La Problématique Main-d’œuvre d’Une Grosse Structure

16 mars 2009

 

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Bernard Pineau.

Les difficultés de recrutement n’épargnent pas les grosses structures. Responsable des Domaines Renault Bisquit (425 ha de vignes), Bernard Pineau peine à trouver ses deux nouveaux salariés dont il a besoin. Accessoirement, il évoque le management d’une équipe de 25 permanents.

 

 

« Le Paysan Vigneron » – Vous rencontrez des problèmes de recrutement ?

Bernard Pineau – Autant en 2006, il avait été assez facile de trouver du personnel – bouche à oreille, candidatures spontanées – autant la situation apparaît plus tendue en 2007-2008. Pour compenser les départs en préretraite Fillon, notre besoin portait sur deux ouvriers viticoles en CDI et deux ouvriers en CDD, dont la présence devait combler un surcroît de travail sur une période de cinq mois. Si l’embauche des deux ouvriers en CDI, sans être facile, a pu se finaliser, rien de tel avec les deux CDD. Impossible de recruter des candidats. J’ai pourtant multiplié les approches, à commencer par des annonces dans votre journal mais aussi dans notre bulletin interne, qui touche les 350 salariés Martell. Généralement, peu de personnes se manifestent par ce canal, mais peut-on au moins espérer l’effet de bouche à oreille. J’ai aussi sollicité le CEMES emploi (cercle d’échange – NDLR), l’ANPE, l’APEC (emploi des cadres), la Tribune verte, les agences d’intérim. Aujourd’hui, je me pose la question de savoir comment toucher les gens potentiellement intéressés par un emploi viticole. Je pense qu’il y a un réel problème d’information. Au final, j’ai dû me tourner vers la prestation de services.

« L.P.V. » – Qu’attendez-vous d’un salarié ?

B.P. – De prime abord qu’il aime le métier, la vigne, qu’il ait conscience des difficultés de l’activité. Nous avons également besoin de gens qui s’investissent dans la qualité, l’environnement, la sécurité, ce qui n’est pas toujours évident mais pourtant indispensable. Les normes Iso 14000, 18000 vont s’appliquer aux propriétés et nous avons besoin de salariés qui adhèrent complètement au projet. Dans un autre ordre d’idée, nous recherchons des gens techniquement compétents et totalement autonomes, ce qui n’était pas forcément vrai en 1985, quand je suis rentré chez Martell comme chef de culture.

« L.P.V. » – Est-ce que cela passe par le diplôme ?

B.P. – Pas forcément. J’ai l’exemple de jeunes Bac pro ou même de BTS qui, en fin de compte, sont moins armés qu’un BEP viti. Par contre nous souhaitons des gens ayant du potentiel pour devenir polyvalents ; à terme, ils devront savoir tailler, broyer, fauciller, passer la herse rotative, traiter. Je pense à un appareil technique comme la rogneuse à double rangs. Sa conduite réclame une certaine dextérité. Bien sûr, nous adaptons les tâches à la capacité de chacun. Le même degré d’exigence ne s’applique pas à tous. Par contre la polyvalence reste de rigueur, de même que l’autonomie. Quand quelqu’un part traiter à 12 km du site d’exploitation, il doit être capable de vérifier le bon débit de son pulvérisateur.

« L.P.V. » – Voulez-vous du personnel directement opérationnel ou acceptez-vous de le former ?

B.P. – Je n’irai pas jusqu’à dire qu’un peu d’expérience ne nous intéresse pas. Mais nous acceptons de former les gens. Me vient à l’esprit le cas d’un jeune de 21 ans, employé en CDD pour remplacer un ouvrier malade. Son recrutement en CDI représenta une très bonne chose pour nous. Malgré son expérience limitée, il avait envie d’apprendre et je sentais son intérêt pour le métier. L’an dernier, nous avons formé un apprenti de A à Z qui, malheureusement nous a quittés pour aller travailler dans le Bordelais. Nous sommes prêts à nous engager dans une démarche de formation. Quelque part, elle fait partie de la mission d’entreprises comme les nôtres, qui s’approvisionnent auprès de la viticulture. Nous devons participer à la promotion de l’emploi viticole. Malheureusement, les candidatures n’affluent pas. Il faut trouver le jeune qui souhaite s’engager en apprentissage. Nos demandes auprès des organismes de formation restent souvent vaines.

« L.P.V. » – Est-ce une question de salaire ?

B.P. – Je ne le pense pas. La grille de salaire des domaines Renault Bisquit est supérieure à la convention collective (35 heures annualisées, sans heures supplémentaires – NDLR).

« L.P.V. » – En règle générale, comment se passe le recrutement chez vous ?

B.P. – Il implique au moins trois personnes, le chef de culture, moi en tant que responsable des vignobles et un collègue de la DRH (direction des ressources humaines), pour sa vision extérieure du métier. Nous voulons qu’à la sortie de l’entretien la personne sache vraiment à quoi s’attendre en terme de contraintes de production. Ainsi, par exemple, la taille dure quatre mois. C’est une période longue même si nous essayons de l’entrecouper de deux semaines de congés, à Noël et en février pour éviter les problèmes de TMS (troubles musculo-squelettiques).

« L.P.V. » – La formation représente quelque chose d’important pour vous ?

B.P. – Tous les ans l’ensemble des équipes reçoit une demi-journée de formation à l’utilisation des produits phytosanitaires. Nous travaillons également beaucoup avec la MSA sur les « gestes et postures ». Des formations particulières sont délivrées, à la conduite des chariots-élévateurs, à l’utilisation des pressoirs, au secourisme sans parler des formations spécifiques à la taille.

« L.P.V. » – Quels sont les facteurs de motivation des salariés ?

B.P. – La société a mis en place un système de rémunération individualisée qui nous permet de sensibiliser les gens à leurs performances. Ce que nous voulons dire par là à nos gars c’est que nous sommes capables de mettre la main à la poche sur des critères de qualité ou de volonté de bien faire. Le système fonctionne selon le principe du N + 1 : bilan de l’année passée et entretien avec le niveau hiérarchique immédiatement supérieur au sien. Les ouvriers viticoles ont leurs entretiens avec le chef de culture, le chef de culture avec moi. Ces entretiens suivent une trame élaborée par la DRH, commune à l’ensemble des salariés de Martell. Sont évoqués le déroulé de l’année, la qualité du travail, les propositions émanant du terrain. Ces propositions sont très importantes pour nous. Elles nous permettent d’évoluer. En tant que vignobles appartenant à une maison de Cognac, nous sommes très regardés. Il convient aussi que le domaine soit une belle vitrine pour l’entreprise.

« L.P.V. » – Assurez-vous une progression de carrière à vos équipes ?

B.P. – Les ouvriers viticoles sont tous traités à même enseigne. La notion d’échelon n’existe pas. Par contre, quand des postes s’ouvrent, de seconds ou de chefs de culture, nos privilégions toujours la promotion interne.

« L.P.V. » – Quel est le climat social ?

B.P. – Je ne conçois pas que l’on vienne travailler à reculons. Sans doute tout n’est pas rose dans les équipes mais nous essayons d’entretenir un bon climat social. Personnellement, je réunis l’ensemble des salariés quatre fois par an, avant les vendanges, après les vendanges, avant la taille et au printemps. Ce sont des réunions ascendantes et descendantes où les informations circulent. Selon la période, je communique le résultat des vendanges, les consignes de taille ou de traitement, je rappelle le rôle de chacun, les principes de sécurité. Les ouvriers font remonter l’état des vignes, les fonctionnements ou dysfonctionnements qu’ils ont constatés. Je suis à leur écoute. Sur un plan plus convivial, le traditionnel repas des vendanges réuni l’ensemble des salariés viticoles. Nous y tenons beaucoup. Cette année, la présence de M. Breton, du directeur des ressources humaines et de mon directeur fut une satisfaction pour moi et une grosse récompense pour les équipes. Ensuite, chaque site à sa propre vie, galette des rois, anniversaires, pots de départ…

« L.P.V. » – Techniquement, comment avez-vous négocié la difficile année 2007 ?

B.P. – Je dois dire que nous nous en sommes très bien sortis avec 10,3 de moyenne (10,3 hl AP/ha). Si ma hiérarchie ne me donne pas d’objectifs précis à tenir, il est clair qu’il convient de faire le mieux possible. Le résultat de cette année est à mettre au crédit de l’ensemble de mon équipe et des heures passées sur les tracteurs, y compris les samedis. A chaque fois que cela leur fut demandé, les salariés ont toujours répondu présents.

« L.P.V. » – Comment organisez-vous la couverture phytosanitaire ?

B.P. – Pour traiter en bonne condition dans une structure comme la nôtre, je considère qu’il faut un appareil pour 25 ha. Dans notre mode de fonctionnement, il faut que ça passe dans la journée (les 430 ha couverts dans la journée). Quand un tractoriste a fait 9 heures, on l’a déjà sollicité un maximum. Nous traitons face par face, trois rangs complets. En terme d’équipement, je privilégie les choses simples, pas trop sophistiquées. Je ne suis pas contre les avancées technologiques comme les DPA (débit proportionnel à l’avancement) mais à condition que les terrains le permettent. En règle générale, je ne recherche pas les appareils ou les tracteurs bardés d’électronique mais une approche technique fiable et simple.

« L.P.V. » – Quelles sont les contraintes d’une structure comme la vôtre ?

B.P. – Nous avons beau avoir de la main-d’œuvre, nous ne disposons pas de la réactivité d’une structure familiale ou simplement plus petite. Dans ces conditions, nous sommes obligés d’énormément anticiper. Pour les traitements par exemple, cela pose de grosses difficultés. Traiter le dimanche après un orage, moi je ne peux pas. Conséquence : il faut toujours être en avance. Malgré cela, il arrive de se tromper. D’autres années, comme en 2007, l’alchimie fonctionne.

« L.P.V. » – Que pensez-vous de l’emploi féminin ?

B.P. – J’y suis très favorable, d’autant plus que l’ANPE accomplit un gros travail de formation des femmes à la taille. L’an dernier, j’avais reçu une jeune fille pour le poste de second d’exploitation. Malheureusement, elle n’avait pas d’expérience de management. Mais la situation va très vite évoluer.

Un des plus grands domaines viticoles charentais

Depuis le 1er avril 2007, la Société des Domaines viticoles Martell et la propriété Renault Bisquit sont regroupées dans une même entité, la Société des Domaines Renault Bisquit. L’exploitation compte 650 ha dont 425 ha de vignes, ce qui en fait une des plus grandes propriétés viticoles de la région délimitée Cognac. La structure est pilotée par trois sites, Gallienne (186 ha de vignes dans un périmètre de 14 km), Criteuil-la-Magdeleine (55 ha de vignes) et Lignères (184 ha, dans un périmètre de 2 km). Bernard Pineau est responsable des vignobles sous la supervision du directeur industriel de la société Martell. Dans chaque site, l’encadrement se compose d’un chef de culture, à 50 % sur le terrain mais également chargé des dossiers qualité, sécurité, environnement, ainsi que de deux « seconds d’exploitation », présents aux côtés des équipes.

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