SICA Courvoisier : Du changement dans les modalités contractuelles

23 mai 2017

Sica des Baronnies de Jarnac, coopérative ACBC, Sica XV…Les trois coopératives associées de Courvoisier sont concernées par les nouvelles modalités contractuelles promues par la maison de Cognac. Pour des raisons de déconsolidation financière, Courvoisier – et plus globalement le groupe Beam-Suntory – ne souhaitent plus voir la totalité des stcoks des coopératives associées ainsi que leur financement s’inscrire dans les comptes consolidés de la société de négoce. D’où un stockage partiel à ORECO (pour les adhérents de la Sica des Baronnies) et le financement d’acomptes qui ne passeront plus intégralement par les structures associées. Initié à l’heure du renouvellement des contrats triennaux, ce changement substantiel dans le périmètre Courvoisier n’a pas été sans susciter surprise voir déception. L’idée reste quand même que ces modifications s’avèrent le plus neutres possibles pour les livreurs.

 

 

C’est en novembre 2016 que ces nouvelles modalités furent présentées aux différents conseils d’administration : Sica des Baronnies de Jarnac, coopérative ACBC, Sica XV. Surprise et déception. Car le stockage des eaux-de-vie comme les formules de financement font partie des piliers du partenariat avec Courvoisier, une maison de négoce qui a fait du cadre contractuel tiré au cordeau un de ses éléments différenciants. Ainsi cette proposition de changement portant sur des « avantages historiques » déstabilisa un tant soit peu les membres des différents conseils d’administration, eux-mêmes conscients des attentes des livreurs. Quelle position adopter ? Non sans discussion en interne – abstentions, votes contre –  les administrateurs ont finalement choisi de répondre par la positive aux demandes de Courvoisier pour, disent-ils, « soutenir le développement de la maison ». Patrice Pinet, le PDG de Courvoisier, ne leur avait-il pas expliqué, comme il l’a fait en assemblées générales, combien cette démarche était essentielle pour la société – « On parle toujours d’innovation technique. Pour autant l’ingénierie financière existe aussi. Et c’est quelque chose d’important dans la vie d’un groupe. Courvoisier doit pouvoir présenter une structure de bilan qui donne envie d’investir autant sur le Cognac que sur le Rhum, le Whisky ou la Tequila. »

 

Pour autant, les représentants des livreurs n’ont pas signé de chèque en blanc. D’un commun accord avec l’acheteur, des solutions alternatives ont été recherchées « afin que l’impact soit le plus neutre possible pour les adhérents ». Par ailleurs, à l’occasion des prochaines négociations sur les prix de reprise et autres, les administrateurs attendent que des contreparties soient trouvées. «  En ce qui concerne les prix, nous devons être dans le marché, afin de ne pas être défavorisés. Certes un lien fort existe entre les livreurs et la maison Courvoisier. Malgré tout, il y a des limites à ne pas dépasser. »

 

Les changements

 

Lors de la tenue des assemblées générales – le lundi 10 avril pour l’ACBC et la Sica XV, le mardi 11 pour la Sica des Baronnies – les présidents des coopératives associées (François-Xavier Labrousse pour l’ACBC, Didier Bureau pour la Sica XV, Philippe Joly pour la Sica des Baronnies) ont expliqué dans le détail ce qui allait changer. Dans  leur présentation, ils ont été aidés par Benoît de Sutter, le directeur des achats eaux-de-vie de Courvoisier.

Pour la Sica des Baronnies – la plus importante des trois structures en termes de volume – la modification porte à la fois sur le stockage et le financement. Pour rappel, le cadre contractuel de la Sica des Baronnies s’adresse à des livreurs de vin qui font distiller à façon leur production par des bouilleurs de profession (au nombre de huit dans le périmètre Courvoisier). A 65 %, ces eaux-de-vie nouvelles sont vendues en compte 00 à Courvoisier mais 35 % font l’objet d’un contrat de Bonnes fins, avec des dates de dénouement variables selon les crus, en comptes 1, 2 et 3. C’est sur ces 35 % que va s’appliquer le changement. Désormais, 50 % de ces 35 % – la moitié des Bonnes fins – ne seront plus stockés dans les chais de la Sica, sur le site de la Belloire mais dans les chais du magasin général ORECO. Pourquoi ORECO ? Réponse de Benoît de Sutter – « De par son statut de marchand en gros, la société ORECO est un acteur incontournable de la région. Il permet à l’acheteur de faire vieillir les eaux-de-vie dans le respect des consignes du donneur d’ordre tout en déconsolidant son stock. Les eaux-de-vie n’apparaissent plus dans les comptes du négociant. »

 

Au niveau du financement, jusqu’à présent, les livreurs avaient la possibilité d’obtenir, via la Sica, dès le mois d’avril suivant la récolte, un acompte portant sur 85 % de la valeur 00 de leurs eaux-de-vie stockées en Bonnes fins. La Société Courvoisier a souhaité diminuer de moitié le montant de l’avance. Si le financement via la Sica va bien se poursuivre, il ne portera plus que sur la partie logée à la coopérative associée (la moitié des 35 %). Sur l’autre moitié des Bonnes fins, les livreurs pourront s’appuyer sur les récipissés-warrants émis par le magasin général pour obtenir des banques un financement. A vrai dire, les choses ne se présenteront sans  doute pas de manière aussi abrupte. Une négociation collective est en cours avec une banque, le Crédit Agricole, pour obtenir des taux préférentiels (voir plus loin). Même chose pour le stockage ORECO, dont les modalités matérielles (livraisons…) seront gérées directement par les bouilleurs de profession, sans impact pour les viticulteurs.

 

En ce qui concerne la coopérative ACBC , comment va se traduire le changement ? La coopérative ACBC regroupe des bouilleurs de cru (distillateurs à domicile) du cru Fins Bois. Si une possibilité de vente en 00 existe (quelques centaines d’hl AP), l’immense majorité des livreurs vend ses eaux-de-vie en compte 1 après un stockage soit à domicile (les deux-tiers des volumes), soit dans les chais de la Sica  (un tiers des quantités). La modification contractuelle concerne uniquement les modalités de financement, sans viser  le stockage. Car au vu des quantités mises en vieillissement à la Belloire, l’enjeu d’un vieillissement hors Sica apparaissait non significatif.

 

Jusqu’à présent les adhérents de la coopérative ACBC pouvaient obtenir de leur structure collective un acompte au 15 avril portant soit sur 40 %, soit sur 85 % de la valeur 00 des eaux-de-vie mises en stock, à domicile ou en chai collectif. Mieux ! Dès janvier, ils pouvaient bénéficier d’un prêt relais courant de janvier à avril ; un prêt consenti sur les premiers échantillons présentés, avant même validation du lot d’eau-de-vie. Avec le nouveau contrat triennal qui s’ouvre pour la période 2017 à 2019, le financement via la coopérative ACBC ne portera plus que sur 40 % de la valeur 00, à charge pour les adhérents qui le souhaitent de trouver le financement complémentaire pour les 45 % restant. De même que pour la Sica des Baronnies,  des discussions sont en cours avec le Crédit Agricole. A titre indicatif, lors du dernier exercice de la coopérative ACBC, l’avance de financement à hauteur de 85 % a représenté la somme de 5,5 millions d’€.

 

La Sica XV enfin. Cette petite structure (77 adhérents) de Borderies et de Champagnes a pour caractéristique de vendre des eaux-de-vie rassises de comptes 3 et 4 à son acheteur exclusif Courvoisier. De la même manière que leurs collègues, les adhérents de la Sica XV pouvaient profiter de l’avance de 85 % consentis par la Sica. Ce financement via la Sica se voit réduit à 40 %, avec l’alternative idoine d’un appel à la banque. Dans son rapport moral, tonique entre les lignes, Didier Bureau a non seulement évoqué la question du financement mais aussi celles des prix. Car un projet de baisse, déjà envisagé l’an dernier, se réinvite au débat en 2017. « Nous allons essayer de l’enrayer. Mais nous en saurons plus fin mai » a-t-il précisé après-coup.  Compte tenu de l’érosion des ventes de vieux comptes, la structure avait déjà supporté sur la récolte 2015 une baisse de ses volumes de 15 %, une révision prévue au contrat.

 

Renouvellement des contrats

 

Comme déjà dit, les modifications pour lesquelles les trois conseils d’administration ont donné leur aval en février dernier  interviennent à une étape charnière, celle du renouvellement du contrat-cadre triennal (2017 – 2018 – 2019). Mais elles concernent aussi les contrats de six ans entamés en 2014. A la Sica des Baronnies par exemple, ces contrats de six ans représentent la moitié des engagements. L’acheteur considérant les nouvelles modalités comme « prioritaires », il n’était pas question pour lui de laisser de côté une partie des contrats. Du point de vue des partenaires viticulteurs, l’idée a eu davantage de mal à passer. Car, ni plus ni moins, il s’agit de revenir sur un engagement dûment signé. Symboliquement et même juridiquement, ce n’est pas neutre. C’est par la signature d’un avenant, dans le même timing que le renouvellement des contrats triennaux, que la modification sera scellée. La signature des nouveaux contrats cadre débutera à partir de juin. B. de Sutter a indiqué aux adhérents de la Sica des Baronnies qu’à l’occasion de la signature des contrats, ils pourraient revenir dans le détail du nouveau schéma avec les distillateurs de profession. « Vis-à-vis de ce changement important, ils seront vos interlocuteurs privilégiés. » 

 

« Le mot d’ordre est la stabilité ». Par cette phrase, Benoît de Sutter, le directeur des achats Courvoisier, a fait allusion au volume des contrats – sans changement –  pour la récolte 2017. Mais pas seulement. Son propos visait aussi le maintien des acomptes « maison », au moins sur une partie ainsi que la poursuite du « modèle Courvoisier ».  Pour le calcul du prix de reprise des eaux-de-vie, ce modèle repose sur l’application d’un prix minimum garanti, égal au prix de revient (réajusté selon les coûts réels constatés) additionné des  primes qualités et d’un éventuel complément de prix.

 

Au sujet des modifications introduites, le directeur des achats a plusieurs fois répété que la maison s’attacherait à ce que « l’impact soit le plus neutre possible pour les adhérents en termes financiers. » « « Des discussions sont en cours avec notre partenaire Crédit Agricole pour voir si un taux préférentiel ne peut pas être attribué aux coopératives associées. » Si, côté livreurs, certains admettent « que ce n’est pas forcément le rôle d’une coopérative de faire le banquier », ils savent aussi que la dimension de Courvoisier leur permettait de décrocher des conditions de taux très intéressantes. Leur objectif ! S’en rapprocher le plus possible. Ils souhaitent notamment obtenir une indexation du taux sur l’Euribor « pour ne pas avoir à négocier tous les ans ». Si les discussions avec le banquier de référence de l’agriculture n’aboutissaient pas « les viticulteurs seraient toujours libres de s’adresser à la banque de leur choix ».   Malgré tout, l’idée n’est pas là. D’un point de vue pratico-pratique l’optimum serait quand même que Courvoisier reste le guichet unique, qu’il centralise les demandes de financement et les transmette à la banque.

 

En 2005, le groupe américain Beam rachetait Courvoisier. En 2014, la société passait sous pavillon japonais avec le groupe Suntory. Plutôt confiants au départ, les livreurs Courvoisier fondaient leurs espoirs sur un calcul tout simple : que Suntory leur ouvre les portes du marché asiatique. Si, peu ou prou, la confiance demeure, les livreurs aimeraient que cela aille plus vite. « On nous dit que le groupe Beam-Suntory est en train de se restructurer. Cela fait trois ans qu’il se restructure» note, mi-figue, mi-raisin, un président de structure associée. « Je reste optimiste confirme un de ses homologues. La marque a un vrai potentiel. Je ne comprendrai pas que Suntory ai pu acheter une marque comme celle-là et ne pas s’en occuper. Le marché chinois repart, y compris sur de plus vieux comptes. Courvoisier a toute sa place sur ce marché. »

 

 

 

 

 

 

 

Coopératives associées Courvoisier : Les chiffres

 

 

 

Sica des Baronnies

 

– 521 livreurs

 

– Livraisons 2016 (suite aux aléas climatiques) : 31 000 hl AP – Volumes livrés en 2015 : 32 154 hl AP – Volumes engagés contractuellement : 33 280 hl AP

 

Prix des eaux-de-vie nouvelles réc. 2016 : GC : 1185 – B : 1150 – PC : 1109 – FB : 1095 € – BB : 1045 €  – + 10 € / hl AP / réc. 2015

 

– Dénouement des contrats de Bonne fin réc. 2013 (GC, PC, B), réc. 2014 (FB), 2015 (BB)

 

GC : 1574 € – B : 1535 €- PC : 1485 € – FB : 1356 € – BB : 1189 € (après complément de prix).

 

 

 

Sica ACBC

 

– 94 livreurs

 

– Livraisons 2016 (suite aux aléas climatiques)  : 8 509 hl AP – Volumes engagés contractuellement : 9 315 hl AP

 

– Prix des eaux-de-vie nouvelles (avec prime qualité) : 1 100 €

 

– Prix prévisionnel compte 1 avec prime qualité maxi : 1 303 €

 

 

 

Sica XV

 

– 77 adhérents apporteurs

 

– Prix des eaux-de-vie nouvelles – GC : 1180 €, B : 1145 €, PC : 1104 €

 

– Prix minimum rachat en CV4 (2021) avec prime maxi (70 € / hl AP)  – GC : 1 714, 22  –  B : 1 670,27 – PC : 1618, 06.

 

 

 

 

  Consolidation / Déconsolidation

 

                                 

 

– Consolidation, un anglicisme dérivé de « to consolidate », qui signifie « grouper ».

 

La consolidation résulte de l’obligation légale faite à une entreprise significative, détenant le contrôle d’autres entreprises ou exerçant sur elles une influence notable (par exemple un lien juridique fort  comme des achats contractualisés), d’établir des comptes consolidés. Objectif ! Disposer d’une image globale du résultat et de la situation du groupe, à destination des actionnaires notamment.

 

 

 

– Déconsolidation : c’est l’opération qui consiste à sortir du bilan une ou plusieurs entreprises ayant des liens juridiques forts avec l’entreprise disposant d’un pouvoir de contrôle. Conséquence ! Alléger le bilan, disposer de meilleurs indicateurs financiers.

 

 

 

 

 

 Patrice Pinet, PDG de Courvoisier : Marché du Cognac : une situation contrastée

 

« Le marché Cognac va bien mais certains opérateurs se portent mieux que d’autres ». Tel fut une partie du message délivré par Patrice Pinet aux différentes assemblées générales des coopératives associées.

 

Patrice Pinet ne l’a pas caché. Sa société est fortement impactée par la chute de la livre sterling, intervenue dans le sillage de l’annonce du Brexit. Sur un marché anglais où Courvoisier occupe une position dominante (part de marché supérieure à 50 %), cet à-coup financier « se ressent forcément sur nos marges et notre capacité d’investissement ». Il n’est pas le seul à rencontrer ce genre de difficultés . « Sur les marchés scandinaves, des négociants souffrent aussi actuellement». « L’année 2016 est une belle année pour le Cognac mais des situations contrastées existent entre opérateurs  » a glissé le PdG de Courvoisier, par ailleurs président du SMC, le Syndicat des maisons de Cognac. « Le marché américain, lui, va très bien mais on y vend des marques avant d’y vendre du Cognac et la dynamique des marques est très variable selon les maisons. » Pour faire bonne mesure, P. Pinet a convoqué le « mix qualités », avec des comptes jeunes à la croissance soutenue et des  comptes 3 et suivants au rythme plus lent. «Je souhaite que les ventes reprennent sur les qualités supérieures. »

Voilà trois ans que Courvoisier est passé sous pavillon Suntory. « Cela peut paraître beaucoup mais c’est en fait très peu pour bien se connaître en termes de politique financière, commerciale, de distribution. Les équipes Beam et Suntory travaillent bien ensembles. Elles ont de l’ambition pour la marque.»

Si les marchés historiques anglais et américains restent des marchés clés pour la société, le chef de maison a parlé de la Russie comme d’un marché porteur, où la société engrange de belles performances en dépit d’un contexte difficile. Le « Cognac de Napoléon » smasherait-il avec la grande histoire ?

Et l’Asie ? Patrice Pinet a annoncé la mise en route d’un nouveau circuit de distribution Beam/Suntory à partir de juillet 2017. « Nous fondons beaucoup d’espoir sur ce nouveau circuit. Clairement, notre Cognac n’a pas la place qu’il devrait avoir sur ce continent. »

« The Toast of Paris »…La nouvelle campagne de communication Courvoisier cultive un « air de Paris » sans nostalgie, avec les belles ambiances mauves et raffinées de son packaging revisité.

 

 

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