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Tour d’horizon viticole par Jean-François Bertran de Balanda

6 mars 2009

jean_francois_bertrand_de_balanda.jpgPrésent à la Salamandre le 23 janvier dernier, le chef de la délégation régionale ONIVINS a invité les producteurs de vins de pays charentais à sortir des frontières charentaises, peut-être pour mieux y revenir et se situer plus justement vis-à-vis des enjeux et de la situation viticole générale.

J.-F. Bertran de Balanda a d’emblée fait le constat d’une viticulture extrêmement « impactée » par la consommation. Alors que la France et même l’Europe viennent de subir leur seconde petite récolte, paradoxalement, l’effet rareté n’interfère pas forcément sur les cours. Des compartiments entiers de la viticulture s’en exonèrent. C’est notamment vrai pour les AOC dont beaucoup sont à la peine. L’échauffement du début des années 90 qui avait laissé certains viticulteurs « croire au père Noël » s’est largement estompé. Aujourd’hui la situation la plus saine – sans d’ailleurs que ce soit vraiment « de leur faute » – jouerait plutôt en faveur des vins de table et de pays. Le Languedoc-Roussillon a connu un coup de pouce décisif avec la distillation de crise déclenchée en 2001 et payée par Bruxelles avec un complément de l’Etat français. Cette distillation a éliminé 4,5 millions d’hl vol. et du même coup assaini le marché. A 80-90 € l’hl vol. de Sauvignon, les vins de pays d’Oc retrouveraient presque aujourd’hui leur niveau de prix de l’époque euphorique des années 98-99. En tout cas, avec l’agrément de plus de 4 millions d’hl vol. et plus d’un tiers des vins vendus à l’export, ils s’affirment plus que jamais comme les leaders incontestés du créneau des vins de pays. A l’évidence, les choses vont nettement moins bien pour les AOC. Région proche des Charentes, Bordeaux s’enfonce dans la crise. Plus grave, certains se demandent si la vision de l’avenir des vins d’appellation d’origine est la bonne. Globalement les AOC ont repoussé les conclusions du rapport Berthomeau. Présidé par Jacques Berthomeau et composé de six personnes, le groupe de pilotage Cap 2010 « Le défi des Vins français » a en effet remis son rapport au ministre de l’Agriculture. En gros, on y préconisait un espace de liberté pour des produits « marketés », avec des règles de production plus souples, permettant d’aller à la conquête de nouveaux marchés. Mais le consensus ne s’est pas réalisé au niveau viticole et les propositions émises par le groupe de pilotage ne trouveront certainement pas d’application réglementaire. J.-F. Bertran de Balanda fait partie de ceux qui le regrettent, au nom du risque de confusion. « Au lieu d’aller vers une segmentation plus nette des produits – vins “marketés” d’un côté, AOC “pure et dure de l’autre” – ne se dirige-t-on pas vers un “ventre mou” où se mêleraient des AOC recherchant le salut du côté des Vins de pays et des Vins de pays en quête du statut des AOC ? » A l’appui de ses craintes, le responsable de l’antenne régionale ONIVINS cite une demande des vins de pays du Périgord qui souhaitent indiquer sur leur étiquette « Périgord » puis, en dessous, la mention « Vin de pays », à la manière des AOC.

« le sort de l’article 28 paraît entendu »

« La réforme de l’OCM est en train de se négocier en douceur. » Au sein des instances viticoles, on estime généralement que l’Union européenne profite du calme des grandes régions viticoles (Midi de la France, Nord de l’Espagne, Nord de l’Italie) pour faire passer sa réforme. Dans ce contexte, 2005-2006 ne paraît donc pas une date farfelue pour le bouclage de la réforme. Les pays du Nord de l’Europe y poussent et l’élargissement de l’Europe en avril prochain ne fera que renforcer leur influence. En règle générale, les pays nord-européens ne se révèlent pas des inconditionnels des dépenses viticoles et encore moins des distillations communautaires, conçues pour évacuer les excédents. « Le décor est planté et le sort de l’article 28 paraît entendu » résume tout de go J.-F. Bertran de Balanda. D’autant que tout récemment, la profession viticole française a envoyé une lettre au ministère de l’Agriculture où elle se disait prête à accepter de sacrifier le bénéfice des distillations communautaires en contrepartie d’un soutien plus net de l’Europe vis-à-vis de l’aval, un aval considéré comme un autre moyen de moduler la production et réguler le marché. Une sorte de donnant/donnant. S’il n’est pas sûr que cette lettre trouve une suite, elle rend au moins compte du climat qui anime la filière viticole. Partant de là, le directeur de l’antenne ONIVINS a redit aux Charentais que le sort de la distillation de retrait article 28 lui paraissait scellé. « Ne vous faites pas trop d’illusions ! » Comme il lui semble que l’arrachage n’est pas non plus dans l’air du temps. « Le vent souffle dans un autre sens et ceux qui semblent le regretter sont les mêmes qui soufflent le chaud. » Si l’arrachage peut être une solution « à la marge », le représentant de l’Office des vins lui préfère de loin la restructuration qui lui apparaît « la voie royale ». « Il y a tout de même place pour 4 à 5 000 ha de vins de qualité dans cette région. » Quant à regretter que la région conserve un réservoir de vignes double fin substantiel, J.-F. Bertran de Balanda ne fait pas partie de ceux-là. « Ce réservoir est important pour tout le monde, pour le viticulteur mais aussi pour le négoce qui pourrait y puiser si les ventes de Cognac venaient à augmenter. Les intérêts sont convergents. Viticulture et négoce jouent gagnant/gagnant. D’ici à 2005, il y a une page importante à faire vivre dans cette région. La viticulture doit se mobiliser. »

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