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« Pourquoi choisir l’affectation parcellaire »

10 mars 2009

Ecouter les remontées de terrain, répondre aux questions que les viticulteurs se posent… C’est l’exercice auquel s’est livré cette fin d’hiver le SGV Cognac à travers la vingtaine de réunions de secteurs et les trois réunions publiques, dont la dernière se tiendra à Saint-Saturnin le 4 avril. Animateur des réunions publiques avec l’appui des administrateurs, Jean-Bernard de Larquier, président du syndicat, se révèle un pédagogue doué.

sgv_1_opt.jpegAujourd’hui, s’il y a quelqu’un, en Charentes, capable de « faire gagner l’affectation parcellaire » dans l’année qui vient, c’est bien Jean-Bernard de Larquier. Il parle le langage des viticulteurs, il partage leur mode de pensée et assortit son discours syndical d’un engagement et d’un dynamisme qui le rend d’une efficacité assez redoutable. A Matha, ce jeudi 22 mars, la salle ne lui était pas spécialement acquise, avec la présence de viticulteurs proches du Modef et du SVBC. Pourtant l’auditoire n’a pas bronché quand il lui a dit qu’il allait de l’intérêt de la viticulture de perdre de l’argent avec l’affectation. Certes de façon limitée et encore la première année et avec l’espoir d’en gagner plus – ou de ne pas en perdre beaucoup dans un autre système. Mais tout de même ! « Je préfère dire la vérité » explique le syndicaliste. Et apparemment le message passe.

« gardons la tête froide »

En guise d’entrée en matière, le président du syndicat s’est attaché à détailler le nouveau mécanisme de détermination de la QNV Cognac. Ce qui lui a permis de plonger d’emblée au cœur de la problématique charentaise. « Le Cognac va bien mais gardons la tête froide. Si nous produisons trop, au final, c’est la viticulture qui en souffrira le plus. » Globalement, la viticulture a pourtant accédé à la demande du négoce de réviser certains outils de fixation de la QNV. Elle l’a fait au nom du principe selon lequel « il fallait alimenter les besoins du marché ». Et, donc, le cas échéant, corriger les sous-estimations. « Depuis deux ans, les prévisions annoncées par le négoce ont toujours été dépassées par le marché. Au moins ne peut-on pas reprocher à nos partenaires négociants d’avoir été trop prétentieux sur cette affaire » reconnaît le représentant viticole. Coefficient d’évolution des ventes, rectification du moins produit, couverture de la perte des freintes… tout cet appareil a pour objet de coller au plus près des prévisions de sorties. En période de hausse, la mécanique se traduit par un courant ascensionnel de la QNV. Mais en période de baisse, le moteur tourne en sens inverse. Cette idée de réversibilité, le responsable viticole l’a développé longuement. « Quand le Cognac baissera, nous serons plus réactifs. Nous ne mettrons pas cinq ans à nous remettre en ordre de marche comme entre 1989 et 1993. Cet épisode nous a valu sept années à 6 de pur dont nos exploitations eurent bien du mal à se remettre. » Si une simulation du BNIC indique que des prévisions de marché orientées à + 5 % pendant 5 ans se traduiraient par une QNV à 138 % l’année N + 5, des prévisions à – 5 % pendant 5 ans se solderaient par une QNV à 71 %. Une amplitude de variation qui n’est d’ailleurs pas sans poser problème. « Nos trésoreries n’y résisteraient pas. » C’est pourquoi la viticulture a refusé d’ouvrir la discussion sur un rattrapage de volume que le négoce voulait voir s’opérer sur deux ans. « Nous donnerons bien le volume demandé mais sur quatre ans. »

Avant d’aborder stricto sensu le sujet de l’affectation parcellaire, Jean-Bernard de Larquier a souhaité s’arrêter un moment à la case prix. « C’est bien de cadrer la production mais il faut surtout que les prix évoluent. Et cette évolution tarde à venir, ce qui a de quoi passablement énerver. » Comme prix de référence, il a retenu le prix des vins Cognac du cru Fins Bois. « En période normale, c’est ce prix qui sert de base de calcul, la marge de vieillissement venant s’y greffer de façon mathématique. » Entre 2002 et 2006, les mercuriales BNIC donnent un prix du vin Cognac en baisse de -1,07 %. Remarque du syndicaliste: « Il n’y a pas de quoi faire cocorico. » A considérer les eaux-de-vie de compte 00, sur la même période, elles sont passées de 674 € l’hl AP à 708 € soit + 5,4 % en 5 ans ou encore « un petit 1 % par an ». Sur les comptes 2, l’augmentation constatée par les mercuriales s’avère un peu plus consistante – + 7,47 % sur 5 ans – mais elle ne suffit toujours pas à compenser l’inflation. Il faut arriver sur les comptes 10 pour obtenir une revalorisation vraiment significative, de 934 € l’hl AP à 1 622 € en 23 mois. Rien que de très explicable puisque les sorties de ce compte ont progressé de 73 % en moins de deux ans, en doublant pratiquement tous les trimestres. Même à partir d’une base faible, cette envolée des ventes suffit à expliquer l’emballement des prix, par les besoins qu’elles suscitent. Le président du SGV a dit un mot des effets secondaires pouvant découler de cette tension. « Aujourd’hui les comptables doivent gérer des décalages d’enlèvements aboutissant parfois à la réalisation de deux chiffres d’affaires sous un même exercice. Des super-ventes de contrats de bonne fin sont “bouffées” fiscalement et socialement. » J.-B. de Larquier a informé de la décision du comité permanent du BNIC d’organiser prochainement un forum entre viticulture/négoce pour évoquer les difficultés du métier de viticulteur et les attentes de ce métier. Pour clôturer le chapitre des prix, il a de nouveau insisté sur le « coup de pouce » que la viticulture avait donné au négoce au cours des années sombres, en portant une partie du stock à sa place. « Cet effort a permis au négoce de libérer de la trésorerie pour investir dans le marketing et doper ses ventes. La viticulture en profite en terme de volume d’achat mais le retour s’avère insuffisant en terme de prix. » Ce qui ne l’a pas empêché de reconnaître la force de régions comme les Charentes ou la Champagne, « celle d’avoir un négoce puissant. »

affectation parcellaire

L’affectation parcellaire, ses pompes, ses œuvres… Le terme intrigue quand il n’inquiète pas. Le président du SGV a parlé « de l’amalgame colossal » qui s’exerçait entre toutes les réformes, au bas mot une dizaine, « en train de tomber sur le coin du nez de la viticulture ». Il a distingué entre celles qui ne devaient rien à l’initiative charentaise – réforme de l’OCM vin, de l’INAO, des ODG, des bassins de production… – et les autres, deux en l’occurrence, relevant d’une demande explicite de la région. La disparition de l’article 28 par exemple, « ce n’est pas la région de Cognac qui l’a demandée mais l’Europe qui nous l’a imposée ». Par contre, la région Cognac reconnaît la paternité de deux réformes : la mise en action d’un système d’affectation parcellaire et la demande de modification du décret Cognac (les deux étant en partie liées). L’affectation parcellaire, « c’est pour mieux gérer le potentiel viticole et surtout mieux gérer la diversification des débouchés ». « Aujourd’hui, a poursuivi J.-B. de Larquier, le Cognac marche fort mais le produit est soumis à des phénomènes cycliques. Evitons que notre production joue à l’essuie-glace. Si le Cognac connaît des revers de fortune, la diversification des débouchés pourra nous permettre de garder une QNV Cognac à une hauteur suffisante pour vivre. » L’arrachage ? « Vous savez comme moi que le viticulteur charentais est viscéralement attaché à ses vignes qui lui viennent de son père et de son grand-père. Il préférera se couper les veines plutôt que de s’en séparer. » Mais pourquoi faire le choix de l’affectation parcellaire ? D’une part, pour pouvoir déplafonner le rendement des vignes « autres » affectées aux débouchés industriels ; d’autre part pour retrouver – après la disparition de l’article 28 – un encadrement juridique sur les vignes Cognac, via l’INAO. Le responsable syndical ne s’est pas dérobé au chiffrage des différentes options. Il a présenté les simulations suivantes – Premier cas de figure : la situation actuelle. Avec des rentrées de 5 600 € l’ha, le viticulteur ne gagne pas d’argent, son chiffre d’affaires suffit juste à couvrir ses charges, d’un même montant. « Vous faites tourner vos exploitations direz-vous mais vous consommez votre capital, vous ne renouvelez pas assez votre vignoble, votre matériel vieillit. » Deuxième hypothèse : le régime vin de table s’applique aux ha Cognac soit 100 hl vol./ha à un degré moyen de 9,5 % vol. Dans la limite d’un rendement qualitatif de 120-130 hl vol., le reste de la production part au prix des prestations. Le revenu s’élève à 5 886,20 €/ha soit un différentiel de + 286 €/ha par rapport à la situation actuelle mais « en une seule année, la région aura produit 93 500 hl AP de trop par rapport à ses besoins. Dans cinq ans, elle aura mis en stock une récolte supplémentaire ». Si au lieu d’être de 9,5 % vol., le degré de la récolte s’élevait à 11 % vol., la région produirait 803 000 hl AP sur 73 000 ha soit 203 000 hl AP en trop. « En deux ans et demi, nous aurions mis une récolte supplémentaire en stock. » Une dernière hypothèse vise le cas – alarmiste – où le rendement vin de table serait déplafonné. A 123 hl vol./ha de rendement physiologique – avec un degré de 9,5 % vol. – la région mettrait en œuvre 852 640 hl AP soit 252 640 hl en trop. « C’est cela que voulez ! » a interpellé le leader syndical, en arguant que c’était en grande partie pour cette raison que son syndicat défendait l’affectation parcellaire.

« … Ce que tout le monde a l’intention de faire »

Poursuivant sur sa lancée, il a expliqué aux gens « pourquoi il ne fallait pas faire ce que vous avez tous l’intention de faire ». « Aujourd’hui, a-t-il dit, nous sommes déjà dans la situation du “tout Cognac” dans la mesure où 73 000 ha sur 75 000 ha partent à cette destination. Demain, ce qui va changer, c’est qu’un supplément de QNV sera consenti sur les ha Cognac pour compenser la perte des jus de raisin (environ 0,75 hl AP ha) la première année. L’attitude responsable serait de partir de votre débouché Cognac actuel et d’affecter le solde libéré par le supplément de QNV aux autres destinations (vin de table, jus de raisin). Dans cette hypothèse, la perte ha serait de – 114,55 €/ha par rapport à aujourd’hui. Je ne le cache pas. Très vite cependant, on peut imaginer voir les prix des vins de table et/ou des jus de raisin remonter, pourquoi pas aussi ceux du Cognac. Nous n’aurions pas de mal à récupérer nos 114 €. Mais il existe aussi l’hypothèse de l’irresponsabilité collective. « Si mon voisin z’ou fait, pourquoi que je z’ou ferais pas aussi. » A un degré de 9,1 % vol., le tout Cognac aboutirait à la distillation de 668 850 hl Ap soit 80 300 hl AP en trop. A la clé, un gain, la première année, de 15,6 €/ha (+ 0,27 %). Mais la réintégration du trop produit entraînerait l’année suivante une baisse du rendement à 6,91 hl AP/ha, générant une perte de 1 335 € par ha, soit 24 % de moins la seconde année. »

A la question d’un possible référendum sur le choix du système, le président du SGV a indiqué qu’il existait un moyen simple de « prendre le pouvoir ». « Syndiquez-vous au SGV et virez les gens en place ! » « A condition de s’engager syndicalement, tous les viticulteurs disposent du pouvoir et peuvent l’exercer. C’est ce que l’on appelle la démocratie. Nous ne sommes pas dans une république bananière. » Il a indiqué qu’il était ouvert à la discussion sur le projet à mettre en place. « Nous nous sommes mis d’accord avec Christophe Véral pour que soit examinée la validité juridique d’une QNV d’exploitation fondée sur des vins d’AOC (voir projet du SVBC). »

Nouvelle de dernière minute : le SGV Cognac tiendra son assemblée générale le 22 mai prochain. Invité du jour, Yves Bénard, le tout récent président du Comité national vins, eaux-de-vie et boissons alcoolisées de l’INAO. Ancien directeur des activités Champagne du groupe LVMH, Yves Bénard est le premier président de la vénérable institution à être issu des rangs du négoce.

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