’un fort mouvement de concentration allait s’opérer dans les prochaines années au sein des distilleries coopératives vinicoles. Elles sont aujourd’hui 25, toutes adhérentes de la FNDCV (Fédération nationale des distilleries coopératives vinicoles).

Si 87 % du chiffre d’affaires de l’UCVA ont été générés par les ventes d’alcool (principalement à l’ONIVINS et pour une petite part sur le marché libre, pour les alcools de bouche provenant des DPLC), les co-produits ont tout de même représenté 12 % de la manne. Ces co-produits se composent principalement des pépins secs et du tartrate de chaux. Alors que la filière huile de pépin de raisin était pratiquement perdue pour la viticulture, elle a été reprise in extremis par Médiaco, une société marseillaise spécialisée dans le grutage. Aujourd’hui, le seul site de production français d’huile de pépins de raisins réside à Béziers, aux Grandes Huileries Médicao.

le tartrate en enfer

En trois ans, son revenu a été divisé par quatre. A qui pareille mésaventure est-elle survenue ? A l’acide tartrique, tiré de la fameuse « gravelle » des cuviers. Le tartrate de chaux, dont les ventes avaient largement contribué à financer les investissements de l’UCVA, a vu ses prix s’effondrer inexorablement ces dernières années. La faute à qui ? Aux Chinois, qui ont pratiqué des prix de dumping sur le marché européen. Grâce au lobbying exercé auprès de l’U.E. par la profession et notamment par la FNDCV présidée par André Camroux et dirigée par Frédéric Pellenc, une clause « antidumping » a été obtenue, matérialisée par une majoration des droits aux frontières. Cette mesure s’avérera-t-elle suffisante ? L’avenir le dira. Pour l’heure, les prix demeurent très bas et la filière ne nourrit guère d’espoir de reprise. Pour son pouvoir rétractable, l’acide tartrique intervient dans le plâtre. On l’utilise aussi en pharmacie et bien sûr en œnologie, son débouché le plus connu. Chacune de ces utilisations pèse pour environ 30 %. A noter que pour les vins, seul l’acide tartrique d’origine naturelle a droit de cité. Des vins australiens furent refoulés du marché britannique pour avoir ignoré ce critère.

Malgré ses bons résultats, la distillerie coopérative de Coutras a fonctionné en trésorerie négative durant l’exercice 2004-2005 et le prochain exercice ne devrait pas y déroger. C’est qu’il faut amortir les lourds investissements consentis pour l’environnement. Le traitement des fumées s’est soldé par une dépense de 750 000 €. Une autre tranche d’investissement, de 1,5 million d’€, va permettre de prolonger les efforts de traitements des effluents. Le principe se fonderait sur l’évaporation, avec récupération de l’eau, pour produire de l’eau industrielle recyclable. Le représentant de la DDAF a salué l’ambition qui animait la coopérative. « Certes, le zéro rejet n’est pas envisageable mais vous avez raison de placer la barre haute. Nous serons à vos côtés car votre entreprise constitue une sorte de modèle. » M. Machenaud, l’expert-comptable qui suit les comptes de la coopérative, a souligné que les investissements liés à la dépollution représentaient presque 12 % du chiffre d’affaires de la société. « Quelle entreprise peut se permettre d’engager 12 % de son chiffre d’affaires sur les investissements non productifs ? Heureusement que l’UCVA a les reins solides pour faire face à tous les challenges qui s’imposent à elle aujourd’hui. »

disparition programmée de l’article 28

La disparition programmée de l’article 28 représente sans doute un de ces obstacles à dépasser. En 2004-2005, les apports de vins charentais de l’article 28 ont occasionné 20 % de l’alcool produit par la coopérative, 22 % de ses ventes et 22 % des rémunérations versées. Ne serait-ce que comme amortisseurs de frais fixes, les vins « made in Charentes » occupent une place non négligeable à la coopérative de Coutras. On comprendra que ses dirigeants ne regardent pas d’un œil particulièrement amène le changement de régime qui se profile dans la région délimitée. Leurs mises en garde concernent tout spécialement le sort des excédents Cognac. Ce qu’a exprimé le directeur de l’UCVA, Jean-Michel Letourneau. « Les représentants de la région de Cognac considèrent que ces alcools ne doivent pas servir à alimenter la filière alcool de bouche, autrement dit brandy. Mais alors ils doivent savoir aussi que la valorisation des alcools industriels, vendus à vil prix, sera forcément inférieure aux coûts de production. D’où la nécessité d’aides à la transformation si l’on veut équilibrer les comptes des entreprises. L’UCVA est un outil au service de tous les viticulteurs. In fine, nous souhaitons que soient mises en œuvre des solutions économiquement réalistes. »

Invité à la réunion, Alain Philippe, directeur du BNIC, l’a répété. L’idée de base des professionnels charentais consiste bien à ce qu’il ne se produise pas d’alcool de bouche au-dessus des ha affectés au Cognac. « Il s’agit d’une position quasi philosophique de notre part. Comme les Champenois ne font pas de mousseux sur leurs ha Champagne, nous ne souhaitons pas faire de Brandy sur nos ha Cognac. » On le comprendra ! Les distilleries coopératives vinicoles, dont une partie de la production d’alcool libre (issue des vins DPLC ou de certaines distillations) sert à alimenter la filière « Brandy français », ne nourrissent pas de telles réticences à l’égard de l’eau-de-vie de vin. Un point de vue qu’a exprimé Frédéric Pellenc au nom de la FNDCV. « Pourquoi opposer Cognac et Brandy ? Les techniques de fabrication n’ont rien à voir, de même que la qualité de l’alcool produit. Les maisons de Cognac le savent bien, qui commercialisent en complément de gamme du Brandy. » Les distilleries coopératives ne croient guère à la viabilité économique d’un alcool industriel d’origine viticole qui servirait à la carburation. Et ce pour plusieurs raisons. « Nous aurons du mal à rivaliser avec la filière sucrière. A elle seule, une usine de betteraves est capable de produire 1,5 million d’hl AP contre 550 000 hl AP d’alcool vinique (issu des marcs et lies) pour l’ensemble des distilleries vinicoles françaises. Face au marché énorme qui s’ouvre – on parle de 10 millions d’hl AP de bio-éthanol pour la France seule – la filière vinicole ne fait pas le poids. Elle représenterait à peine 5 % des volumes, en sachant qu’elle ne pourra pas produire plus. Par ailleurs ses coûts de production dépassent de loin ceux de la filière sucrière. Pour que les distilleries vinicoles aillent vers la bio-carburation, il faudrait que plusieurs conditions soient réunies : qu’elles puissent bénéficier d’une aide à la transformation, qu’une défiscalisation soit accordée, et que des entreprises bénéficient de l’agrément à la défiscalisation. Autant d’étapes à franchir. »

distillations : l’épée de damoclès de l’U.E.

Dans son rapport moral, le président Brunereau a évoqué « l’épée de Damoclès qu’en permanence faisait peser sur notre profession une Union européenne dont l’intérêt des membres pour la distillation est manifestement pluriel et divergent. » A quoi faisait-il allusion ? A la réforme de l’OCM vin bien sûr. Il est de notoriété publique que les distillations (et pas seulement la distillation article 28) n’ont pas bonne presse auprès d’une U.E. de moins en moins viticole. Hormis peut-être les distillations conjoncturelles dites « de crise », la Communauté européenne ne veut plus entendre parler de distillations. « Rien n’est acquis en matière de distillations, y compris la distillation des sous-produits marcs et lies » confirme Aziz Allam, directeur des affaires juridiques, économiques et fiscales du BNIC, interrogé dans un autre cadre. S’il prend la précaution de dire que « jusqu’à nouvel ordre, il n’y a pas remise en cause des conditions de traitement des prestations viniques », il signale aussi qu’un scénario n’est pas complètement exclu : celui qui imposerait le retrait des prestations viniques tout en laissant aux viticulteurs le choix des moyens. « C’est déjà le cas en Allemagne où, de tout temps, le retrait sous contrôle s’effectue sans forcément passer par la distillation. » On ne s’en étonnera pas ! Les distilleries vinicoles défendent le rôle environnemental de leurs établissements. Un rapport remis à la direction générale de l’Agriculture va dans ce sens. « La distillation des sous-produits vinicoles permet une réduction significative de la charge polluante, dans une proportion de 5 à 10 fois moindre. » A ce titre, l’UCVA n’est pas loin de considérer ses investissements en matière d’environnement comme autant de gages d’avenir. La dépollution représente plus que jamais le « cœur de métier » des distilleries vinicoles.

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