Philippe Boujut passe la main mais garde la foi

22 mars 2009

Philippe Boujut, le président « historique » du SGV Cognac, a décidé de ne pas briguer un nouveau mandat à la tête du syndicat. Emettant des regrets sur la capacité de mobilisation syndicale des vignerons charentais, il porte un regard plutôt optimiste sur les différents chantiers ouverts. Après l’élection des délégués fin avril, le conseil d’administration du syndicat désignera son nouveau président en juin.

 

« Le Paysan Vigneron » – Pourquoi avez-vous décidé de ne pas vous représenter ?

phillippe_boujut.jpgPhilippe Boujut – Je pense que dans la vie d’un syndicat, il est nécessaire qu’une certaine relève s’opère. Ceci étant, je n‘ai pas du tout l’intention de m’éloigner du syndicat ni de lâcher mes responsabilités professionnelles. Je reste vice-président du BNIC, président du CRINAO et je compte bien épauler mon successeur. J’exprimerais cependant un regret : le manque d’engagement syndical de mes collègues vignerons. Je sais que le Syndicat général des vignerons peut compter sur de nombreux sympathisants mais les adhésions ne sont pas à la hauteur de ce qu’elles devraient être. Sur 5 000 récoltants réels, j’aurais souhaité que nous arrivions à 1 300-1 500 adhérents. Or, après les dernières élections, notre effectif reste bloqué autour de 800 membres. C’est regrettable que nous ne parvenions pas à dépasser ce niveau, pour plusieurs raisons. Cela n’encourage pas les responsables que nous sommes. Ensuite cela ne nourrit pas suffisamment le vivier des futurs syndicalistes. On ne s’instaure pas responsable du jour au lendemain. Et surtout cela n’assure pas au syndicat les ressources nécessaires pour fonctionner correctement. Ce sont la vie et l’indépendance du syndicat qui sont en jeu. Il est indispensable que nous puissions rembourser le temps passé par les professionnels, sinon plus personne n’acceptera de prendre des responsabilités. Par ailleurs, nous devons pouvoir renforcer notre équipe de permanents.

« L.P.V. » – Quelles raisons voyez-vous à ce déficit d’engagement ?

Ph. B. – J’imagine qu’elles sont nombreuses. Est-ce le poids de l’histoire ? La fibre syndicale ne coule pas spontanément dans les veines des viticulteurs charentais. Pourtant, en 2000, lors de la fondation du SGV, j’ai ressenti comme un sursaut. Les vignerons étaient heureux de se regrouper pour ne parler que d’une seule voix, une voix unie. La création d’un nouveau syndicat, le SVBC, est sans doute venu écorner cette dynamique même si, depuis, il n’a pas apporté la preuve de sa capacité à mobiliser. Il faut aussi parler de la campagne orchestrée par certains bouilleurs de profession – commandités ou pas – pour dissuader les viticulteurs de s’engager aux côtés du SGV. Cette campagne, surtout sensible l’an dernier, a tout de même laissé des traces. Sur certains secteurs, comme par exemple autour de Jarnac, le syndicat a eu du mal à trouver des délégués. Les viticulteurs, dont les ventes dépendent du négoce, craignent d’exprimer leurs sentiments et par là même de déplaire à leurs acheteurs. Résultat : nous nageons en plein paradoxe : d’un côté, le syndicat jouit d’une confiance importante et inentamée auprès des viticulteurs. Et de l’autre, il reste très fragile.

« L.P.V. » – Soyons clair. Un mandat syndical joue-t-il comme un facteur d’exposition supplémentaire vis-à-vis du négoce ?

Ph. B. – Les viticulteurs ont tendance à amplifier ce phénomène. C’est vrai que quelques tensions se sont manifestées mais qui ont toujours fini par se régler. Nous vivons à Cognac en tout petit comité et il existe des gens de part et d’autre qui se respectent et savent prendre un peu de recul. Le négoce a besoin de la viticulture pour alimenter ses marchés et inversement.

« L.P.V. » – Comment avez-vous vécu ces cinq années à la tête du SGV ?

Ph. B. – J’ai rencontré des gens extraordinaires, sur qui j’ai pu compter à tout moment. Je pense notamment à mes collègues responsables viticoles mais aussi aux salariés du syndicat. J’ai découvert un monde nouveau, dans la sphère des pouvoirs public comme dans celle du négoce. Il s’agit d’une expérience très enrichissante, or aspect pécuniaire s’entend (sourire). Je conseille à d’autres de la tenter. Bien sûr, cela n’est pas toujours facile à vivre. On passe quelques nuits un peu blanches, car beaucoup de gens nous font confiance et l’on n’a pas le droit de se tromper. Il y a également le contexte familial. Quand on travaille le jour et que l’on est absent le soir, il ne reste pas beaucoup de temps pour la famille. On ne voit pas grandir ses enfants.

« L.P.V. » – Trouvez-vous que le climat interprofessionnel ait évolué ?

Ph. B. – Nous avons connu une période, trop longue à mon goût, d’opposition systématique. La viticulture ne pouvait pas prendre la parole sans que le négoce cherchât à la contredire. Sans doute pensait-il que les représentants viticoles n’avaient qu’une idée en tête : « bouffer du négociant » ! A chaque fois, il fallait justifier nos positions. Depuis quelques mois, je dois dire que ce préjugé semble être un peu retombé. Je sens une envie de construire. Et les quelques personnes qui s’inscrivent à contre-courant de cette tendance ne sont pas celles qui participent le plus aux séances de travail. J’espère que chez elles aussi les crispations vont s’estomper et qu’un nouveau climat va s’instaurer. Il me semble que les relations se normalisent.

« L.P.V. » – Pour le savoir, la détermination de la QNV va constituer un bon test.

Ph. B. – Grâce à la cure d’amaigrissement des stocks que la viticulture s’est imposée en produisant moins pendant plusieurs années et grâce à la progression des ventes de Cognac, plus rapide que prévue, nous voici revenus à un cycle de production normal, celui que nous connaissions il y a quinze ans. Dans ce contexte, un chiffre de distillation qui pourrait aller jusqu’à 540 000 hl AP la récolte prochaine ne me choque pas, à une condition près toutefois : que l’on donne à la viticulture les moyens de porter le stock. Vous me direz que le négoce peut vouloir prendre en charge la totalité du financement du stock en n’achetant que des comptes 1 et 2 à la viticulture. Mais si tel n’était pas le cas et qu’il souhaite que la viticulture conserve des eaux-de-vie de compte 3, 4, 5 et 6, il va bien falloir l’aider à les financer. Je le répète ! En soi, passer à une tranche supérieure de production ne me paraît pas aberrant mais on ne pourra pas faire l’économie d’une réflexion collective sur le financement du stock, par exemple au sein de la commission économie et finance de l’interprofession. Parallèlement, il faudra également restaurer la confiance sur le terrain et montrer l’intérêt qu’il y a à porter des stocks. Si les prix des comptes 2 devaient s’effondrer, ce ne serait guère attractif. Même chose pour les prix des eaux-de-vie de comptes 3, 4, 5 et 6 qui doivent pouvoir reprendre un cours normal.

« L.P.V. » – Vous sentez-vous lié par l’accord interprofessionnel sur les critères de détermination de la QNV ?

Ph. B. – On ne peut qu’être lié moralement à ce qui a été conclu. Il n’est pas question de revenir en arrière. Par contre, sans doute y a-t-il encore des choses à affiner. Si l’on ne devait prendre en compte que le Cognac, ce serait plus simple. Mais la surface de production à considérer est très influencée par le volume de vin de table. L’accord interprofessionnel représente une bonne aide à la décision mais n’exclut pas la discussion. Nous suivrons par exemple avec grand intérêt l’évolution des prix des vins et des eaux-de-vie.

« L.P.V. » – De quelle manière le projet structurel avance-t-il ?

Ph. B. – Le changement de réglementation me paraît en très bonne voie. Bien sûr le Syndicat général des vignerons a encore du travail à faire, dans le sens d’un accompagnement du projet. Je me suis aperçu durant ces cinq années qu’il fallait répéter et répéter encore pour être compris. Par contre je crois que tout le monde est convaincu aujourd’hui qu’il n’existe pas d’autre solution. En ce qui concerne la réforme du décret d’appellation Cognac, une première mouture va être présentée au Comité national INAO des 8 et 9 juin, en sachant que la version définitive devrait être soumise au Comité INAO de septembre ou au plus tard de novembre.

« L.P.V. » – Avant cela, une échéance proprement syndicale attend le SGV : désigner son nouveau président.

Ph. B. – En effet. Personnellement j’avais pressenti un candidat qui me semblait présenter toutes les qualités requises. Malheureusement, il m’a fait comprendre que c’était trop tôt pour lui, en raison de ses autres responsabilités. Je souhaite qu’un candidat ou qu’un collectif de candidats se dégage, suffisamment représentatif pour incarner la région tout entière.

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