Trois orages de grêle violents et dévastateurs

23 juillet 2014

Deux semaines après les orages, l’ampleur des dégâts de grêle reste difficile à cerner avec précision même si les constats sont très alarmants. Les surfaces très touchées à plus de 80 % semblent conséquentes en raison de la largeur du couloir de grêle, de la taille souvent importante des grêlons, de la durée longue de l’événement (20 à 30 minutes) et des forts vents. Beaucoup de ceps de vignes ont été littéralement « martyrisés ». Les viticulteurs concernés par ce sinistre vivent la situation avec un sentiment d’impuissance qui les plonge dans une angoisse profonde. Leur savoir-faire de vigneron semble parti en fumée et ne sert à rien. Le capital de production de propriétés entières est parfois anéanti totalement pour l’année à venir et l’intensité des dégâts laisse craindre des conséquences sur les cycles végétatifs à venir.

 

 

p7.jpgLa végétation a été littéralement broyée sur place au point que, dans les situations les plus graves, les vignes ont++ repris un aspect hivernal. De nombreuses parcelles n’ont plus aucune feuille. L’état très tendre des feuilles et des rameaux à l’approche de la floraison a amplifié les dégâts. Les blessures sont profondes sur les rameaux de l’année et aussi sur les bois de taille, ce qui attestent de la violence des impacts. Les plantations de 2e et de 3e feuilles sont globalement très touchées car la végétation plus frêle a beaucoup souffert. Le sinistre a été d’une intensité rare, au point que les propriétés situées au cœur des zones touchées ont perdu la quasi-totalité de leur potentiel de production. Les viticulteurs sont démoralisés car cette grêle inter-vient assez tard en saison et les craintes pour le déroulement du cycle végétatif 2015 sont réelles. Beaucoup d’entre eux ont mis une bonne semaine avant de rentrer dans leurs vignes. Les conséquences humaines et économiques du sinistre vont sans aucun doute se faire sentir pendant plusieurs
années.

Une zone sensible dans l’axe sud-ouest – nord-est

Les trois orages de grêle du 19 mai, du 8 juin et du 9 juin ont fait des ravages qui pa-raissent plus importants que ceux de 2009. Ces événements climatiques, que l’on peut qualifier d’exceptionnels, suscitent tout de même beaucoup d’interrogations en raison de l’ampleur des zones touchées, de leur situation géographique et de l’intensité des dégâts. L’analyse des secteurs grêlés en 2014 révèle une grande similitude avec les orages de 2009 et la tempête de l’été dernier. L’origine et la circulation des orages semblent identiques avec des déplacements toujours dans un axe sud-ouest – nord-est et une intensification des phénomènes dès qu’ils arrivent sur les terres. Ils se forment généralement dans le golfe de Gascogne, puis progressent vers le cœur de la Gironde ou le sud du Médoc, traversent l’estuaire et parcourent toute l’aire de production de Cognac. Autre constat, les grêlons étaient aussi gros à Saint-Dizant-du-Gua qu’à Aigre. Les orages ont conservé leur pleine intensité pendant plusieurs heures et sur plus de 100 km, et la largeur du front de grêle a souvent dépassé 4 à 5 km. La conjonction de tous ces éléments interpelle ! Dans la région, c’est un vaste territoire agricole de 15 000 à 20 000 ha qui a été confronté à ces événements.

Un premier orage le 19 mai entre St-Bonnet/Gironde et Pons

p9.jpgLe premier orage a eu lieu le 19 mai dans un secteur de Charente-Maritime sensible. Après être arrivé par l’estuaire de la Gironde, le sinistre a commencé sur le nord de la commune de St-Bonnet-sur-Gironde et ensuite a progressé sur une vaste zone allant de St-Sorlin-de-Conac à St-Palais-de-Phiolin aux portes de Pons. Les dégâts dans le cœur de cette zone ont été spectaculaires car la végétation dans cette partie du vignoble plutôt précoce était déjà avancée. Les rameaux les plus longs atteignaient 50 à 80 cm et, dans les jeunes plantations, les travaux d’ébourgeonnage en vert pour établir des ceps étaient faits. Le 27 juillet 2013, une vaste zone assez proche du secteur sinistré cette année avait subi une forte tempête avec des dégâts de grêles parfois très importants. L’orage avait frappé durement les communes de St-Dizant-du-Gua, Floirac, St-Fort-sur-Gironde, St-Romain/Gironde, Mortagne/Gironde, Epar-
gne, et était remonté vers St-Germain-du-Seudre et Champagnol. Lors de l’été 2011, une autre zone très proche englobant
Epargne, Cozes, Grézac, St-André-de-Lidon et Montpellier-de-Médillan avait été très touchée par la grêle. Le vaste secteur viticole proche de l’estuaire de la Gironde semble être soumis à de fréquents et violents orages.

Les sinistres des 8 et 9 juin ont traversé tout le vignoble

Le deuxième orage a eu lieu dans la nuit du 7 au 8 juin à partir de Chevanceaux. Les dégâts les plus conséquents ont touché un vaste secteur viticole englobant les communes de Baignes, de Challignac, de St-Aulais-la-Chapelle, de Condéon, de Bessac, de Blanzac-Porcheresse, de Bécheresse, de Champagne-Vigny, Montmoreau. Cette même zone avait été aussi fortement touchée en mai 2009. Le troisième sinistre, qui s’est produit dans la nuit du 8 au 9 juin, a littéralement traversé tout le vignoble. L’orage s’est encore formé dans le golfe de Gascogne, a abordé le vignoble charentais à St-Dizant-du-Gua et l’a quitté tout au nord à Charmé. La trajectoire du sinistre est passée par Lorignac, St-Genis-de-Saintonge, Mosnac, St-Palais-de-Phiolin, Fléac-sur-Seugne, St-Grégoire-d’Ardenne, Avy, Bougeau, Echebrune, Chadenac, Coulonges, Ars, Gimeux, Cognac, Châteaubernard, Boutier-St-Trojan, Nercillac, Réparsac, Luchac, Houlette, Le Cluzeau, Courbillac, Mareuil, Sonne ville, Rouillac, Anville, Montigné, Auge-St-Médard, Bonneville, Mons, Aigre et Charmé. Le triste parcours de cet orage est à peu près identique à celui de mai 2009 dont l’intensité avait déjà surpris de nombreux observateurs. Les ravages concernent la vigne et toutes les cultures céréalières implantées dans toutes les zones grêlées.

3 000 à 3 500 ha de vignes touchés à plus de 80 %

La quantification précise des dégâts de grêle sur plus de 40 communes de la région délimitée s’avère difficile avec les moyens traditionnels. Les déclarations de sinistres n’ont pas été toutes collectées dans les mairies et aucune action d’envergure n’a été mise en place pour parcourir le territoire grêlé. Les responsables de l’interprofession ont annoncé que 8 000 ha seraient touchés, sans être en mesure de préciser l’ampleur des dégâts. L’utilisation des photos satellites ou de cartographie avec des drones aurait pu être des moyens de diagnostics rapides pour quantifier les surfaces ayant plus ou moins de végétation. Néanmoins, les recoupements d’observations d’un certain nombre de viticulteurs et de techniciens de la région délimitée permettent tout de même d’avancer des chiffres dont la fiabilité est bien sûr imparfaite. Les surfaces touchées à plus de 80 % représenteraient 3 000 à 3 500 ha et celles présentant des dégâts de 50 à 70 % seraient à peu près équivalentes. Les zones plus faiblement touchées (à moins de 25 %) sont plus difficiles à identifier et, de toute façon, l’incidence de dégâts de cette intensité sur la productivité sera limitée. Les orages de grêle vont engendrer une diminution de production de 35 000 à 40 000 hl d’AP au niveau de la région délimitée. Même si ce chiffre paraît élevé, cela n’aura pas de conséquences réelles sur le potentiel de production global de 2014. Les perspectives de récolte semblent supérieures à celle de 2013. Par contre, pour les viticulteurs fortement touchés par les sinistres, les conséquences économiques vont se faire sentir pendant plusieurs années. La perte financière sur la prochaine récolte représentera la somme rondelette de 30 000 000 d’€, ce qui va indéniablement fragiliser l’équilibre financier de beaucoup de propriétés (surtout celles qui ne sont pas assurées).

Des interrogations sur l’efficacité du système antigrêle

La question légitime que se posent beaucoup de viticulteurs concerne l’efficacité du système anti-grêle. L’organisation de la lutte contre la grêle est gérée par l’ANELFA (l’Association nationale d’études des moyens de lutte contre les fléaux atmos-phériques) qui est implantée à Toulouse. Cette entité nationale de recherche et de pilotage de la lutte anti-grêle s’appuie sur des structures départementales (des syndicats de lutte) qui disposent de leurs propres financements. En Charente, le SILFA gère le fonctionnement de 43 générateurs implantés principalement dans la partie ouest du département qui couvrent le territoire viticole. En Charente-Maritime, le SIEMLFA gère le fonctionnement de 52 générateurs implantés dans la partie sud-ouest du département. Les responsables de l’ANELFA gèrent l’implantation des générateurs en tenant compte de l’historique des couloirs de grêle dans chaque département. La visualisation des deux cartes d’implantation des réseaux de générateurs sur le site internet de l’ANELFA (www.anelfa.asso.fr) confirme la densité assez importante de générateurs dans l’aire de production viticole. Les générateurs anti-grêle ont été mis en route dans des délais suffisants les 19 mai, et les 8 et 9 juin. Claude Berthet, la directrice de l’ANELFA à Toulouse, explique que le réseau anti-grêle des deux départements a bien fonctionné : « L’alerte de déclenchement de mise en route des générateurs a été transmise dans les délais à tous les opérateurs et les enregistrements de leur fonctionnement le confirment. Pour casser les nuages renfermant les glaçons dans l’atmosphère, il faut traiter les nuages le plus tôt possible pour saturer l’atmosphère en noyau de congélation et réduire la taille des grêlons au point qu’ils se transforment en pluie. L’efficacité du réseau repose dans sa capacité à être en mesure de traiter le plus tôt possible les nuages dès qu’ils atteignent les rives de l’estuaire. Le maillage des générateurs dans les départements de Charente et Charente-Maritime a été implanté en tenant compte des couloirs de grêle observés depuis le début des années soixante qui se déplace à partir du golfe de Gascogne dans un axe sud-ouest – nord-est. Chaque générateur protège une zone d’environ 100 km2 située à l’arrière du point d’émission. »

L’élévation des températures nocturnes amplifie la fréquence d’orages violents

Si le fonctionnement du réseau anti-grêle ne peut pas être mis en cause, on peut tout de même s’interroger sur l’efficacité des émissions d’iodure d’argent pour casser les gros grêlons ? Beaucoup de viticulteurs dans toutes les zones grêlées ont été surpris par la taille des grêlons, souvent proche de celle d’une noix. Le réseau de générateurs et les émissions d’iodure d’argent sont-ils suffisants pour faire face à des événements d’une telle intensité ? C. Berthet considère que les trois orages dévastateurs des mois de mai et de juin peuvent être à la fois qualifiés d’assez classiques et d’assez inquiétants : « Les données statistiques concernant la fréquence des orages sur les départements de Gironde, de Charente et de Charente-Maritime ne montrent pas une accentuation du nombre d’événements au cours des dernières années. Par contre, les mesures de la taille des grêlons avec le réseau de grêlimètres mettent en évidence une augmentation de l’intensité des ora-ges qui sont plus violents. Ce phénomène est à relier à l’évolution climatique qui est observée dans nos régions. L’élévation des températures déjà très perceptible s’extériorise par une augmentation plus forte des températures la nuit que le jour. Cela provoque plus d’instabilité dans l’atmosphère. Le fait d’avoir des températures nocturnes plus fortes provoque une remontée du plafond thermique de glaciation (zone où se forme les grêlons) dans l’atmosphère. Cela est propice à la formation de glaçons plus gros qui explique la violence et l’intensité des orages. Des expérimentations sont en cours pour renforcer les traitements des nuages porteurs de gros grêlons. Les deux seuls leviers sur lesquels nous pouvons intervenir actuellement sont le renforcement du maillage des générateurs et le débit d’iodure d’argent pour casser de gros grêlons. »

Les communes financent à plus de 80 % la lutte

Le système de lutte contre la grêle a vu le jour au début des années cinquante, suite aux travaux de recherche sur les ensemencements des nuages en particules glaçogènes du professeur Dessens. Les départements de la Haute-Garonne et du Sud-Ouest ont décidés de financer des recherches sur les méthodes de prévention de la grêle. Ces acteurs sont à l’origine de la création de la première association interdépartementale de lutte contre le fléau atmosphérique qui débouchera sur la mise en place de l’ANELFA (l’Association nationale d’études des moyens de lutte contre les fléaux atmosphériques). La structure, qui dispose d’un laboratoire de recherche implanté à Toulouse, fédère des associations départementales de lutte. Dans chaque département, les conseils généraux ont été à l’origine de la mise en place et du fonctionnement de l’ensemble des réseaux de générateurs pendant de nombreuses années. En Charente et en Charente- Maritime, la réduction des soutiens financiers des conseils généraux au milieu des années 2000 a fragilisé la pérennité des associations départementales de lutte. Leur survie n’a tenu que grâce à la vo-
lonté des membres des syndicats de lutte départementaux (une majorité de viticulteurs). Leur cohésion et leur force de persuasion auprès des élus locaux ont permis de convaincre les communes de prendre en charge le financement des réseaux de générateurs. En Charente comme en Charente-Maritime, la moitié des communes participe au financement des syndicats de lutte, ce qui explique certains trous dans le dispositif. Ce constat est tout de même surprenant et pénalisant pour l’organisation actuelle de la lutte dans les deux départements. Les orages des 8 et 9 juin derniers ont fait de gros dégâts au niveau des bâtiments artisanaux et industriels, des habitations, des véhicules…

Le renforcement des moyens de lutte anti-grêle à l’ordre du jour

Jacky Quesson, le président du syndicat de lutte de la Charente-Maritime, tient un discours lucide sur l’efficacité du réseau anti-grêle : « La violence des orages à laquelle notre territoire est confronté depuis quelques années devrait inciter tous les acteurs à renforcer le système de lutte. Or, seules 190 communes sur les 472 de notre département contribuent au financement du réseau de générateurs. Le territoire protégé se situe en dessous une ligne Meschers-Matha. Mon grand regret est que les assureurs ne souhaitent pas nous accompagner dans la gestion du réseau car aujourd’hui les dégâts ne se limitent plus à l’agriculture. Les ingénieurs de l’ANELFA pensent que pour protéger plus efficacement la Charente-Maritime et la Charente, il faudrait renforcer le maillage de générateurs de l’autre côté de l’estuaire de la Gironde (dans le Médoc) pour attaquer les nuages plus tôt. La présence pour l’instant de quatre générateurs à St-Seurin-de-Cadourne et au Verdon n’est peut-être pas suffisante. » En Charente et en Charente-Maritime, le budget annuel total de lutte contre la grêle pour la petite centaine de générateurs s’élève à 240 000 €, financés à plus de 80 % par les communes situées dans le périmètre des risques de grêle. En Gironde, le conseil général finance à hauteur de 80 % le système de lutte anti-grêle. Le fonctionnement des générateurs ne coûte rien puisque ce sont des bénévoles (souvent des viticulteurs et des agriculteurs) qui mettent en route et arrêtent les équipements. L’investissement pour implanter un générateur se situe autour de 2 000 € HT et les frais de fonctionnement annuels (iodure d’argent et le gaz) atteignent 2 000 à 2 500 € HT. Suite à la succession des sinistres dans la région de Cognac, le renforcement du nombre de postes anti-grêle devient un sujet d’actualité auquel les responsables professionnels vont devoir réfléchir. L’investissement dans 20 à 30 générateurs de plus représente un budget finalement peu important par rapport aux pertes financières occasionnées par la grêle dans le vignoble de Cognac depuis quelques années. En Bourgogne, l’interprofession a décidé de soutenir financièrement l’implantation et le fonctionnement du réseau de lutte anti-grêle.

Un cycle végétatif réduit de 170 à 130 jours

Le déroulement d’un cycle végétatif normal dure en moyenne dans notre région 160 à 180 jours. Celui des vignes grêlées cette année sera nettement raccourci à 130 jours maximum. Avec un redémarrage du cycle végétatif au 20 juin, les souches auront-elles la capacité et le temps de se refaire une santé ? Une grande partie des feuilles détruites, des rameaux d’1,20 m réduits à une longueur de 30 à 40 cm et de belles inflorescences complètement broyées, des blessures profondes sur les rameaux et les têtes de souches. Dans certaines communes, la proportion de vignes touchées à plus de 80 % est si importante qu’un spectacle de désolation couvre les coteaux habituellement verdoyants. Plusieurs milliers d’hectares ont dû recommencer un cycle végétatif complet à partir des 8 et 9 juin. Les viticulteurs regardent avec angoisse cette situation et font preuve de lucidité. La nouvelle surface foliaire n’aura que 120 à 130 jours pour accomplir son cycle avant la chute des feuilles. Les souches meurtries vont donc devoir « doper » leur activité photosynthétique pour espérer compenser 30 jours de « stand-by ». Souhaitons qu’il ne se produise pas de gelées précoces au début du mois d’octobre. Les conséquences humaines et économiques de ces sinistres vont être lourdes et pérennes car les vignes sont très abîmées.

Les feuilles ne retrouveront leur fonctionnalité qu’à partir de la mi-juillet

En 2009, la grêle s’était produite le 11 mai sur des rameaux jeunes d’une longueur de 30 à 50 cm et, à cette époque, les souches n’avaient pas encore « donné » toutes leurs réserves. Les deux derniers épisodes de grêle en 2014 interviennent un mois plus tard à quelques jours de la floraison et à un stade de développement où les ceps ont déjà mobilisé toutes leurs réserves. Le cycle végétatif était arrivé à un stade où la végétation en place commençait à assurer une activité photosynthétique positive. Les feuilles jouaient leur plein rôle d’unité de production de nutriments pour assurer la croissance des rameaux et des jeunes grappes. Brutalement, toute « cette belle mécanique » produisant des sucres, des acides aminés, des composés glucidiques… a été détruite. Les souches ont subi un traumatisme d’une extrême gravité dont il est difficile d’apprécier les conséquences sur leur physiologie à court et moyen terme. Les nouvelles feuilles ne retrouveront pas leurs fonctions avant la mi-juillet. L’aoûtement des bois sera sûrement difficile, le niveau des réserves accumulées par les souches incertain et la taille durant l’hiver prochain sera très problématique. La grêle de 2014 est un accident physiologique pas réellement précoce et pas réellement tardif. La capacité de réaction de la vigne risque donc d’être différente des dégâts précoces de 2009 et de ceux tardifs de 2000 (à la fin juillet).

Les vignes ayant encore 50 % de leur surface foliaire auront une meilleure capacité de réaction

Les parcelles où plus de 50 % de la surface foliaire est encore présente auront une capacité de réaction bien meilleure car le cycle végétatif est encore dans une phase de croissance active. Les feuilles adultes en place vont se remettre assez rapidement à fonctionner et, d’ici quelques semaines, la surface foliaire va se reconstituer. D’un point de vue physiologique, une feuille acquiert un bilan d’activité photosynthétique positif quand elle atteint 50 % de sa taille finale. Les vignes grêlées extériorisent toujours une phase d’inertie de leur déve-loppement durant environ deux semaines au cours de laquelle la végétation semble bloquée. Le petit épisode pluvieux du 23 juin qui intervient après deux semaines chaudes va sûrement être l’élément déclencheur de la reprise de la végétation. Les techniciens des chambres d’agriculture de Charente, de Charente-Maritime et de la Station Viticole considèrent que l’apport d’engrais azotés n’est pas du tout souhaitable. Leur effet stimulant de la croissance végétative s’accompagne d’un allongement du cycle végétatif qui nuit à l’aoûtement des bois.

La situation préoccupante des vignes totalement défoliées

L’inquiétude est par contre grande pour les parcelles défoliées à plus de 75 %. La quasi-absence de feuilles adultes entières et fonctionnelles est un réel handicap. Les souches vont devoir recommencer un cycle complet et les premières feuilles susceptibles de produire des nutriments seront au mieux présentes sur les souches à partir de la mi-juillet. Le cycle végétatif de ces vignes va être nettement plus court, même si l’arrière-saison est clémente et longue. Des essais conduits en 2009 par la Station Viticole du BNIC dans une parcelle à Rouillac détruite à 100 % avaient permis d’observer une bonne capacité de récupération de la vigne. Vincent Dumot, l’ingénieur qui a suivi cette expérimentation jusqu’à la vendange, estime que le contexte de la grêle de 2014 sera très dépendant du climat de l’arrière-saison : « La grêle est inter-venue un mois plus tard qu’en 2009 mais la saison n’est pas encore trop avancée. On était encore dans le premier tiers du cycle végétatif. Jusqu’à la mi-juillet, la vigne sera cette année encore dans une phase de croissance active, ce qui laisse présager de meilleures capacités de récupération. Ne pas toucher aux parcelles adultes était le meilleur moyen de faciliter le redémarrage de la végétation. Les enseignements d’un essai dans une vigne adulte suite à la grêle du 11 mai 2009 le confirment. Plus on fait tomber de rameaux, plus on retarde la repousse. » Il faut souhaiter que l’arrière-saison du millésime 2014 soit aussi belle et clémente que celle de 2009 pour que les souches aient le temps de faire des bois, de les mûrir et de constituer des réserves pour faciliter le débourrement 2015. Il n’est pas illusoire de penser que l’état agronomique des parcelles aura une incidence forte sur la qualité de la repousse. Les vignes entretenues et « bien nourries » depuis des années auront sans aucun doute une meilleure capacité de récupération pour les deux prochains cycles végétatifs.

Aborder la reconstruction des plantations en 2e feuille avec bon sens

Les dégâts au niveau des plantations de 2e et 3e feuilles sont souvent très spectaculaires. Les rameaux vigoureux et tendres ont été soit cassés soit profondément blessés quand ils sont encore présents. Dans les plantations de 2e feuille, la question que se posaient les viticulteurs concernait l’Intérêt d’une retaille en vert à 2 yeux au-dessus la taille de l’hiver dernier. Une telle intervention n’aurait-elle pas été en mesure de favoriser la repousse de plusieurs rameaux droits permettant de constituer un tronc solide. Dans les poches de désherbage, la base des rameaux a été généralement moins exposée aux impacts des grêlons et les blessures sont beaucoup moins fréquentes. Les avis des techniciens sur le sujet étaient assez partagés. Certains ont conseillé de ne rien faire et de laisser repartir la végétation là où elle voulait se développer. D’autres ont conseillé de rabattre le rameau de l’année le moins touché en laissant 2 bourgeons à sa base. Il était souhaitable de réaliser cette intervention de retaille en vert dans 3 à 4 jours suivant la grêle. Plusieurs viticulteurs ayant effectué la retaille en vert ont déjà vu repartir des entre-cœurs qui, deux semaines plus tard, se développent bien.

Des inquiétudes pour les plantations en 3e feuille et la production de bois et plants de vigne

Le cas des plantations de 3e feuille est plus délicat car la sélection des deux rameaux qui allaient constituer l’hiver prochain les bras du cep était déjà faite. En général, la grêle a fortement écourté, blessé en surface les jeunes rameaux. Fallait-il pour autant enlever tous ces rameaux meurtris pour faciliter le redémarrage de contre-bourgeons ou de sourds sur le bois de taille ? Les techniciens semblent plus unanimes pour considérer que ne rien toucher était la meilleure solution car toutes les coupes même en vert sont en mesure de pénaliser la circulation de la sève dans le futur cep. Laisser de nouveaux rameaux se dévelop-per et effectuer dans un bon mois une intervention en vert pour équilibrer la jeune souche paraît être la meilleure solution. Les conséquences des orages sur la fi-lière bois et plants de vignes charentaise ne sont pas à sous-estimer car le bassin de production de plants de Nercillac, Houlette, Réparsac est fortement touché. Les dégâts concernent à la fois les vignes mères de greffons et de porte-greffes et les pépi-nières. Dans un contexte de forte demande de plants de vignes, la réduction des disponibilités en plants pour 2015 et également en matériel végétal pour les gref-fages du printemps prochain représente une source d’inquiétude.

Sources :
– Station Viticole du BNIC.
– Chambres d’agriculture 16 et 17. Les responsables de l’ANELFA et des syndicats de lutte  contre la grêle de Charente et de Charente- Maritime.
– Les techniciens de la coopérative Charentes  Alliance.
– Les techniciens de la société Vitivista Charentes.
– Nombreux témoignages de viticulteurs concernés par les sinistres.

 

 

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