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Le syndicat en marche

21 décembre 2008

Avec l’élection, en janvier, des délégués du SGVDC (Syndicat général des vignerons), la région délimitée ouvre une nouvelle page : celle d’un syndicat de défense de l’appellation Cognac, représentatif d’une viticulture affichant sa volonté de parler d’une seule voix. Le changement est à la mesure des enjeux qui attendent la région dans les deux ans à venir. Pour commenter l’environnement qui préside à ces élections, trois voix parmi d’autres : celles de Véronique Laprée, de Jean-Christophe Baraud et d’Yves Dubiny, venues d’horizons différents mais unies dans un objectif commun, la défense de la viticulture charentaise.

Les trois syndicalistes, membres du SGVDC, expriment d’ores et déjà leur satisfaction. « En dépassant les 1 000 adhésions (1 100 à ce jour) nous avons gagné le premier round, c’est-à-dire une représentativité suffisante. C’était l’objectif fixé au départ. » En équivalent surface, le syndicat doit représenter plus de 20 000 ha tous crus confondus, avec 45 % d’adhérents en Charente-Maritime et 55 % en Charente. Ce sont ces viticulteurs qui vont élire à bulletin secret les 275 délégués (chiffre maximum) répartis en 26 circonscriptions de vote. Organisées à l’intérieur de chaque cru, ces circonscriptions de vote répondent ni plus ni moins à un découpage statistique portant sur des tranches de surfaces viticoles de 3 000 ha (voir cartes). Environ 300 viticulteurs se sont portés candidats aux postes de délégués, ce qui témoigne d’une bonne couverture même si une certaine frilosité a pu être relevée dans quelques secteurs bien précis. « Il est clair, note les viticulteurs, que la naissance de ce syndicat ne soulève pas l’enthousiasme partout mais le nombre d’adhésions nous donne raison. Ce qui s’est fait dans les autres régions ce fera ici aussi. » Chaque électeur a reçu, mi-janvier, son matériel de vote composé d’un courrier explicatif, d’un bulletin de vote à la couleur de l’appellation, d’une enveloppe de vote et d’une enveloppe T pré-imprimée à l’adresse de l’huissier de justice puisqu’il s’agit d’un vote par correspondance contrôlé par un officier ministériel. Date limite d’envoi de l’enveloppe, le 28 janvier, le cachet de la poste faisant foi. A travers ce scrutin, les viticulteurs vont élire leurs délégués par circonscription, délégués qui seront eux-mêmes chargés de désigner les administrateurs du syndicat dans les différentes A.G. d’appellation qui se tiendront après coup (en février-mars). L’élection des délégués répond à un scrutin de liste pour lequel, comme rappelé dans le courrier, on ne peut ni rajouter de noms à la liste ni porter de mention manuscrite. Par contre l’on peut rayer des noms et dans certains cas on le devra, quand il y aura plus de candidats que de postes à pourvoir. En plus du rôle de « grands électeurs, les délégués doivent être la partie active du syndicat, à la fois pour se saisir de la parole, faire remonter le point de vue de la viticulture toute entière mais aussi pour servir de chambre d’échos au nouveau conseil d’administration. « Face à de nouvelles propositions, il faudra revenir devant nos délégués. » Les trois viticulteurs présents en sont convaincus : « Ces élections coïncident avec une période charnière pour la région. » « Dans les deux ans qui viennent, disent-ils, la région va devoir décider de son orientation et cette décision dépendra, entre autres, des gens élus au syndicat. » Ce faisant plus explicites, ils expliquent que via le ministère de l’Agriculture notamment, la région a été avertie qu’elle devait changer de régime au plus tard en 2003. « Il reste deux ans pour émettre des propositions, les rendre crédibles et les faire avaliser par les pouvoirs publics comme par l’interprofession. » « Il faut trouver d’autres solutions que la double fin précise Y. Dubiny, notamment parce que l’Europe ne continuera pas à payer de l’article 28. Je crois qu’il s’agit d’une bonne occasion pour se mettre tous autour d’une table, viticulteurs et négociants, pour réfléchir à un autre système car le nôtre est arrivé au bout du rouleau. Par contre, il faut être lucide et obtenir des garanties sur le contenu et la pérennité d’une nouvelle réglementation. Le syndicat reste très attaché au fait de conserver plusieurs débouchés dans la région. C’est à ce prix-là que l’on gardera un maximum de viticulteurs. » Bien conscients que toute décision sur la double fin ne peut relever que de l’interprofession, les viticulteurs n’en défendent pas moins la prééminence de la volonté de la viticulture dans ces domaines. « La production concerne avant tout les vignerons. Nous avons donc une voix prépondérante en la matière même si nous faisons partie d’un tout. Plus généralement, la viticulture doit s’approprier ou se réap-proprier les conditions de production. Cela se discute c’est vrai mais c’est avant tout le domaine de la production. Ce n’est pas tenir des propos révolutionnaires que de le prétendre. Avec un peu de bonne volonté et de la discussion, personne n’y perdra son âme même si la crainte d’abandonner une parcelle de pouvoir l’emporte parfois. » A ce stade, les syndicalistes répugnent à aborder des questions comme la QNV ou le rendement agronomique. « Tant que l’on aura pas une vision d’ensemble, il est illusoire et même dangereux de vouloir bouger un pion sans avoir préalablement fixer les règles du jeu ». Si, quelque part, l’enjeu du syndicat unique est « le revenu, un revenu viticole qui passe obligatoirement par un revenu Cognac mais aussi par un ensemble de revenus », Ies viticulteurs n’éludent pas « l’ambiguïté » du Syndicat de défense de l’AOC Cognac qui le conduit, aujourd’hui, à parler Cognac mais aussi autres débouchés. « Pour l’instant, le Syndicat général est un peu obligé de « s’occuper de ce qui ne le regarde pas », tant que tous les autres produits ne sont pas organisés. Mais cela est en train d’évoluer. »

Du fait de sa représentativité même, les vignerons créditent le nouveau syndicat d’une force de persuasion supplémentaire auprès de la viticulture. « En elle-même, l’idée de fédérer pas mal de gens est porteuse. » Leur espoir ? Que cela gomme une partie des différences à l’intérieur de la région. « Les gens ont parfois le sentiment très vif d’intérêts opposés alors que ce n’est pas forcément vrai. » Le challenge se dessine, bien réel : « apporter les bons arguments, aux bons endroits, aux bonnes personnes. L’enjeu dans les deux ans se situe là. » L’unité syndicale leur semble la seule manière d’y parvenir. « Il est normal que des nuances s’expriment mais l’unité constitue le seul moyen d’avancer. » Un interlocuteur unique côté négociants ne leur déplairait pas non plus. A l’idée de jouer des divisions ils répondent « qu’à chaque changement d’interlocuteur le débat se bloque. » « Nous devons arriver à une capacité de discussion plus grande. Notre région n’a jamais cultivé la tradition de l’affrontement direct. »

Donner plus de pouvoir à la viticulture, lui donner la parole… Oui, à condition qu’il y ait une vraie mobilisation autour du syndicat. « Ses représentants seront d’autant plus forts qu’ils se sentiront soutenus. » « Ce qu’il faut maintenant au Syndicat général, concluent les viticulteurs, se sont des militants. »

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