SICA des Baronnies de Jarnac – Courvoisier : Signatures des contrats et nouvelle entité Beam-Suntory

11 juin 2014

Actualité dense pour Courvoisier et les viticulteurs de son périmètre. Alors que les coopératives associées (dont la sica des Baronnies) s’apprêtent à renouveler durant l’été leurs contrats triennaux avec la maison, Beam vient d’être racheté par Suntory. L’opération a été finalisée le 30 avril. Nom de la nouvelle entité : Beam-Suntory.

 

 

p9.jpgLors de l’assemblée générale de la sica des Baronnies de Jarnac, le 8 avril, Patrice Pinet parlait d’une opération imminente, qui n’attendait plus que la bénédiction des autorités de la concurrence à Bruxelles.
Feu vert obtenu le 28. Le 30 avril, le rachat du groupe américain Beam par le groupe japonais Suntory est devenu effectif. Pour l’occasion, Suntory aura déboursé la somme assez faramineuse de 16 milliards de dollars (11,5 milliards d’€), ce qui fait de l’opération Beam l’une des plus importantes du secteur des spiritueux. Courvoisier passe donc sous le pavillon Beam-Suntory, puisque c’est ainsi que va s’appeler la nouvelle entité. Cela ne devrait pas changer grand-chose pour la maison de Cognac (voir interview de Patrice Pinet), si ce n’est l’ouverture de nouvelles pers-pectives en Asie et un actionnariat familial – celui de Suntory – connu pour sa vision à long terme.

Bien que les deux événements soient totalement indépendants et ne se situent pas au même niveau, le rachat de Beam par Suntory coïncide avec le renouvellement des contrats triennaux entre Courvoisier et ses sica associées, sica des Baronnies, ACBC et sica 15. Philippe Joly, président de la sica des Baronnies, est revenu longuement sur cet épisode marquant de la vie de toute coopérative associée. Même chose pour Benoît de Sutter, responsable des
achats vins et eaux-de-vie de la maison de négoce. Tous les deux ont évoqué une « actua-
lisation » de l’engagement contractuel, en précisant bien que ce toilettage s’exerçait « dans le respect des fondamentaux ».

Les piliers du contrat

Ces fondamentaux – ces « piliers » de l’engagement contractuel – remontent à 1985, année de la création de la sica. A l’époque Jean-Marc Olivier et le premier conseil d’administration de la coopérative en avaient jeté les bases. Pour la sica des Baronnies, il s’agit en premier lieu d’un équilibre 65/35 : 65 % de rachat en eaux-de-vie nouvelles et 35 % en eaux-de-vie rassises ou « Bonnes fins » (sauf option récente d’un contrat en 00 sur la totalité) ; en second lieu, d’un prix minimum garanti pour les 35 % stockés en Bonnes fins ; et enfin d’un niveau de livraison qui ne peut pas descendre en dessous de 85 % des volu-
mes initiaux engagés.

Au sujet du contrat « sica des Baronnies », Philippe Joly a proposé aux adhérents de la coopérative de valider deux modifications principales. La première concerne la date de renouvellement des contrats. Normalement, la signature des nouveaux contrats intervient à l’issue de la période triennale : été 2014 pour le cycle de récoltes 2011-2012-2013 ; été 2017 pour le prochain cycle 2014-2015-2016. L’idée est d’anticiper d’un an la signature de l’engagement triennal. Concrètement, le contrat s’achevant avec la récolte 2016 ne sera pas signé au cours de l’été 2017 mais dans les semaines précédant le 30 juin 2016, soit 13 mois avant son terme. Pourquoi une telle anticipation ? Réponse de B. de Sutter. « La signature des nouveaux contrats représente toujours une période d’incertitude, pour vous adhérents de la sica comme pour nous Courvoisier. Un engagement avant l’échéance représente un gage de continuité. Il offre plus de visibi-lité aux deux parties. Vous aurez en permanence deux récoltes dans le viseur. Qui plus est, cette date butoir du 30 juin de l’année N + 2 correspond à l’affectation N + 2 prévue par le cahier des charges Cognac. »

p10.jpgLa seconde modification concerne la durée des contrats. Les partenaires fortement engagés chez Courvoisier se voient offrir la possibilité de porter leur engagement à six ans au lieu de trois. En clair, le contrat signé en 2014 pourrait se terminer en 2019. Par « viticulteurs fortement engagés », le responsable des achats a précisé qu’il s’agissait des adhérents livrant plus de 6 hl AP/ha, soit environ la moitié des livreurs de la sica. Naturellement, la signature d’un contrat de 6 ans au lieu de 3 n’a rien d’obligatoire.

Les sociétaires de la sica ont voté à l’unanimité les deux modifications. Au cours de l’été, des rendez-vous individuels entre les adhérents de la sica et les distillateurs partenaires permettront d’échanger autour des nouveaux contrats, afin que chacun se positionne. « Cette redéfinition de notre politique contractuelle débouche sur une nouvelle dynamique partenariale » a souligné Philippe Joly, président de la sica. Il a remercié l’ensemble du conseil d’administration pour s’être autant impliqué dans l’élaboration des nouveaux contrats, un chantier qui, a-t-il dit, « aura duré un an ».

Sur la récolte 2013, la sica a rentré 32 828 hl AP, des quantités en légère baisse par rapport à 2012 (35 000 hl AP). « Ces volumes sont à l’image de la petite récolte 2013 » a commenté Benoît de Sutter qui a remercié les viticulteurs ayant fait le choix de libérer tout ou partie de leur réserve climatique pour abonder leurs contrats. Comme l’an dernier, le conseil d’administration a choisi d’intégrer la prime qualité des vins (15 € par hl AP) au prix de base, compte tenu du haut niveau qualitatif des vins. « La vigilance reste toutefois de rigueur » a-t-il été indiqué, en signalant que l’analyse des vins demeurait systématique.

Une revalorisation de 25 % en 3 ans

Par ailleurs, le conseil d’administration a décidé d’appliquer une hausse de 80 € par hl AP à tous les crus, soit une augmentation du prix du vin Cognac d’environ 10 % par rapport à l’an dernier. A titre indicatif, le prix du vin Cognac ressort aux montants suivants : 850 € l’hl AP pour les Bons Bois, 900 € pour les Fins Bois, 914 € pour les Petites Champagnes, 955 € pour les Borderies et 990 € pour les Grandes Champagnes. Si l’on y ajoute 150 € de frais de distillation, stables depuis plusieurs années, cela donne un prix de rachat des eaux-de-vie nouvelles de 1 000 € l’hl AP (Bons Bois), 1 050 € (Fins Bois), 1 064 € (Petite Champagne), 1 105 € (Borderies), 1 140 € (Grande Champagne). B. de Sutter a proposé « de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur ».

« Sur le cru Fins Bois, qui représente plus de 70 % de nos achats, cela représente une revalorisation de près de 25 % en 3 ans, 5 % sur 2011, 9 % sur 2012, 8 % sur 2013. C’est un signe fort de la volonté de Courvoisier de s’engager auprès des viticulteurs, afin qu’ils aient les moyens de mettre en place les investissements nécessaires à la restructuration de leur vignoble. »

Si cette revalorisation concerne les volumes rachetés en eaux-de-vie 00 (65 % de l’engagement), quid des Bonnes fins (35 % du contrat) ? Comme pour les eaux-de-vie nouvelles, le conseil d’administration a décidé d’appliquer une hausse de 8 % aux prix de rachat d’avril 2014. Ce « coup de pouce » fait suite à de précédentes évolutions de prix : + 15 % en 2013, + 8,5 % en 2012. « Au total, a souligné B. de Sutter, sur un cru comme les Bons Bois, il aura été procédé à 33 % de hausse sur 3 ans. »

Dans les faits, les eaux-de-vie de Grande Champagne, Petite Champagne et Borderies, reprises en compte 3 (récolte 2010), auront été payées fin avril, selon les crus, entre 1 490 et 1 573 € l’hl AP, 1 356 € pour les Fins Bois compte 2 et 1 189 € pour les Bons Bois compte 1.

Un prix de revient compétitif

A la sica des Baronnies, le prix minimum garanti correspond au prix de revient de l’eau-de-vie en stock. Il s’agit d’un prix plancher, en dessous duquel il n’est pas possible de descendre. C’est l’un des socles de la politique constractuelle « maison ». Mais il n’est pas interdit de toucher un bonus. C’est la notion de compléments de prix. Sur les rachats opérés en 2014 (voir les prix cités plus haut), le complément de prix sur les eaux-de-vie rassises aura représenté environ 420 € par hl AP (prime qualité vin de 15 € en sus), quel que soit le cru ou le compte d’âge. « Si le complément de prix est important, c’est que le prix de revient est compétitif » a pris soin de souligner le responsable des achats. « Plus les coûts de stockage seront maîtrisés, plus nous pourrons dégager des compléments de prix élevés. »

C’est vrai qu’aujourd’hui, les taux bancaires se révèlent historiquement bas. Pour un financement sur 3 ans, les prix ne dépassent pas 2,22 % l’an. Mieux, les eaux-de-vie Fins Bois, financées sur deux ans, sont passées sous la barre des 2 % (1,84 %). Du jamais vu ! Patrice Pinet a salué le Crédit Agricole avec qui, a-t-il dit, « la sica conduit un vrai partenariat ».

Alors que la maison de Jarnac vend aujourd’hui 1,4 million de caisses de Cognac (1,6 million de caisses avec Salignac), son P-DG a indiqué le cap qu’elle ambitionnait: atteindre les 2 millions de caisses à horizon 2020. « Nous renforçons notre capacité industrielle dans cette optique sans oublier les outils de pilotage, pour pouvoir réagir à l’évolution de nos ventes. » Des outils de pilotage que Patrice Pinet a tendance à considérer comme une priorité pour la mise en œuvre du Business Plan Cognac.

Décès de René Mouche et de Jim Ford
Ils venaient d’univers différents mais la vie les avait rapprochés au sein de la société Courvoisier. Ils sont décédés à quelques semaines d’intervalle.
Décédé fin mars, René Mouche avait 84 ans. Viticulteur à Saint-Simeux, près de Châteauneuf-sur-Charente, il fit partie de cette génération d’hommes – les André Mullon, Raymond Thomas, Jean Bouché, Jacques Begouin, Paul Hosteing… – qui marquèrent de leur état d’esprit humaniste et généreux la viticulture charentaise. « Ils s’étaient formés non pour eux-mêmes mais pour les autres » résume un compagnon de route plus jeune. Tôt engagé dans le syndicalisme agricole, René Mouche préside de 1978 à 1984 le mouvement des CETA-GDA viticoles. Il y côtoie Jean-Marc Olivier, qui dirige alors le service viticulture de la Chambre. En tant que coopérative associée de Courvoisier, la sica des Baronnies de Jarnac est créée en 1985. Un an plus tard, René Mouche en devient le président avec, à ses côtés, Jean-Marc olivier qui a intégré la maison de négoce. Il exercera son mandat pendant dix ans, de 1986 à 1996. Souvenir d’une ouverture d’assemblée générale en 1989 où René Mouche avait réveillé l’auditoire d’un stimulant « Oyez bonnes gens », en rappel du bicentenaire de la Révolution française. Du René Mouche dans le texte, à la fois vif, malicieux et profond. Au moment de son départ, une « standing ovation » avait soulevé les mille viticulteurs de la sica. Un moment intense et émouvant. Aujourd’hui consultant dans le milieu du Cognac et du vin, Jean-Marc Olivier rendra hommage à René Mouche dans notre prochaine édition.
Jim Ford était un Ecossais revendiqué, mais il avait fait des Charentes et du Cognac sa terre d’élection. Il arrive chez Courvoisier en 1965, comme directeur financier, du temps où la maison de négoce appartenait encore au groupe canadien Hiram Walker. Il dirigera la société de 1980 à 1995. Patrice Pinet a livré un souvenir ému de cet homme qui, a-t-il dit, « aura laissé une forte empreinte sur l’entreprise ». « Il fut le président qui a impulsé – avec Jean-Marc Olivier au niveau opérationnel – la création de nos coopératives associées, ce dont nous nous félicitons aujourd’hui. C’est avec beaucoup de tristesse que nous avons appris son décès ». Agé de 77 ans, Jim Ford fut enterré à Jarnac le vendredi 18 avril.

 

 

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