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Témoignages Autour De l’Intéressement

5 mars 2009

Situation contrastée des accords d’intéressement en agriculture : bien développés au sein des coopératives ou de la banque verte, ils restent extrêmement marginaux dans le secteur de la production. En Charente, on n’en recenserait pas plus d’une dizaine. Globalement, les salariés ne s’avèrent pas tant demandeurs que cela et les employeurs, bien que séduits par l’idée, hésitent à passer à l’acte, voire jettent l’éponge après une tentative décevante. Certains pourtant vont jusqu’au bout de la démarche. Témoignages de deux viticulteurs et d’un éleveur porcin, le seul qui persiste et signe.

Séduit mais… – « J’ai un salarié que la formule d’intéressement séduisait, les autres beaucoup moins. Personnellement, j’y voyais le moyen d’impliquer davantage les salariés dans une affaire familiale comme la nôtre. Ma femme se montrait un peu plus réticente, craignant de mettre en place des droits acquis, immuables, difficilement révisables. “Une fois les avantages accordés, on ne pourra pas revenir en arrière.” Par ailleurs, je pense que l’activité viticole ne cadre pas très

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« La manière la plus simple d’améliorer les rémunérations : garder ses salariés longtemps. »

bien à l’intéressement. Le revenu ne tombe pas tous les mois. Bien souvent, à la clôture du bilan, l’excédent tient à la variation de stock et si résultats il y a, ils sont réinjectés dans le stock. Nous avons donc renoncé à proposer l’intéressement à nos salariés, tout en leur suggérant le Plan d’épargne entreprise. En fin de compte, ils ont refusé. Un jeune salarié se mettait en ménage, faisait construire sa maison. Il n’avait pas vraiment envie de mettre de l’argent de côté, même si l’entreprise apportait sa contribution. C’est un peu dommage. Le PEE permet de constituer un petit capital de manière presque indolore. Mais n’ayons pas de regrets ! La manière la plus simple et la plus efficace pour améliorer les rémunérations ne consiste-t-elle pas à garder ses salariés longtemps, de façon à ce que tous les ans, leurs primes d’ancienneté grimpent ! Cela sous-entend bien sûr que le climat soit bon au sein de l’entreprise. La meilleure façon d’y parvenir consiste sans doute à ce que les employés et l’employeur vivent presque sur le même plan. Quand les employés voient le patron embaucher avant eux et débaucher après eux, ne pas s’octroyer de vacances fastueuses, rouler dans une voiture ordinaire, cela facilite les relations : pas de sentiment d’envie, pas de réclamation de rémunérations excessives. Par contre, nous veillons à ce que les salariés travaillent avec du matériel en état, que les conditions de sécurité soient respectées. Par ailleurs, dans l’entreprise, il n’y a pas de sujets tabous. Mes salariés savent très bien que s’ils trouvent mieux ailleurs, je ne leur en voudrais jamais de partir. Je leur dis : “votre carrière, ce n’est pas la mienne. C’est à vous de la gérer.” Et honnêtement, aujourd’hui, s’il y a un secteur qu’il conviendrait de quitter pour gagner mieux sa vie, c’est bien l’agriculture ! A contrario, je ne leur mets pas la pression. Mais vous me direz que c’est un discours d’employeur. »

Très déçu – « Nous avons tenté l’intéressement pour rendre les salariés plus autonomes, plus concernés par leur travail. Au final, ils ne se sont pas révélés plus motivés. Ils n’ont pas compris le sens de la démarche, ne considérant que leur salaire mensuel. Pourtant, si au début l’intéressement portait sur peu de chose, en vitesse de croisière, il se traduisit par le versement d’environ un mois supplémentaire mais sans effet sur l’ambiance de travail, toujours aussi mauvaise. Aujourd’hui, ces salariés sont partis de chez nous. Mon mari a été complètement déçu. »

Chacun y trouve son compte – « En élevage porcin, les résultats techniques sont très corrélés aux résultats économiques. Si les résultats techniques progressent, les résultats économiques évoluent aussi. J’estime tout à fait normal que mes deux salariés en profitent. J’ai mis en place l’intéressement début 2005. Le premier semestre 2005 s’est soldé par de l’intéressement, il n’y en a pas eu le second semestre et retour de l’intéressement le premier semestre 2006. Sur l’exploitation, l’intéressement est basé sur trois critères techniques : le taux de fertilité des truies, qui renvoie à la maîtrise de toute la partie reproduction ; le nombre de porcelets sevrés par portée (maîtrise de toute la gestion des mises bas et du sevrage) ; le taux de perte entre le sevrage et la vente. L’intéressement est suborné à un seuil de déclenchement, fondé sur deux éléments : le prix de marché, fixé à 1 € le kilo (le prix de marché n’est passé qu’une fois

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Un intéressement basé sur trois critères techniques.

en dessous d’un euro au cours des dix dernières années) et le nombre de mises bas par semaine. En effet, en fonction du nombre de nos bâtiments et salles, nous avons besoin de douze mises bas par semaine. Si ces deux critères sont remplis – prix au cadran d’au moins un euro + douze mises bas par semaine – l’intéressement s’enclenche. Le taux maximum d’intéressement a été fixé à 20 % du salaire brut. Sur ces 20 %, 8 % ont été affectés au premier critère (taux de mise bas), 8 % au nombre de porcelets sevrés et 4 % au taux de perte. S’en suit un calcul un peu alambiqué, que je tiens sur tableur. A 80 % de taux de mise bas (80 truies sur 100 mettent bas) il y a 0 intéressement. A 85 %, on obtient les 8 %. Même chose pour le nombre de porcelets. 10 porcelets par portée déclenchent 0 intéressement mais 10,5 permet d’atteindre les 8 %. Pour le taux de perte, quand on est à 6 % rien ne tombe mais à 4 % on décroche le taux plein. Lors du premier semestre 2006, l’intéressement a porté sur 7,89 % de la masse salariale. Sachant que, sur l’exploitation, cette dernière représente 20 220 € pour un semestre, le plafond d’intéressement dégagerait en théorie 4 000 €, soit 2 000 € pour chaque salarié (4 000 € chacun à l’année), une somme non négligeable. Avec les salariés, nous avons réfléchi ensemble aux critères qui, naturellement, ne doivent pas s’avérer inatteignables. L’intéressement a été couplé à un Plan d’épargne entreprise. Tout le monde s’y retrouve, les salariés qui peuvent améliorer leurs salaires et moi-même, par le gain de performance associé à la diminution de charges. Au terme des trois ans, je pense renouveler l’accord d’intéressement. »

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