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L’acte de naissance du syndicat

26 décembre 2008

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Philippe Boujut

Le 5 février dernier, les 264 délégués du Syndicat général des vignerons pour la défense de l’AOC Cognac ont été élus à bulletin secret, par scrutin de liste. Date symbolique que celle de la naissance d’un syndicat et qui plus est d’un syndicat de défense de l’appellation Cognac. Retour sur image.

L’existence « prénatale » du syndicat remonte en fait au 23 juin 2000, date du dépôt de ses statuts. C’est à cette date en effet qu’est officiellement créé le SGVDC mais plutôt comme une structure porteuse, porteuse d’un syndicat de plein exercice encore à naître, une fois qu’il aura reçu l’onction des élections. Si les 33 membres du premier conseil d’administration ne s’interdisent pas d’ouvrir immédiatement plusieurs chantiers jugés importants pour l’appellation – commissions « critères qualitatifs », « communication », « sortie du plan »… – la préparation des élections fait partie des missions prioritaires du syndicat. Pari tenu un an et demi plus tard.

En cette soirée du mardi 5 février 2002, un léger vent d’exaltation flotte sur le syndicat. Trois heures durant, l’huissier, maître Chany à Jarnac, assisté d’assesseurs viticulteurs répartis par tables de quatre, a dépouillé les bulletins de vote envoyés par courrier jusqu’au 28 février au soir. Un travail long et fastidieux. Pour s’assurer d’une totale régularité, les tables de dépouillement ont fait l’objet d’un panachage. Les viticulteurs de Bons Bois se sont « chargés » – en tout bien tout honneur – des Grandes Champagnes, les Grandes Champagnes des Fins Bois, etc. Un taux de participation de 78 % parmi les adhérents appelés à voter, très peu de bulletins nuls, 16 bulletins arrivés hors délai, aucune « incivilité », beaucoup de noms rayés certes mais le sentiment, in fine, d’avoir eu affaire à de « vraies élections », où les gens ont pu s’exprimer en toute liberté, même si le scrutin de liste a servi d’amortisseur. Sur les vingt-cinq circonscriptions, dix circonscriptions risquaient de connaître des ballottages, le nombre de candidats dépassant le nombre de poste de délégués à pourvoir (3 en Grande Champagne, 3 en Petite Champagne, la circonscription des Borderies, 1 en Fins Bois, 2 en Bons Bois et Bois Ordinaires). Et les regards de se tourner plus particulièrement vers les administrateurs du syndicat, dont 32 (sur 33) se présentaient comme délégués. Trente et un ont été élus. Philippe Boujut y voit la confirmation que la ligne directrice du syndicat n’a pas été remise en cause. Scrutin serré dans nombre de circonscriptions où les jeunes ont été assez souvent sanctionnés, peut-être parce qu’ils n’étaient pas connus, parce qu’ils étaient le fils de leurs pères – pas toujours un avantage – ou tout simplement parce qu’ils étaient nombreux à se présenter. Pour ces élections, une règle peu commune avait été adoptée, la règle du plus jeune élu en cas de ballottage. Elle a joué dans deux circonscriptions, une en Petite Champagne et une en Fins Bois. Si le nombre maximum de délégués était fixé à 275, le nombre d’élus s’élève à 263. Le différentiel s’explique surtout par une ou deux circonscriptions peu viticoles qui n’ont pas fait le plein de leurs candidats.

Une certaine idée du syndicat

Pendant tous ces mois où le syndicat a trouvé ses marques, Philippe Boujut a servi de fil rouge, incarnant d’une certaine manière les idées de fédération et d’unité, à la base du SGVDC. Le 5 février, on le sentait un peu galvanisé, transcendé, ému aussi par ces élections. Il disait le côté un peu magique d’avoir assisté, au fil du temps, « à la fantastique évolution de pensées des administrateurs », de les avoir vus travailler ensemble sans aucun clivage ou référence aux structures. Il disait aussi la satisfaction du syndicat d’avoir réussi à faire passer un message nouveau, aujourd’hui repris de manière quasi consensuelle à travers les idées d’affectation des ha ou d’AOC. « Dès le départ, nous avions bien pesé les enjeux à venir. Quelque part, c’est réconfortant de constater que nous n’étions pas en dehors des clous. » Il se fait presque lyrique pour décrire la « fierté du vigneron charentais. » « Il faut que le viticulteur reprenne confiance et soit fier de sa production. Nous ne sommes pas les seuls à le dire. D’autres associations comme la JAAC ou les bouilleurs de cru ont mis en avant le produit. Le SGVDC s'appuie sur ce type de démarche. » Pour lui, cela ne fait aucun doute : les premières élections du Syndicat des vignerons ouvrent la voie à un système différent « où rien ne sera plus comme avant, où le Cognac rejoindra les autres AOC, avec ses différences et ses spécificités, tenant à la production d’eaux-de-vie, au poids des marques… » « Négoce et Viticulture doivent se réapproprier la notion de terroir, qui fonde l’originalité du Cognac par rapport à d’autres spiritueux comme le Whisky. Nous avons une carte à jouer en ce sens. Même la mode plaide en faveur du terroir, en Europe, aux Etats-Unis. Nous devons faire reconnaître notre appellation, notre travail. Pour nous l’AOC, c’est le terroir, le savoir-faire des hommes, les conditions de production et d’élaboration. Si les vignerons sont conscients de ne pas être les seuls détenteurs de l’AOC Cognac – les autres acteurs de la filière le sont aussi – ils en représentent le socle. Sur un dossier comme l’agrément des eaux-de-vie, porteur de sens pour la région et pour le Syndicat des vignerons, un consensus doit être trouvé, qui respecte l’apport des uns et des autres. »

Dans les semaines qui viennent, les délégués vont procéder à l’élection du nouveau conseil d’administration. Apparemment une ferme volonté guide les consciences : « absolument éviter de faire des exclus ». L’unité et la cohésion syndicales sont à ce prix.

Prochaine étape, l’élection des administrateurs

Dans chaque appellation, des assemblées générales de cru vont être organisées début mars pour élire les administrateurs, chargés eux-mêmes de désigner les 33 membres du conseil d’administration d’où émanera le bureau et le président du SGV Cognac.

Chaque délégué nouvellement élu a reçu ou va recevoir une invitation à se présenter comme candidat au poste d’administrateur dans son appellation. Cette candidature doit être formulée à l’avance, 15 jours avant la date de l’assemblée générale de cru. L’élection des administrateurs s’effectuera à bulletin secret. En Grande et Petite Champagne, les assemblées générales de délégués réuniront 50 membres chacune, 25 pour les Borderies, 94 pour les Fins Bois et 45 pour les Bons Bois et Bois Ordinaires.

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