Sur douze ha, ils choisissent de n’en acheter que six

8 mars 2009

A l’installation du fils, une opportunité se présente aux associés du GAEC : 12 ha de vignes se libèrent à l’achat dans leur environnement proche. Ils choisissent de n’en acquérir que 6, pour rester à une taille qui leur convient mieux en terme d’organisation de travail, de qualité de vie mais aussi pour préserver le rapport privilégié qu’ils entretiennent avec leur vignoble.

Quand Martial s’installe en mai 2000 en GAEC avec ses parents, l’exploitation compte 24 ha. Une taille que les associés trouvent harmonieuse. Elle leur va bien. Il faut dire qu’en plus des vignes et quelques lopins de céréales, l’exploitation fonctionne avec deux gîtes ruraux et a développé depuis quelques années une petite activité de vente en bouteilles. Quand la crise est passée par là, les gîtes ont permis de tenir le coup. Même à l’époque du retour de Martial, « tout n’est pas rose » sur la ferme. La perte de contrats a tendu la trésorerie. C’est en partie pour cela qu’après avoir fait un BTA viti-œno, Martial abandonne l’idée d’un BTS. Après son stage de six mois en Alsace, il s’installe avec ses parents. « L’arrivée de Martial nous a fait du bien, confirme le père. On ronronnait un peu. Il a fallu mettre les choses à plat, réfléchir à ce qui était rentable et à ce qui l‘était moins, se remettre en question. » La confrontation des deux savoirs est source d’enrichissement, de part et d’autre. Le père et le fils partagent une vision commune du travail : ils aiment « les choses bien faites ». « Là dessus, on s’entend » avouent-ils. Et sur le reste aussi, le courant passe plutôt bien. Pas de conflit, pas de « gueulantes », pas de portes qui claquent tous les jours. « Quand on arrive à s’entendre, on a même pas besoin de se parler » relève le père qui n’est pourtant pas du genre taciturne ni introverti.

« une vraie opportunité »

A l’époque de l’installation, l’agrandissement n’est pas à l’ordre du jour. Il va falloir une vraie opportunité pour que la famille change son fusil d’épaule et encore seulement d’une demi-épaule pourrait-on dire. Un parent vend ses vignes et les propose en priorité à Martial. Le prix est intéressant, les vignes sont en bon état et en plus, elles sont « bien placées », à 5 mn en voiture du siège d’exploitation. Un argument décisif pour la famille. « Nous n’aurions jamais repris de vignes éloignées de plusieurs km. Nous, ce qu’on aime, c’est partir le matin à pied avec le chien pour aller tailler. » Et puis il y a les gîtes sur lesquels il faut garder un œil, voir donner un coup de main le samedi après-midi, à l’heure du changement de locataires. Martial allait-il reprendre à son compte les 12 ha ? La famille préfère couper la poire en deux. « Notre structure ne nous permettait pas plus et puis, ce n’était pas notre but de nous agrandir. » Par contre les 6 ha supplémentaires – qui portent la superficie totale de vignes à 30 ha – pourront peut-être permettre l’installation de la sœur de Martial, si elle en exprime le désir. « A la Chambre d’agriculture, on nous a dit qu’un jeune ne pouvait pas s’installer sur moins de 15 ha, alors, 30 ha à deux, ça marche. » Reste à trouver l’argent. Une banque propose de financer 80 % de 80 000 F, la moitié à 3,5 %, l’autre à 6. Une autre s’engage sur 100 % de la somme, à 3,5 %. « Il n’y avait pas photo. » Prudents, la première année, les associés de l’EARL distillent à part les vins des surfaces nouvellement acquises. C’est qu’ici, on ne plaisante pas avec la qualité. On lui voue un véritable culte. « Si vous faites du bon Cognac, vous vendrez bien. » Cet axiome pourrait s’inscrire en lettres d’or au frontispice de l’exploitation. On y croit dur comme fer. Bien faire ses vignes, bien distiller, bien stocker… Les viticulteurs ne voient pas d’autre conduite à tenir. Le père l’avoue : sa première passion, c’est la vigne, sa seconde la distillation. Et pour couronner le tout, il porte un regard enamouré sur le Cognac révélant, au passage, une âme d’enfant. « Le cognac, c’est magique. Imaginez, on transforme un produit qui va se vendre dans le monde entier. Il n’y a pas beaucoup de gens capables de faire ça. » Le fils entend ce que dit son père et l’approuve. « Toi tu fais les choses de l’ancienne façon ; moi, j’arrive avec la nouvelle façon, j’essaie de prendre le meilleur des deux. » Une belle leçon de respect et de dialogue entre deux générations.

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