S’adapter pour tenir le cap

28 septembre 2022

La viticulture est en pleine métamorphose. Les bouleversements climatiques – bien marqués année après année – sont une des causes de cette évolution de la vigne. Du débourrement à la vendange, tous les stades phénologiques sont affectés par les effets du changement climatique.
« La température moyenne de l’air a augmenté de + 1,4 °C depuis un siècle, les précipitations sont plus abondantes dans le Nord comparées au Sud de la France, tous les stades de développement de la vigne sont plus précoces dans toutes les régions viticoles françaises, l’avancée de la véraison est notable et la maturation des raisins se déroule dans des conditions de plus en plus chaudes, les dates des vendanges ont avancé dans tous les vignobles de 15 à 26 jours selon les bassins de production, la teneur en alcool potentiel a augmenté et l’acidité totale a baissé partout, etc. », rapportent les conclusions du projet Laccave mené par des chercheurs de l’INRAE, du CNRS, des universités, et par le réseau des chambres d’agriculture.

Vers une combinaison de solutions

Face à ce constat, les professionnels doivent innover dans leur savoir-faire et s’adapter. Le maître mot ici, c’est bien l’adaptation, tant pour les viticulteurs que pour la vigne. Et pour s’adapter, il faut changer. Pour cela, les professionnels de la vigne et du vin
peuvent jouer sur plusieurs leviers. Le matériel végétal est le premier. Il est nécessaire pour la profession d’investir dans l’immensité de « la diversité génétique de la vigne » et de créer « de nouveaux porte-greffes, des cépages résistants à la sécheresse et aux températures élevées, d’expérimenter du matériel végétal plus tardif, moins riche en sucres et plus élevé en acidité, en France comme à l’étranger ».

Le deuxième levier concerne « la modification des conduites culturales ». « Les couverts végétaux, l’entretien de l’enherbement, la gestion de la fertilité des sols, l’irrigation, la fertirrigation, l’agroforesterie, les systèmes d’ombrage, le palissage, l’orientation des rangs, la densité de plantation… sont quelques outils », explique Vincent Lang, directeur du Pôle technique et développement durable du BNIC. D’autres pistes sont envisageables : « des amendements organiques et du paillage sous le rang, l’évolution des modes de conduite pour gagner de la fraîcheur et mieux résister à la sécheresse, entre autres. »

Le troisième levier vise à « adapter les itinéraires de vendanges et de vinification, notamment par le choix des levures, le contrôle des températures, les techniques de désalcoolisation ou d’acidification… ».
Sans oublier « la réorganisation des plantations dans l’espace », en relocalisant « des cépages selon la nature des sols, les pentes, l’altitude et l’exposition des parcelles » et la possibilité de « revoir les limites des aires d’appellations, expérimenter d’autres vignobles, faire évoluer les cahiers des charges, développer de nouveaux outils de gestion de risque, renforcer les réseaux de R&D et partager les travaux de recherche entre pays viticoles ».
Dans ce contexte, surprise cette année dans les vignes avec les remarquables résultats de la folle blanche, généreuse comme jamais…

Un plan d’agrandissement du vignoble qui commence à porter ses fruits

« Malgré la grêle, le renouvellement et l’agrandissement du vignoble nous permettront de faire une récolte dans la moyenne décennale, le rendement agronomique étant estimé à 110 hl volume. Cela permet de ne pas voir s’envoler le rendement annuel Cognac qui sera donc de 14,73 hl AP à l’hectare. Même si cela est encore trop élevé, nous devons répondre aux besoins de la famille du négoce pour alimenter les marchés. C’est toutefois la première année que le rendement à passer en chaudière diminue et diminuera encore l’année prochaine du fait de l’agrandissement du vignoble. » Ces éléments, portés par Anthony Brun, président de l’UGVC, à l’occasion de la traditionnelle réunion des vendanges, marquent concrètement les premiers résultats de la stratégie portée par la filière au sein de son business plan et visant à terme une normalisation (à la baisse) des rendements annuels cognac.
Si réduire le « gap » entre les besoins exprimés – soit pour cette récolte un objectif de production de 11,61 hl AP/ha – et la réalité agronomique du vignoble n’est pas chose aisée, nécessitant chaque année de tenir compte de la dispersion des rendements au sein de chaque exploitation (différence entre le rendement agronomique de l’exploitation et le rendement annuel Cognac) sur les six dernières années, la fixation du rendement annuel à un niveau de 14,73 hl AP/ha permet de répondre aux perspectives de croissance du négoce. Pour rappel, 26 millions de caisses (soit 300 millions de bouteilles) devraient être expédiées par la filière à horizon 2035 (chiffre présenté en conférence de presse au BNIC le 4 décembre 2020), pour un vignoble de 108 000 hectares.

Une bonne dynamique économique saluée,mais prudence garder

Si les crises sanitaire, géopolitique, climatique, économique montrent plus que jamais qu’un changement de modèle est en cours et que les eaux passées ne font plus tourner le moulin, la filière Cognac continue à tirer son épingle du jeu, avec des expéditions sur la campagne ayant atteint 222,1 millions de bouteilles pour un chiffre d’affaires, départ Cognac, de l’ordre de 3,8 milliards d’euros. Fidèle au cap fixé, tant s’agissant de ses objectifs d’expédition que d’agrandissement, la filière se veut toutefois
« prudente » dans un contexte à la fois grevé par un ralentissement économique mondial, une guerre pour le moment sans issue en Ukraine, des coûts et une complexité des flux logistiques sans précédent, mais aussi un contexte incertain de disponibilité et de continuité de l’approvisionnement en gaz pour la campagne de distillation à venir. Ce dernier point, dans tous les esprits à l’aube du démarrage des chaudières, occupe les institutions de la filière, mobilisées pour faire comprendre les spécificités de la distillation charentaise (cycles de 12 heures, fin de la période de distillation au 31 mars notamment) et la nécessité d’une continuité pour préserver la qualité des eaux-de-vie produites dans la région. Elle se doit aussi d’être le corollaire, bien intégré par les institutions, que pour recevoir l’écoute attendue, il faut et faudra aussi donner des gages que la démarche de progrès engagée pour réduire les consommations énergétiques de la filière porte ses fruits.

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