Le Syndicat Veut Faire Du Petit Bois Des Plaquettes

22 février 2009

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Olivier Louvet et Christophe Véral.

En cette fin d’année 2006, les premières plaquettes d’information sur l’affectation parcellaire sont arrivées chez les viticulteurs. Elles déplaisent souverainement au syndicat protestataire, qui le dit haut et fort. En plus du « niet » à l’affectation parcellaire, le SVBC concentre son discours sur le « non à l’INAO dans les vignes », le « oui aux jus de raisin au-dessus du Cognac ». Il appelle à une consultation de la viticulture par référendum. Christophe Véral et Olivier Louvet ont souhaité porter le fer sur ces sujets.

 

« Le Paysan Vigneron » – Vous semblez très remontés contre la première salve de communication sur l’affectation parcellaire, destinée à préparer l’abandon du système de double fin.

Christophe Véral, Olivier Louvet – C’est en effet un peu énorme de dépenser autant d’argent – le ministre a parlé d’une enveloppe de 2 millions et demi d’euros consacrée à l’information et à la formation – pour communiquer autour d’un projet que nous estimons mort-né. Si l’affectation parcellaire était intervenue quand le Cognac n’absorbait que 60 % des volumes régionaux, passe encore. Mais dans un contexte où le Cognac absorbe 94 % de la production régionale, pourquoi persister à défendre un système qui ne correspond plus à rien, sauf à nous placer dans un carcan dont nous ne pourrons plus sortir. Qui plus est, si la réforme était aussi bonne qu’on le prétend, pourquoi faudrait-il une telle débauche de moyens pour expliquer son bien-fondé ? Une bonne réforme se vend toute seule.

« Le Paysan Vigneron » – Le SVBC fait pourtant partie du comité de pilotage chargé d’organiser la communication autour de l’affectation parcellaire.

C.V. – C’est vrai et lors d’une réunion de préparation de la plaquette, je fus le seul à me positionner contre la campagne de communication, ce qui a eu l’heur de déplaire à mes collègues. Si j’étais contre, je ne devais pas être là ! Je défends quant à moi notre présence, non pour cautionner le système mais pour être au courant de ce qui se trame.

« Le Paysan Vigneron » – Quels griefs nourrissez-vous à l’égard de l’affectation parcellaire ?

C.V., O.L. – L’affectation parcellaire, avec son système d’identification des parcelles Cognac, fait rentrer l’INAO dans le vignoble. Or l’INAO ne supporte pas plusieurs produits dans une même vigne. Cela signifie, entre autres, la fin des jus de raisin au-dessus du Cognac.

« Le Paysan » – N’y a-t-il pas une certaine contradiction à soutenir que le choix Cognac disqualifie tout autre type d’affectation et, dans le même temps, défendre à tout prix les jus de raisin au-dessus du Cognac ? Qui plus est, le système d’affectation ménage toujours la possibilité de produire des jus de raisins sur les vignes « autres ».

C.V., O.L. – Les jus de raisin ne sont pas rentables à eux seuls. S’ils sont découplés des ha Cognac, nous les perdrons. Qui peut sérieusement croire – à moins de pratiquer un certain angélisme – qu’un viticulteur va aller affecter des surfaces aux jus de raisin pour perdre 2 000 à 2 500 € de l’ha. Il va falloir plus de 2 millions d’€ pour lui expliquer ! Par contre, les jus de raisin ont leur place au-dessus du Cognac, car ils s’inscrivent dans une démarche qualitative. Ils permettent d’éponger naturellement les rendements nécessaires à la bonne qualité d’un Cognac, sans avoir besoin d’inventer une « usine à gaz » pour détruire les excédents. Si, demain, le projet INAO passe, nous devrons payer pour éliminer nos surplus. Mme Fischer Boël l’a clairement dit lorsqu’elle est venue à Cognac. L’Europe ne dépensera pas un cent pour aider à la destruction. Dans ces conditions, la réaction attendue des viticulteurs consistera à ajuster leur rendement agronomique sur celui du rendement Cognac, avec les risques qualitatifs prévisibles. Un rendement de 80 hl/ha à 11-12 % vol. ne présume pas forcément des meilleures eaux-de-vie. Certes, il est de bon ton de dire que les viticulteurs ne paieront pas pour détruire car il n’y aura rien à détruire. Mais est-ce là le but ?

« Le Paysan Vigneron » – Vous connaissez le débat juridique de fond, qui consiste à dire qu’après la disparition de la distillation de retrait article 28, dont le seuil de déclenchement sert aujourd’hui de socle juridique à l’encadrement de la production Cognac, ne resteront plus demain que deux seules alternatives, le régime des vins de table ou celui de l’INAO. Or, sur les marchés, Cognac a peut-être encore besoin de la caution de l’AOC.

C.V., O.L. – Bruxelles ne veut plus financer les distillations obligatoires et nous le comprenons fort bien. En toute logique, l’Europe préfère payer pour dissuader de produire plutôt que de payer pour détruire. L’abandon de la distillation de retrait de l’article 28 s’inscrit dans ce contexte. Par contre, si Bruxelles a demandé la suppression de la DO double fin, elle n’a jamais réclamé l’arrêt de la double fin. Cette subtilité sémantique n’est pas anodine. Entre l’INAO « pur et dur » et le régime vin de table, il y a certainement une troisième voie à trouver. Le rapport Zonta avait explicitement évoqué la création d’un Comité national des eaux-de-vie à côté de celui des vins. Cette piste semble être passée par pertes et profits. Par ailleurs, si l’NAO devait gérer le vignoble, à quoi servirait le BNIC ? A l’heure de la décentralisation, nous devrions repasser par Paris. Arrêtons ! Quant à dire que l’INAO est le rempart aux tricheurs, par la sécurité juridique que le système d’appellation induit, l’argument est tout relatif. Demain, l’INAO peut être attaqué à Bruxelles. Il est impossible de verrouiller à 100 % une réglementation. L’économie représente encore le meilleur garant de la lutte contre les tricheurs. Quand la QNV Cognac était à 6 hl AP, les dépassements s’avéreraient plus nombreux qu’aujourd’hui. A nos yeux, il ne faut pas chercher ailleurs que dans une histoire de cotisations l’irruption de l’INAO dans le vignoble.

« Le Paysan Vigneron » – Tout le monde ne vend pas 100 % de sa récolte au Cognac et, demain, la région peut connaître des revers de fortune sur son débouché phare. Que pensez-vous du pack « affectation des ha – hauts rendements » pour le vignoble à usage industriel ?

C.V., O.L. – Nous ne sommes pas « vent debout » contre l’idée de pouvoir produire 200 ou 230 ha sur des vignes à usage industriel. A la limite, la rentabilité pourrait être intéressante. Sauf qu’en l’occurrence, rien n’est sûr. Aucun texte de loi, aucune réglementation ne nous certifie l’existence de ces hauts rendements. Pourtant, on s’en targue pour lancer la réforme. Un peu inconséquent comme attitude ! On peut croire les opérateurs vins de table quand ils nous disent qu’ils ont les débouchés. Par contre, les prix, ils ne les maîtrisent pas du tout. Dans ces conditions, les viticulteurs vont-ils affecter aux débouchés « autres » alors qu’aucune catastrophe annoncée se profile sur le Cognac ? Les gens savent calculer. Et puis cela coûte tellement cher de produire 200 hl/ha. Pas sûr que le vignoble soit encore adapté et que les viticulteurs disposent de la trésorerie nécessaire pour se porter sur de tels rendements.

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SVBC et MODEF manifestant dans la rue le 31 octobre lors de la visite de D. Bussereau et M. Fisher Boël.

« Le Paysan Vigneron » – L’enjeu des prix fonde un peu le projet d’affectation. Quelque part, la viticulture cherche à obtenir une revalorisation des prix par une meilleure organisation des marchés. Souscrivez-vous à cette revendication sur les prix ?

C.V., O.L. – C’est sans doute le point qui nous rapproche le plus du SGV, avec l’appréciation du niveau de QNV Cognac. Nous sommes naturellement favorables à un rattrapage des prix. Mais la convergence avec le SGV s’arrête là. Nous ne pensons pas qu’un système d’affectation soit de nature à faire remonter les prix. En servant d’alibi pour ne pas qu’un ha s’arrache, il sert au contraire les intérêts de ceux qui souhaitent avoir des surfaces sous le coude, pour que les prix ne progressent pas trop. Un réservoir de 75 000 ha de vignes représente sans doute une bonne chose pour développer les ventes de Cognac. C’est peut-être un peu moins bien pour le viticulteur.

« Le Paysan Vigneron » – Vous prônez l’arrachage ?

C.V., O.L. – Nous défendons une approche simple des problèmes. Dans un monde qui bouge de plus en plus vite, la seule attitude qui vaille consiste à garder de la souplesse, pour s’adapter au mieux. D’où la conclusion qui s’impose : tout plan est de facto obsolète. Mais comment peser tout de même sur notre avenir ? Pour nous viticulteurs, la solution la plus simple est d’agir sur notre vignoble, avec par exemple des prorogations de droits de plantation de 15 ou 20 ans pour s’assurer d’un potentiel de production sans forcément le faire peser sur les cours. Mais ce qui paraît évident ne parle pas forcément à tout le monde.

« Le Paysan Vigneron » – En effet, vous semblez avoir du mal à étendre votre sphère d’influence.

C.V., O.L. – Beaucoup de gens pensent comme nous mais les Charentais ne sont pas syndicalistes dans l’âme. Ils ont du mal à monter au créneau. Et puis c’est « bon enfant » d’être au SGV. « Manger du négoce » est quelque chose de très à la mode aussi, même si les revendications n’aboutissent pas. Que la région ait le courage d’organiser un référendum sur l’affectation et nous nous rangerons derrière le vote des viticulteurs. Un vignoble ne peut pas être à ce point autiste pour n’entendre qu’un son de cloche. A noter que si une majorité se déclarait pour l’affectation, cette dernière aurait des chances de fonctionner. Mais ce résultat paraît bien improbable. Nous représentons une viticulture qui veut vivre, qui n’acceptera pas d’être condamnée sur l’autel d’une vision administrée des choses.

 

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