« Répartir La Richesse Sur l’Ensemble Du Territoire »

14 mars 2009

svc_groupe.jpgLe Syndicat des viticulteurs charentais incarne la sensibilité Charente-Maritime au sein du SGV. Il défend plus que jamais son projet « d’affectation volontaire de solidarité ». Il y voit le gage d’une garantie d’approvisionnement « de l’ensemble des filières par l’ensemble du territoire ». Le syndicat, présidé par Didier Braud, met également en garde contre un « excès d’euphorie » qui se retournerait contre la viticulture. L’interview a été réalisée à plusieurs voix*.

(*) De gauche à droite sur la photo : Véronique Laprée (Meursac), trésorière du SVC, membre de l’assemblée plénière du BNIC, secrétaire-adjointe du SGV – Didier Braud (Archiac), président du SVC, vice-président du SGV, rapporteur de la commission viticole de la Chambre d’agriculture 17, membre de la commission « économie viticole » de l’APCA (en délégation de J. Maroteix) – Jean-Marie Arrivé (Tanzac), président de la commission viticole à la Chambre d’agriculture 17, secrétaire-adjoint du SVC – Jean-Claude Ferchaud (Corme-Ecluse), secrétaire général du SVC, délégué national à la commission viticole FNSEA – Jean-François Berthelot (Saint-Martial-sur-le-Né), membre de l’assemblée plénière du BNIC, membre du SVC, délégué du SGV – Christophe Forget (Allas-Champagne), secrétaire-adjoint du SVC, administrateur du SGV, membre du CRINAO, membre du conseil d’administration de la CNAOC .

 

« Le Paysan Vigneron » – Quand vous parlez « d’euphorie », à quoi faites-vous allusion ?

Syndicat des viticulteurs charentais – Avant les vendanges, le négoce a exercé une certaine pression d’achat pour encourager les viticulteurs au remplacement des eaux-de-vie. Par ailleurs, on nous annonce des besoins globaux de 550 000 hl AP pour la prochaine campagne. Au vu de ces promesses, des gens se disent prêts à « foncer ». Ils distillent et le prix des ha de vignes grimpe. Or la politique du commerce reste toujours la même : certains négociants font miroiter des « contrats » puis s’approvisionnent là où ils veulent, en dehors des ordres passés. Ils contribuent ainsi à déstabiliser un peu plus la viticulture et à semer la zizanie dans les rangs viticoles. Face à ces espoirs déçus, que fait la banque ? Elle encourage à vendre les eaux-de-vie à n’importe quel prix et participe ainsi à la casse des cours. Nous avons appelé ça le « cycle du marasme économique du Cognac ». A noter que les banques comme les centres comptables sont en train de prendre conscience de la situation. « Attention à ne pas repartir dans une crise similaire à celle de 1974-1975 », préviennent-ils.

« L.P.V. » – Le marché des comptes 2 reste cependant très soutenu.

S.V.C. – Peut-être mais des vins de la récolte 2004 restent dans les chais. Après une tension sur les prix en tout début de campagne, les offres du second marché ont chuté. Par rapport à l’an dernier, les comptes 0 accusent de 15 à 20 % de baisse, même chose pour les comptes 00. On peut parler à cet égard d’un véritable effondrement. Et le phénomène risque de s’accentuer en cas de distillation à la hauteur des besoins présumés du négoce. D’autant que l’on assiste à un déplacement du stock du négoce vers la viticulture. Comme à chaque fois que quelque chose s’avère moins rentable, le négoce a tendance à en reporter le poids à la viticulture. A l’inverse, la distillation apparaît plus rentable. Le négoce cherche donc à la récupérer.

« L.P.V. » – Où en êtes-vous de votre projet d’affectation « volontaire obligatoire » ?

S.V.C. – Ce projet, nous le défendons depuis 1992. Et nous sommes plus que jamais convaincu de sa pertinence. Simplement, nous préférons parler aujourd’hui « d’affectation volontaire de solidarité », sachant ce que le terme « d’obligatoire » peut avoir de gênant. Sinon, le principe reste toujours le même : répartir la richesse sur l’ensemble du territoire en garantissant l’approvisionnement de l’ensemble des filières. Qu’on nous explique pourquoi le fait de ne pas concentrer la production sur une zone donnée va mettre à mal l’économie du Cognac, sauf à ne pas favoriser la mainmise du négoce sur la viticulture. Certes, certains projets – celui du SVBC par exemple – annoncent la disparition programmée des « autres débouchés ». A la différence du SVBC, nous ne faisons pas des 35 000 F/ha un préalable obligatoire et nous sommes heureux que les vins de table et les jus de raisin constituent une porte de sortie. Pour nous, chaque ha a un débouché. Il suffit de bien l’organiser pour éviter que toutes les surfaces aillent vers le Cognac. Dans ces conditions, nous n’avons pas besoin d’artifice financier ou de montage qui relève du gadget. Qui va nous faire croire que des gens vont payer pour arracher ! C’est de la pure utopie. Comme il est utopique de penser que la QNV peut survivre sans sa base légale qui est la distillation article 28.

« L.P.V. » – Vous ne croyez donc pas à la possibilité de conserver la double fin ?

S.V.C. – L’Etat français n’est-il pas sous le coup d’une amende pour non-respect de la QNV historique ? L’Europe s’est dite prête à effacer la dette à condition de changer de système. On aurait tort de sous-estimer ces propos. En outre, nous pensons que rentrer dans l’affectation parcellaire constitue une avancée importante. Négoce et viticulture seront bien obligés de s’engager sur des volumes et des prix. C’est tout de même mieux que de baser l’avenir de la région sur le fait que le voisin arrache avant soi et libère ainsi le marché. Il paraît aberrant de vouloir transformer les « débouchés autres » en arrachage, tout cela pour faire plaisir au négoce. Notre projet d’affectation volontaire de solidarité constitue une alternative à la décapitalisation. S’organiser au niveau des surfaces sur l’ensemble des débouchés, c’est s’organiser au niveau financier. Il faut savoir s’armer pour durer dans le temps et redonner de l’espoir aux jeunes générations. Et n’allez surtout pas croire que les crus dits périphériques arracheront. Ils ont déjà donné et, comme l’a rappelé dans votre journal un haut fonctionnaire, ils ont investi de longue date dans la diversification. Ils connaissent le sens du mot « effort ».

« L.P.V. » – Concernant le projet d’affection volontaire obligatoire ou de solidarité, on évoque toujours son infaisabilité juridique.

S.V.C. – C’est vrai que l’on nous oppose régulièrement l’argument d’irrecevabilité juridique. Mais quand la volonté politique existe, elle fait évoluer le juridique. Sans même parler de cela, dans la PAC, la jachère n’a-t-elle pas une base légale ? Pourtant, là aussi, il s’agit d’imposer tous les ans un pourcentage minimum de jachère. Dans la nouvelle OCM vitivinicole, pourquoi ne pas faire valider par l’Europe le principe d’affectation, à charge pour chaque Etat membre et plus précisément chaque région de se déterminer sur le niveau souhaité ? En Charentes, nous avons parlé de 80/20 mais ce peut-être un autre pourcentage selon les années. De toute façon, il vaut mieux une affectation partielle encadrée qu’une affectation libre qui aboutirait à diminuer le rendement Cognac et donc à perdre de la rentabilité. Les gens sont raisonnables dans la peine mais dès que les choses s’améliorent, il n’y a plus moyen de les raisonner. Ce projet d’affectation, nous l’avons présenté à la commission « économie viticole » de l’APCA, où il a reçu un très bon écho. Les autres régions viticoles semblent très intéressées. Pour sortir une région de la crise sans contrainte supplémentaire, il convient de mettre des cliquets là où il faut et des leviers là où c’est nécessaire. Des ayatollahs existent partout. Ne leur prêtons pas le flanc, surtout si l’on peut aboutir au résultat escompté sans nouvelles barrières ni demande de subvention.

« L.P.V. » – Quel regard porte le SGV sur le principe d’une affectation encadrée ?

S.V.C. – Il y est tout à fait réceptif de même que le Syndicat du Pineau présidé par Jean-Bernard de Larquier. Nous considérons notre projet comme une pierre à l’édifice, une pierre qui consolidera tout le travail effectué par le SGV. C’est pourquoi nous le soutenons « mordicus » et avons bien l’intention d’enfoncer le clou. Si jamais l’affectation ne se mettait pas en place en Charentes, c’est le SGV qui porterait seul le poids de l’échec. Et ce serait la pire des choses pour la région. Un syndicat a besoin du soutien de la base. Sans la base, il n’est rien.

« L.P.V. » – Dominique Bussereau est le nouveau ministre de l’Agriculture. L’avez-vous rencontré ?

S.V.C. – Une rencontre a eu lieu entre le ministre et les OPA de Charente-Maritime. Au départ, l’invitation du ministère balayait assez large puis il y a eu rétrécissement et notre syndicat a fait partie du rétrécissement. En tant que président de la Chambre d’agriculture, Jacques Maroteix participait bien entendu à l’entrevue. Le SVC entretient des liens étroits avec la Chambre et son président. Jacques Maroteix est un homme de consensus qui aime les choses droites. Qui plus est, il est très compétent.

« L.P.V. » – Pensez-vous que la Charente-Maritime puisse avoir un accès privilégié au ministère ?

S.V.C. – Je n’emploierais pas le qualificatif de « privilégié ». Ce serait faire injure à la fonction, qui a droit à tout notre respect. Un ministre travaille dans la neutralité. Par contre Dominique Bussereau connaît très bien le dossier charentais. Il a fait partie de la délégation qui a présenté le Schéma d’avenir à Hervé Gaymard. Quant à nous, nous continuerons à passer par nos relais traditionnels : MM. Doublet, Beaulieu, Laurent…

« L.P.V. » – Que pensez-vous du projet de document « Etat et perspectives Cognac » qui prévoit, dit-on, une grille de détermination mathématique de la QNV ?

S.V.C. – Les négociants ont apparemment mal digéré le clivage concernant la QNV et que ce soit finalement notre position qui ait été retenue. Ils disent vouloir sortir d’un débat « d’état d’âme ». Certes, nous avons besoin de données tangibles mais ce qui est inscrit dans le document dépasse allégrement cet objectif. Une clé de détermination par trop mécanique ouvre la porte à l’arbitraire. D’ores et déjà, nous dénonçons le risque pour l’avenir : rendement élevé, afflux au Cognac, chute des prix et perte de rentabilité. C’est aussi faire peu de cas des gens qui siègent au BN. Le document « Etat et perspectives Cognac » est révélateur d’une mainmise un peu trop forte de certains négociants sur l’interprofession. L’interprofession est malade et même gravement malade. Nous ne remettons pas en cause sa légitimité mais son fonctionnement. Il est de nature complètement féodale. Les idées viticoles ne sont même pas entendues, du fait d’un profond manque de respect. Cela introduit un blocage du système. La commission production n’a toujours pas de président. Les votes sont systématiquement difficiles. Comment avancer dans de telles conditions ?

« L.P.V. » – Le Syndicat de défense de l’appellation est sur les fonts baptismaux ou du moins sa composition va être débattue dans les prochains jours.

S.V.C. – Le Syndicat de défense de l’appellation doit regrouper l’ensemble des tendances de la région. Le SGV s’inscrit dans la droite ligne de cette exigence. Issue des élections de 1998, sa légitimité ne peut être remise en cause ou ce serait bafouer toutes les règles de la démocratie. Un négociant qui souhaiterait intégrer le SGV ne saurait souffrir de refus. A partir de là pourrait s’appliquer le principe d’un homme, une voix. Pour nous, le Syndicat de défense de l’AOC existe déjà. Il reste aux pouvoirs publics à le reconnaître en tant que tel, sans perdre plus de temps. Quant à constituer un syndicat à 50/50 avec le négoce, ce serait se faire hara-kiri. Nous ne voulons pas d’un BN bis.

 

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