Ah, Encore Du Bordeaux, Vous Êtes Le Quatrième !

10 mars 2009

Pierre M. est un bonhomme de haute taille, un peu cassé, qui avoue sa fatigue. Sur la route 8 mois sur 12, il se bat pour vendre son vin, « un petit Bordeaux qui ne s’attire pas de critique ». «Du fait de la baisse des rendements, dans le chai il y a moins à vendre et les cours du vin ont chuté. Personnellement, la baisse des ventes bouteilles m’a fait très mal. En 2003-2004 je vendais 28 000 bouteilles. En 2006, je n’en vends plus que 16 000. Sans doute les clients trouvent-ils ce qu’ils veulent en grande distribution, à des prix défiants toute concurrence. Je démarche moi-même ma clientèle, restaurateurs, bouchers-charcutiers, particuliers. Je produis deux Bordeaux, un Bordeaux générique et un Bordeaux prestige que je vends respectivement 3,21 € et 3,82 € TTC la bouteille (4,80 € et 5,34 € passés en fûts de chêne). Il s’agit d’un petit Bordeaux mais pour lequel je n’ai pas de critique. Ce n’est pas pour autant que j’en vends plus. Avec ma femme, nous exploitons 18 ha. J’ai repris l’exploitation familiale en 1987 et j’ai planté 8 ha. J’en apporte les deux tiers à la cave coopérative et un tiers reste dans mon chai pour la vente directe. J’ai monté l’activité bouteille en 1996. Mon pic d’activité, je l’ai connu en 98-99, lors des belles années. Pour moi, la chute des ventes a débuté dès 2000. Aujourd’hui, la concurrence est vraiment forte, je suis très mal placé. Quand j’arrive dans un restaurant en Alsace, à Lille, on me dit : “Ah, vous avez du Bordeaux ! vous êtes le 3e ou le 4e de la journée !” J’ai 56 ans. Je travaille du lundi au dimanche, entre la vigne, le chai et le commerce. Je suis très fatigué. A partir de février et jusqu’à septembre, je pars tous les mois 8-10 jours en clientèle. Je roule beaucoup. Je vais en Alsace, dans les Vosges, à Besançon, Vesoul, dans le Finistère, sur la Côte d’Azur. J’essaie de faire coïncider mes livraisons avec mes prises de commandes. Je ne pratique pas de remises à mes clients mais je leur fais des cadeaux. Dans ma tête, j’ai trouvé ce système pour me démarquer. En fin d’année, petit ou gros clients, je leur laisse 12 bouteilles. J’ai des frais. Les soirées étapes coûtent entre 50 et 60 € la nuit et ensuite il y a la route, le fourgon en leasing, le gas-oil. Souvent mes clients de longue date m’invitent chez eux. En échange, je leur donne du vin. Je m’en tire mieux, ma marge en sort nettement améliorée. Mes enfants travaillent bien à l’école. Je ne les pousse pas à revenir. J’en bave trop. J’ai une année de retard dans le remboursement de mes emprunts. Je dois trouver une issue sinon je serais obligé de vendre 6 ha, une perspective qui me fait mal. Au prix actuel de la vigne – 80 à 100 000 F – je ne boucherais même pas mon emprunt.»

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