Il A Su Prendre Le Virage

15 mars 2009

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Olivier Joly.

Au fond de la tranchée au milieu des années 90, le secteur des travaux publics a accompli sa mutation, sous l’aiguillon des normes Iso et des 35 heures. Aujourd’hui, le métier attire de nouvelles vocations, même s’il reste « un métier d’hommes ». Il sait se vendre et mise sur la promotion interne.

 

 

Olivier Joly est l’exemple même de cette évolution des carrières dans le BTP. Fils de viticulteur à côté de Jarnac, il rentre dans les travaux publics avec un bac général et débute sur les chantiers. Aujourd’hui, il est le chef de secteur de Colas Sud-Ouest* pour la région de Cognac et, si tout se passe bien, il finira sa carrière comme chef d’établissement. Cette promotion interne, c’est un peu la botte secrète des BTP. Faire monter les gens dont on sent qu’ils ont du potentiel. « Nos métiers sont des métiers de bon sens. Nous ne recherchons pas forcément des gens avec une grosse aptitude intellectuelle, relate O. Joly. Même un manœuvre peut faire la différence s’il est motivé et a envie de travailler. Nos chefs d’équipe repèrent ce genre de mecs. » Une hiérarchie de proximité permet de gravir assez facilement les échelons : manœuvre, conducteur d’engin, chef d’équipe, chef de chantier… Au milieu des années 90 cependant, le métier est un peu « à la ramasse ». Une course aux devis bas a dégradé la rentabilité du secteur et depuis la nuit des temps, une sale image colle à la peau du BTP. « Si tu es bon à rien mon fils, tu iras dans les TP ! » En Charentes, une variante existe : « Tu iras travailler dans les vignes. » « J’ai baigné dans cette atmosphère » se souvient Olivier Joly. Au fond du trou, la profession des TP se demande si elle ne va pas perdre les tenants de son savoir-faire, ses manœuvres, ses maçons, ses chauffeurs d’engins, ses régleurs d’enrobé. La construction de route ne fait plus recette. Pour rendre le métier de nouveau attractif, les sociétés réagissent, du haut en bas de la hiérarchie. Paradoxalement, cette remise en question de fond en comble va profiter des nouvelles normes Iso qui sortent de terre, sur la qualité, la sécurité, l’environnement. Même chose pour les 35 heures. « La réforme nous a ouvert les yeux sur la nécessité de rationaliser les heures de travail. Nous avons repensé nos métiers, redéfini nos tâches. Il fallait faire en 35 heures le même boulot qu’en 39 voire en 40. » Pour relever le challenge des normes, la profession travaille sur la propreté de ses chantiers, propreté des barrières, propreté de la signalétique. Quelque part, l’image du métier progresse. Le cantonnier avec sa pelle et sa pioche, en train de casser des cailloux, sera bientôt remisé au catalogue des clichés éculés. Certes, le métier reste « un vrai métier d’hommes », difficile et fatiguant. « Un gars dans les tranchées rentre sale chez lui, dégueulasse l’hiver et plein de poussière l’été. » Mais les mini-pelles et les mini-engins colonisent les chantiers et la profession n’oublie jamais de les mettre en avant pour dégonfler la pénibilité du travail. Parallèlement, le secteur s’engage dans une vigoureuse politique de communication : publicité télé, relations suivies avec l’ANPE, les agences d’intérim, visite des établissements scolaires. Ainsi par exemple, trois fois par an, Olivier Joly va à la rencontre des collégiens de 3e et des lycéens de seconde, sous la casquette de la Fédération des travaux publics. Et ça marche ! Les filières de formation des TP (voir encadré) existent et sont plutôt dynamiques, même si elles n’arrivent pas à palier tous les besoins (Colas Sud-Ouest aurait besoin de 70 postes de chefs de chantiers, conducteurs de travaux). Pour combler le déficit, la profession recourt comme déjà dit à la promotion interne, dopée par un gros effort de formation. Colas consacre 3 % de son budget à la formation interne. Et quand ça ne suffit pas, reste l’alternative du débauchage entre collègues, sur fond de hausses des salaires et d’avantages divers. Un manœuvre perçoit environ 9,60 € de l’heure brut et le salaire peut monter à 12 € voire un peu plus pour les professionnels spécialisés du type conducteurs d’engins, « finishers », niveleurs. Ces propositions s’accompagnent bien souvent d’un 13e mois, de primes quand le chantier se passe bien. Ces primes peuvent représenter l’équivalent d’un 14e mois sans parler, dans les grands groupes, de séjours pour les enfants, d’un CE (comité d’entreprise)… Pour faire le lien avec la viticulture, O. Joly remarque « qu’un billet de 50 € ne fait jamais de mal à personne. Il faut aussi savoir récompenser les bonnes volontés ». Si le chef de secteur ne nourrit pas trop de craintes pour le recrutement du BTP dans les départements ruraux, ce recrutement lui semble beaucoup plus problématique dans les grandes agglomérations.

* Numéro un mondial de la construction routière, Colas est depuis 1986 filiale du groupe Bouygues.

Formation aux TP

Des cursus qui couvrent tous les niveaux de qualification.

Dans la région, le lycée Emile-Combes à Pons propose des formations aux travaux publics, du BEP jusqu’au BTS. Un établissement proche de Saint-Jean-d’Angély prépare des jeunes au BEP de chauffeurs d’engins travaux publics. C’est également le cas à Egletons, dans la Creuse, où les futurs conducteurs d’engins peuvent briguer un diplôme de type Bac technique ou BTS, au terme d’un cursus renommé. L’université de La Rochelle abrite dans ses murs un IUT travaux publics. Existent également de nombreuses écoles d’ingénieurs spécialisées dans les TP, notamment dans le réseau des INSA (Institut national des sciences appliquées).

 

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